Avec un taux de létalité de 25% et plus de 1 000 cas confirmés depuis le début de l’année, l’épidémie d’Ebola frappant la République démocratique du Congo (RDC) s’annonce comme l’une des plus meurtrières de l’histoire de cette maladie, selon les déclarations du gynécologue congolais Denis Mukwege, lauréat du prix Nobel de la paix en 2018. Ce dernier a mis en garde contre l’ampleur de la crise sanitaire en cours, dépassant largement le cadre d’une simple épidémie, comme le rapporte Franceinfo - Santé.

Ce qu'il faut retenir

  • Un taux de létalité de 25%, soit 267 décès pour 1 048 cas confirmés en RDC depuis mars 2026
  • Une épidémie causée par l’espèce Bundibugyo, rare et particulièrement virulente, identifiée depuis mars 2026
  • Des zones inaccessibles en raison des conflits armés persistants dans l’est du pays
  • Une population en perte de confiance après des décennies de crises humanitaires
  • Un premier cas détecté en France le 3 juillet 2026, sans risque de contamination selon les autorités sanitaires

Le virus, qui se propage actuellement dans l’est de la RDC, touche des régions en proie à des conflits armés récurrents. « On sent très bien que pendant qu’il y a la guerre, c’est très difficile de pouvoir mettre en place les mesures de sécurité sanitaire », a souligné Denis Mukwege lors d’une intervention sur France Inter le 26 juin 2026. Le médecin, fondateur d’un hôpital dédié aux victimes de violences sexuelles en RDC, a rappelé que « c’est une crise qui est au-delà d’une crise sanitaire ».

Selon les données de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la situation épidémiologique s’aggrave avec un record de cas confirmés en un mois, jamais enregistré lors des précédentes crises. Les zones affectées, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, restent difficiles d’accès en raison de l’insécurité persistante. « Il n’y a pas de vaccins, pas de traitement et des endroits qui ne sont pas accessibles », a déploré le prix Nobel de la paix, évoquant une population « qui ne croit plus en rien, après 30 ans de souffrance ».

L’espèce Bundibugyo, responsable de cette épidémie, est l’une des six connues d’Ebola. Elle se manifeste par une fièvre hémorragique souvent mortelle, avec des symptômes graves incluant des saignements internes et externes. Contrairement aux épidémies précédentes, celle-ci touche aussi des régions frontalières, comme l’Ouganda, où des cas ont été signalés. « Cette épidémie risque d’être la plus meurtrière de l’histoire d’Ebola », a prévenu Denis Mukwege, soulignant l’urgence d’une réponse coordonnée et rapide.

Les autorités sanitaires internationales, dont l’OMS et l’Institut Pasteur, suivent de près l’évolution de la situation. Un premier cas a été détecté en France le 3 juillet 2026, concernant un médecin de retour de RDC. « Sa charge virale est très faible », a indiqué le ministère de la Santé, précisant qu’aucun risque de contamination n’était à craindre.

Et maintenant ?

Les experts s’attendent à ce que l’épidémie dure encore plusieurs mois, voire jusqu’à un an, selon les estimations de la Croix-Rouge internationale. La situation reste particulièrement préoccupante dans les zones de conflit, où l’accès aux soins et aux mesures de prévention est quasi impossible. Les autorités sanitaires appellent à une mobilisation accrue pour éviter une propagation plus large, notamment vers les pays voisins. Une réunion d’urgence de l’OMS est prévue la semaine prochaine pour évaluer les moyens à déployer.

Parallèlement, les organisations humanitaires tentent de sensibiliser les populations locales, dont la méfiance envers les autorités s’est accrue après des années de crises successives. La Croix-Rouge a déjà commencé à former des équipes locales pour renforcer la surveillance épidémiologique et distribuer des kits de protection. Cependant, sans une trêve durable dans les zones de conflit, les efforts sanitaires risquent d’être insuffisants.

Cette épidémie survient alors que la RDC fait face à d’autres défis sanitaires majeurs, comme la résurgence de la fièvre jaune ou la persistance de cas de choléra. La communauté internationale est appelée à soutenir les autorités congolaises, tant sur le plan financier que logistique, pour endiguer cette crise avant qu’elle ne s’aggrave encore.

L’espèce Bundibugyo, bien que moins médiatisée que d’autres souches comme Zaire ou Soudan, présente un taux de létalité comparable, autour de 25 à 50 % selon les épidémies. Elle se distingue par sa capacité à provoquer des foyers épidémiques dans des zones reculées et difficiles d’accès, où les systèmes de santé sont déjà fragilisés. Son identification tardive et l’absence de vaccin spécifique pour cette souche compliquent également la riposte sanitaire.