Alors que l’Europe se prépare à un phénomène astronomique rare, la différence entre une éclipse solaire à 99 % et à 100 % pourrait bien transformer l’expérience des observateurs, selon Franceinfo - Sciences. Le 12 août prochain, une éclipse totale traversera le nord de l’Espagne, tandis que la France n’en bénéficiera que partiellement, avec des degrés d’obscuration variables selon les villes.

Ce qu'il faut retenir

  • Une éclipse solaire totale sera visible le 12 août 2026 en Espagne, notamment en Galice et dans les Asturies, avec une bande de centralité d’environ 300 km de large.
  • En France, l’éclipse sera partielle, avec un obscurcissement de 99,5 % à Biarritz, 96 % à Marseille et Brest, et seulement 92 % à Paris.
  • L’expérience d’une éclipse à 100 % diffère radicalement d’une éclipse partielle : chute brutale de luminosité, apparition de la couronne solaire, et modifications du comportement animal.
  • Les observateurs français verront le phénomène en fin de journée, avec un Soleil bas sur l’horizon et une illusion d’optique le rendant plus gros.
  • L’observation doit impérativement se faire avec des lunettes de protection pour éviter des lésions oculaires irréversibles.

Une éclipse totale réservée à une fine bande géographique

Le 12 août 2026, une éclipse solaire totale traversera l’Europe continentale, mais uniquement sur une étroite bande de 300 km de large. Cette « bande de centralité » débutera dans l’Atlantique Nord, frôlera l’Irlande, traversera le nord de l’Espagne avant de s’achever près des Baléares. En Espagne, les régions de Galice et des Asturies seront les mieux placées pour assister à un phénomène à 100 %.

En France, l’éclipse ne sera que partielle. L’Association française d’astronomie et l’Observatoire de Paris ont publié des cartes interactives pour connaître l’ampleur exacte du phénomène selon les villes. À Biarritz, l’obscurcissement atteindra 99,5 %, tandis que Marseille et Brest seront à 96 %. Paris, Lille, Strasbourg et d’autres grandes villes se contenteront d’un obscurcissement inférieur à 92 %.

Une différence d’expérience radicale entre 99 % et 100 %

Pour les chasseurs d’éclipses comme Jean-Marc Lecleire, auteur du livre Les Soleils noirs de 2026 et 2027, la nuance entre une éclipse à 99 % et à 100 % est abyssale. « C’est comme quand on joue au Loto : si on a 99 % des bons numéros, on n’a pas le gros lot. Dans l’éclipse, c’est pareil », explique-t-il à Franceinfo - Sciences.

Lors d’une éclipse totale, la luminosité chute brutalement, plongeant les observateurs dans une obscurité presque totale. « Passer de 99 % à 100 %, c’est comme éteindre la lumière : quelques étoiles deviennent visibles », précise Jean-Marc Lecleire. La couronne solaire, cette auréole de plasma qui entoure le Soleil, apparaît alors soudainement. C’est dans cette région que naissent les éruptions solaires et que le vent solaire s’échappe. Thierry Dudok de Wit, chercheur à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie, rappelait en 2021 que « le vent solaire se déconnecte de l’astre pour s’échapper de manière libre » dans cette zone.

Un phénomène aux multiples conséquences visibles

Au-delà du spectacle visuel, une éclipse totale modifie l’environnement immédiat. La température chute de plusieurs degrés en quelques minutes, et les oiseaux cessent de chanter, comme lors d’un coucher de Soleil brutal. « C’est l’un des phénomènes les plus beaux que la nature puisse nous offrir », commente Maxime Piquel, directeur technique et scientifique au planétarium de Bretagne. « Tout à coup, c’est comme si, pour la première fois dans votre existence, le temps s’était arrêté. Et c’est presque magique », ajoute David Elbaz, astrophysicien, dans le documentaire Éclipse totale au-dessus de l’Europe diffusé sur Arte.

En revanche, ces effets spectaculaires disparaissent dès que l’on s’éloigne de la bande de centralité. À 99 %, 95 % ou même 90 %, l’éclipse ne provoque qu’une baisse de luminosité, sans apparition de la couronne solaire. « Il n’y a presque que la luminosité qui va changer », souligne Jean-Marc Lecleire, qui a observé l’éclipse du 20 mars 2015 depuis l’Islande, où l’obscurcissement culminait à 99 %. « Sur YouTube, on voit des vidéos d’éclipses totales : tout le monde crie, saute, parfois pleure… Rien de comparable pendant une éclipse partielle », observe-t-il.

Un spectacle à ne pas manquer, même en France

Si la France ne bénéficiera pas d’une éclipse totale, le phénomène du 12 août n’en reste pas moins remarquable. À 90 %, les observateurs ressentiront une baisse sensible de la température et une lumière affaiblie. « On aura l’impression que le Soleil se couche, mais après le maximum, il va revenir avant de vraiment disparaître à l’horizon », explique Jean-Marc Lecleire. Dans le sud du pays, le Soleil apparaîtra en croissant au moment de son coucher, offrant un spectacle particulier : « Un croissant de Soleil rouge, c’est très beau », estime-t-il. En Corse ou dans le sud-est, l’éclipse atteindra son maximum au coucher du Soleil.

Autre particularité : l’éclipse surviendra en fin de journée, avec un maximum prévu à 20h17 à Paris et 20h21 à Lyon. Le Soleil sera bas sur l’horizon, ce qui accentuera son diamètre apparent par une illusion d’optique. « Il semblera plus gros », note l’expert.

Et maintenant ?

Les prochaines éclipses totales visibles depuis l’Europe auront lieu en 2027 et 2028, mais leur trajectoire ne traversera pas la France. En attendant, les astronomes appellent à se préparer dès maintenant pour observer celle du 12 août dans les meilleures conditions. Les autorités sanitaires rappellent également l’importance de s’équiper de lunettes de protection adaptées, afin d’éviter tout risque pour la rétine.

Selon les spécialistes, l’éclipse pourrait également avoir un impact temporaire sur la production d’électricité en Europe, en raison de la baisse brutale de luminosité. Les gestionnaires de réseaux électriques se préparent à cet événement, qui pourrait perturber momentanément la production photovoltaïque.

Protéger ses yeux : une priorité absolue

Quelle que soit la localisation, l’observation d’une éclipse solaire, même partielle, nécessite impérativement le port de lunettes de protection spécifiques. Regarder directement le Soleil sans protection adaptée peut causer des lésions irréversibles de la rétine, allant jusqu’à la cécité. Les lunettes doivent être conformes aux normes européennes CE n°89/686 et porter le marquage CE.

Les autorités sanitaires recommandent de ne pas utiliser de moyens de fortune, comme des verres fumés ou des films radiographiques, qui ne filtrent pas suffisamment les rayons ultraviolets. Les opticiens et les associations d’astronomie distribuent des lunettes conformes, mais leur stock pourrait s’avérer insuffisant à l’approche de l’événement.

Pour ceux qui souhaitent vivre pleinement l’expérience, plusieurs associations et planétariums organisent des animations publiques le 12 août. Des sites comme ssp.imcce.fr/forms/solar-... permettent de simuler l’éclipse selon sa localisation.

Non, les lunettes d’éclipse ont une durée de vie limitée, généralement de trois ans. Même si le filtre semble intact, il peut avoir perdu une partie de ses propriétés protectrices. Il est donc fortement recommandé d’utiliser des lunettes neuves, certifiées CE n°89/686.