La recrudescence de l’épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola en Afrique centrale, notamment en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, serait étroitement liée à l’activité minière aurifère dans les zones forestières, selon les analyses de Didier Bompangue, directeur adjoint de l’institut One Health pour l’Afrique. Comme le rapporte Reporterre, cette épidémie, qui sévit depuis plusieurs semaines dans l’est de la RDC et en Ouganda, illustre les risques sanitaires induits par la dégradation des écosystèmes naturels.

Ce qu'il faut retenir

  • Au 2 juin 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait 330 cas confirmés et 49 décès liés à Ebola en RDC et en Ouganda.
  • L’épidémie s’étend depuis des zones minières aurifères, où l’exploitation humaine a perturbé les écosystèmes forestiers, favorisant la transmission du virus.
  • Didier Bompangue, directeur adjoint de l’institut One Health pour l’Afrique, établit un lien direct entre l’exploitation minière et la propagation de la maladie.

Une épidémie liée à l’exploitation des ressources naturelles

Selon Didier Bompangue, cité par Reporterre, la propagation du virus Ebola dans les provinces orientales de la RDC et en Ouganda n’est pas un hasard. Elle s’inscrit dans un contexte de prédation accrue des écosystèmes forestiers, notamment pour l’extraction de l’or. Cette activité, souvent illégale et non régulée, a pour effet de réduire l’habitat naturel des animaux réservoirs du virus, comme les chauves-souris frugivores. En perturbant ces milieux, les activités minières augmentent les risques de contact entre humains et animaux infectés, accélérant ainsi la transmission interhumaine.

Le 29 mai 2026, l’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, avait déjà alerté sur l’ampleur de l’épidémie, soulignant que la situation sanitaire dans ces régions était aggravée par les conditions socio-économiques et l’accès limité aux soins. L’épidémie actuelle rappelle celle de 2018-2020 en RDC, qui avait fait plus de 2 200 morts, et met en lumière les défis persistants en matière de santé publique dans cette partie de l’Afrique.

Un bilan humain en progression constante

Les derniers chiffres communiqués par l’OMS, en date du 2 juin 2026, font état de 330 cas confirmés, dont 49 décès, répartis entre la RDC et l’Ouganda. Ces données, bien qu’en deçà des épidémies précédentes, révèlent une tendance à la hausse depuis le début de l’année. Les autorités sanitaires locales, soutenues par des organisations internationales, tentent de contenir la propagation par des campagnes de vaccination et de sensibilisation, mais la tâche reste ardue dans des zones enclavées et touchées par des conflits armés.

Les experts s’accordent à dire que la gestion de cette crise nécessite une approche globale, combinant santé publique, protection de l’environnement et régulation des activités minières. « Cette épidémie est indissociable de l’exploitation de l’or en RDC », a affirmé Didier Bompangue à Reporterre, soulignant que sans une modification des pratiques extractives, les risques de nouvelles flambées épidémiques demeureront élevés.

Les réponses sanitaires et environnementales en question

Face à cette situation, l’OMS et ses partenaires multiplient les interventions pour limiter la propagation du virus. Des équipes de terrain ont été déployées pour identifier les cas, tracer les contacts et administrer des vaccins expérimentaux. Cependant, la couverture vaccinale reste limitée en raison de l’accès difficile aux zones touchées et de la méfiance de certaines populations envers les autorités sanitaires. Par ailleurs, les mesures de confinement et de distanciation sociale, déjà difficiles à appliquer dans les grandes villes, sont quasi impossibles à mettre en œuvre dans les villages isolés des provinces minières.

Sur le plan environnemental, des organisations non gouvernementales (ONG) appellent à un moratoire sur l’exploitation aurifère dans les zones forestières critiques. Elles estiment que des alternatives économiques, comme l’agriculture durable ou l’écotourisme, pourraient offrir des revenus aux populations locales sans compromettre leur santé ni celle des écosystèmes. « Il faut repenser le modèle économique de ces régions », a déclaré un représentant d’une ONG locale, cité par Reporterre, « car tant que l’or restera une priorité, les épidémies comme celle-ci continueront de survenir. »

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour juguler l’épidémie. L’OMS a fixé comme objectif de réduire de 50 % le nombre de nouveaux cas d’ici la fin du mois de juin, mais cet objectif dépendra largement de la capacité à vacciner les populations à risque et à contrôler les déplacements dans les zones minières. Une réunion d’urgence de l’Africa CDC est prévue le 10 juin 2026 pour évaluer les mesures à prendre. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec le gouvernement de RDC pour renforcer la régulation des activités minières dans les provinces concernées, mais les résultats pourraient tarder à se concrétiser.

Cette épidémie rappelle une fois de plus que les crises sanitaires et environnementales sont intimement liées. Sans une action concertée pour protéger les écosystèmes et améliorer les conditions de vie des populations locales, les risques de nouvelles épidémies à virus Ebola, voire d’autres pathogènes émergents, resteront une menace permanente pour l’Afrique centrale.

L’épidémie touche principalement les provinces de l’est de la RDC, notamment le Nord-Kivu et l’Ituri, ainsi que des régions frontalières de l’Ouganda. Ces zones sont connues pour leur forte activité minière aurifère et leur couverture forestière dense, propice à la transmission du virus.