La République démocratique du Congo (RDC) fait face à une résurgence d’Ebola qui s’étend rapidement, avec 550 cas confirmés et 101 décès déclarés depuis le début de l’épidémie dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, selon le dernier bilan officiel de l’Institut national de santé publique (INSP), publié le 9 juin 2026. En vingt-quatre heures seulement, 27 nouveaux cas ont été recensés, tandis que 283 patients restent hospitalisés ou en isolement. Comme le rapporte Courrier International, cette crise sanitaire s’inscrit dans un contexte plus large, où l’exploitation minière et la déforestation, alimentées par la demande mondiale en minerais rares, transforment durablement les écosystèmes et favorisent la propagation de maladies comme Ebola.
Ce qu'il faut retenir
- 550 cas confirmés et 101 décès en RDC depuis le début de l’épidémie, avec une hausse récente de 27 nouveaux cas en 24 heures.
- Les provinces touchées – Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu – abritent des zones minières artisanales, épicentre de la propagation.
- La demande mondiale en minerais comme l’or, le tungstène ou le tantale – essentiels à la transition énergétique – a triplé en dix ans, accélérant la déforestation.
- La destruction des habitats naturels des chauves-souris, porteuses du virus Ebola, augmente les risques de transmission à l’homme.
- En 2024, la perte de 607 000 hectares de forêt tropicale dans le bassin du Congo a été enregistrée, un record qui précède l’actuelle épidémie.
Une épidémie liée à l’exploitation minière artisanale
Les foyers de l’épidémie se concentrent dans les régions minières de l’Ituri, notamment autour de Mongbwalu, une ville devenue un carrefour de l’exploitation artisanale de l’or. Selon Courrier International, cette activité attire des milliers de travailleurs venus de tout le Congo et des pays voisins, créant un afflux humain propice à la propagation des virus. Le New York Times, qui s’est rendu sur place, décrit une région où mines, commerces, prostitution et contrebande forment un « far-west minier ».
En RDC, l’exploitation minière artisanale emploie environ 2 millions de personnes, dont plus de 380 000 dans l’est du pays. Cette industrie, souvent informelle, se développe dans des zones forestières reculées, où les populations locales et les mineurs sont en contact direct avec des écosystèmes perturbés. « L’or contribue à alimenter l’épidémie », souligne le quotidien new-yorkais.
La déforestation, un facteur clé de la propagation des épidémies
La RDC abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde, mais celle-ci recule à un rythme alarmant. En 2024, 607 000 hectares de forêt tropicale ont disparu dans le bassin du Congo, un record qui précède l’actuelle épidémie d’Ebola. Comme l’explique Sonia Shah, journaliste d’investigation américaine spécialiste des questions environnementales, cette destruction des écosystèmes est directement liée à l’augmentation des cas de maladies infectieuses. « Il existe un facteur plus fondamental : la transformation de l’écosystème sous-jacent d’Ebola, en partie bouleversé par la demande mondiale croissante de minéraux nécessaires aux industries technologiques », a-t-elle déclaré dans une tribune publiée par le Guardian.
Les scientifiques observent une corrélation directe entre la déforestation et la hausse des épidémies. Une étude montre qu’une augmentation de 1 % de la déforestation en Afrique centrale entraîne une hausse de 20 à 40 % de l’incidence du paludisme et d’Ebola. Les chauves-souris, hôtes naturels du virus, sont poussées à se rapprocher des zones habitées lorsque leur habitat forestier est détruit. Ce contact accru augmente les risques de transmission du virus à l’homme, via le sang, la salive ou les excréments.
Une course aux minerais rares qui alimente les tensions géopolitiques
La RDC est un pays stratégique pour les minerais dits « 3TG » – tungstène, étain, tantale et or – essentiels à la fabrication des semi-conducteurs et des smartphones. La demande mondiale pour ces ressources devrait tripler d’ici les prochaines années, selon le Guardian. Cette pression économique a intensifié la concurrence entre la Chine et les États-Unis pour le contrôle des gisements congolais, exacerbant l’exploitation minière et la déforestation. « La majeure partie des ressources minières de la RDC reste encore inexploitée », rappelle le quotidien britannique, « mais la course est déjà lancée ».
Cette exploitation effrénée transforme les paysages et les modes de vie. À Mongbwalu, l’afflux de travailleurs a donné naissance à un réseau complexe de commerces, de services et de migrations internes. Pourtant, cette prospérité locale s’accompagne d’un coût sanitaire élevé : la région, autrefois recouverte de forêts denses, est désormais un terrain propice à la transmission de virus comme Ebola.
Cette épidémie rappelle que les enjeux sanitaires et environnementaux sont indissociables. Tant que la transition énergétique reposera sur l’exploitation minière à grande échelle, les risques de nouvelles maladies infectieuses ne cesseront de croître. La RDC, déjà en première ligne, illustre cette équation complexe où santé publique, économie et écologie s’entremêlent.
L’exploitation minière attire des milliers de travailleurs dans des zones forestières reculées, où les populations sont en contact avec des écosystèmes perturbés. La déforestation pousse les chauves-souris, porteuses du virus, à se rapprocher des habitations humaines, augmentant les risques de transmission. Par ailleurs, l’afflux de travailleurs crée des réseaux de commerce et de migration qui facilitent la propagation du virus.
Les minerais dits « 3TG » – tungstène, étain, tantale et or – sont au cœur de cette crise. Ces ressources sont indispensables à la fabrication des semi-conducteurs et des smartphones, et leur demande mondiale a fortement augmenté ces dernières années, alimentant l’exploitation minière et la déforestation.