Un projet porté par Matignon pour intégrer les jeux vidéo compétitifs dans les parcours scolaires et éducatifs suscite une vive opposition de la part de professionnels de santé. Dans une tribune publiée par Le Monde – Éducation, les coprésidents de la commission Enfants et écrans, le psychiatre et addictologue Amine Benyamina et la neurologue Servane Mouton, dénoncent une mesure qu’ils qualifient d’« aberration ».
Ce texte, diffusé le 11 mai 2026, s’ajoute à un débat déjà vif autour de l’impact des écrans sur les jeunes. Les deux signataires, spécialistes reconnus des questions de santé mentale et d’addiction, mettent en garde contre une promotion institutionnelle d’une activité qu’ils jugent à haut risque pour le développement des enfants. Leur intervention intervient alors que le gouvernement envisage d’étendre l’usage des jeux vidéo dans le cadre éducatif, une piste explorée depuis plusieurs mois au sein de l’exécutif.
Ce qu’il faut retenir
- Une tribune publiée par Le Monde – Éducation le 11 mai 2026 dénonce le projet gouvernemental d’intégrer l’e-sport aux parcours scolaires et éducatifs.
- Les coprésidents de la commission Enfants et écrans, Amine Benyamina et Servane Mouton, qualifient cette initiative d’« aberration ».
- Les deux médecins alertent sur les risques d’addiction et d’impact sur le développement cognitif des enfants.
- Le projet s’inscrit dans une réflexion plus large du gouvernement sur l’usage des jeux vidéo en milieu scolaire.
Une initiative gouvernementale contestée par les experts
Selon Le Monde – Éducation, le projet porté par Matignon vise à reconnaître officiellement l’e-sport comme discipline à part entière dans les établissements scolaires. L’objectif affiché serait de « moderniser les pratiques éducatives » et de « répondre aux attentes des jeunes générations ». Cependant, pour Amine Benyamina et Servane Mouton, cette approche relève d’une « méconnaissance des enjeux sanitaires ».
Les deux médecins rappellent que les jeux vidéo, et plus encore l’e-sport, exposent les mineurs à des risques de dépendance, de troubles du sommeil ou encore de difficultés de concentration. « Intégrer ces pratiques en milieu scolaire revient à banaliser une activité dont les effets négatifs sur le développement des enfants sont documentés », ont-ils affirmé dans leur tribune. Pour eux, cette mesure envoie un message contradictoire, alors même que les pouvoirs publics cherchent à limiter le temps d’écran des jeunes.
Des arguments étayés par des études récentes
Les signataires s’appuient sur plusieurs travaux scientifiques pour étayer leur position. Ils citent notamment une étude de l’Inserm, publiée en 2024, qui met en lumière les liens entre usage intensif des jeux vidéo et troubles anxieux chez les adolescents.
« Les mécanismes de récompense des jeux vidéo activent les mêmes zones cérébrales que certaines substances addictives », explique Servane Mouton. « Autant dire que les intégrer dans un cadre scolaire, où les jeunes passent déjà plusieurs heures par jour devant des écrans, relève d’une prise de risque injustifiable. » Pour elle, l’école doit rester un lieu de stimulation cognitive et sociale, et non un espace où l’on encourage des activités potentiellement nuisibles.
Leur tribune s’inscrit dans un contexte où l’e-sport gagne en popularité en France. Avec des compétitions internationales comme les Jeux Asiatiques, où l’e-sport est désormais discipline officielle, et une audience en hausse chez les moins de 25 ans, le gouvernement semble vouloir capitaliser sur cette tendance.
Un projet qui divise au sein même de l’exécutif
Si le Premier ministre et certains membres du gouvernement défendent cette initiative, d’autres voix s’élèvent en interne pour en pointer les limites. Selon des sources proches du dossier, un groupe de travail interministériel planche depuis début 2026 sur les modalités d’application de ce projet.
Cependant, les critiques ne viennent pas uniquement des professionnels de santé. Des enseignants et des associations de parents d’élèves s’interrogent sur l’adéquation entre cette mesure et les programmes scolaires existants. « Comment concilier compétition, performance et apprentissage dans un cadre éducatif ? », s’interroge Marie Dupont, professeure de mathématiques dans un collège francilien. « On nous demande déjà de faire avec des classes surchargées et des moyens limités. Ajouter une nouvelle discipline, même sous couvert d’innovation, semble irréaliste. »
Les prochaines semaines pourraient donc être décisives pour trancher ce débat, entre innovation pédagogique et prudence sanitaire.