Depuis six semaines, la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), subit une épidémie d’Ebola d’une gravité inédite. Selon Le Figaro, cette flambée, déclarée officiellement le 15 mai 2026, s’annonce déjà plus meurtrière que celle de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, qui avait causé plus de 11 000 morts. En date du 26 juin, les autorités congolaises recensaient 1 225 cas confirmés et 321 décès, des chiffres que les spécialistes estiment largement sous-évalués. Le virus, détecté dès la fin février, a profité des failles du système de santé local pour se propager discrètement avant d’atteindre d’autres régions, dont le Sud-Kivu, le Nord-Kivu, et même l’Ouganda et la France, où un médecin de retour de RDC a été contaminé.
Ce qu’il faut retenir
- La province de l’Ituri, en RDC, est frappée par une épidémie d’Ebola déclarée officiellement le 15 mai 2026, mais dont la propagation a débuté fin février.
- En six semaines, on dénombre 1 225 cas confirmés et 321 décès (chiffres du 26 juin 2026), des données jugées sous-estimées par les épidémiologistes.
- La flambée actuelle pourrait dépasser en gravité celle de 2014-2016, la plus meurtrière de l’histoire, avec plus de 11 000 morts.
- La méfiance des populations, alimentée par des rumeurs de sorcellerie et de complots, entrave les efforts de lutte contre l’épidémie.
- Le virus a franchi les frontières de la RDC, atteignant l’Ouganda et la France, où un cas a été signalé chez un médecin revenu de mission.
À Bunia, chef-lieu de l’Ituri, les conséquences de l’épidémie se mesurent aussi dans les rues. Johnny Mayo, fabricant de cercueils, a vu ses ventes doubler en quelques semaines. « Les gens meurent chaque jour », constate-t-il. Pourtant, cette épidémie n’est pas seulement une question de santé publique : elle s’inscrit dans un contexte de défiance généralisée envers les autorités et les ONG. Entre théories du complot et croyances locales, les messages de prévention peinent à être entendus, malgré les risques réels encourus.
La situation est d’autant plus alarmante que le système de santé congolais, déjà fragilisé, peine à suivre la propagation du virus. Les équipes médicales, souvent prises pour cible par des populations hostiles, doivent conjuguer urgence sanitaire et protection personnelle. « On sait faire face à Ebola, mais cette fois, c’est différent », explique un épidémiologiste sous couvert d’anonymat. « Les réticences locales transforment chaque intervention en épreuve de force. »
Des frontières dépassées, un virus sous surveillance
Si l’épicentre se situe en Ituri, la maladie a franchi les limites de la RDC. Au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, les cas se multiplient, tandis que l’Ouganda, voisin direct, a enregistré des contaminations. Plus surprenant encore, la France a été touchée par le biais d’un médecin de retour de mission en RDC, un cas isolé mais symptomatique de la mondialisation des risques épidémiques.
Les experts s’interrogent : cette épidémie, partie de zones reculées, a-t-elle pu se propager sans être détectée plus tôt ? « Le virus circule depuis février sans que les alertes ne soient déclenchées », reconnaît un responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Les systèmes de surveillance locaux, déjà fragiles, ont manqué de réactivité. » Depuis, les efforts se concentrent sur le traçage des contacts et l’isolement des cas suspects, mais l’opacité des données locales rend la tâche ardue.
La défiance, pire ennemie des secours
Au-delà des défis logistiques, les équipes sanitaires se heurtent à un obstacle majeur : la méfiance des populations. Entre accusations de « sorcellerie » et soupçons de manipulations, les campagnes de sensibilisation se heurtent à des croyances tenaces. « Certains villageois nous interdisent d’enterrer les morts selon les protocoles sanitaires, par peur des rituels maléfiques », témoigne une infirmière de Médecins Sans Frontières. « D’autres croient que le virus est une invention des Blancs pour contrôler l’Afrique. »
Cette défiance s’étend jusqu’aux structures médicales. Des centres de traitement ont été vandalisés, des agents de santé agressés, et des messages de prévention ignorés. « C’est un cercle vicieux, souligne un anthropologue spécialiste des crises sanitaires. Plus les populations refusent les soins, plus le virus se propage. Et plus le virus se propage, plus la peur grandit. »
« On sait faire face à Ebola, mais cette fois, c’est différent. Les réticences locales transforment chaque intervention en épreuve de force. » — Un épidémiologiste sous couvert d’anonymat.
Des précédents qui pèsent lourd
La RDC n’en est pas à sa première épidémie d’Ebola. Depuis 1976, le pays a connu une dizaine de flambées, dont la plus meurtrière en 2018-2020, avec plus de 2 200 morts. Pourtant, chaque nouvelle crise révèle les mêmes failles : infrastructures sanitaires insuffisantes, manque de personnel formé, et logistique défaillante. « On part toujours de zéro », déplore un responsable du ministère de la Santé congolais. « Les promesses internationales mettent des mois à se concrétiser, et entre-temps, des vies sont perdues. »
Cette fois, la communauté internationale a réagi plus vite. L’OMS et plusieurs ONG ont déployé des équipes et des moyens, mais l’ampleur de la crise dépasse les capacités locales. « On ne peut pas lutter contre un virus si les populations ne nous font pas confiance », résume un responsable de l’OMS en RDC. « Sans leur adhésion, même les meilleurs traitements ne serviront à rien. »
Cette épidémie, partie d’une province reculée, rappelle une fois de plus que les crises sanitaires ne connaissent pas de frontières. Entre défiance locale et propagation silencieuse, la lutte contre Ebola en RDC illustre les défis globaux de la santé publique au XXIe siècle : comment agir vite, sans être perçu comme une menace ? La réponse déterminera non seulement l’issue de cette crise, mais aussi la préparation aux prochaines.
La défiance envers les autorités et les équipes médicales empêche la mise en place de mesures essentielles, comme l’isolement des malades ou l’enterrement sécurisé des défunts. Des croyances locales, comme l’association d’Ebola à la sorcellerie, poussent les populations à rejeter les protocoles sanitaires, favorisant ainsi la propagation du virus.
Les autorités congolaises et l’OMS prévoient d’intensifier les campagnes de vaccination et de sensibilisation, tout en renforçant les contrôles aux frontières avec l’Ouganda. Une mission conjointe est prévue pour évaluer la situation d’ici la fin juillet 2026, date à laquelle une décision sera prise sur l’ampleur des moyens à déployer.