Alors que les quelque 12 millions d’élèves français reprennent le chemin des salles de classe ce mardi 1er septembre 2026, la rentrée scolaire s’annonce sous le signe d’un bilan contrasté pour l’éducation nationale. Une décennie marquée par des réformes successives, des changements de ministres à répétition et des inégalités persistantes laisse en effet une trace difficile à déchiffrer dans le paysage éducatif. Comme le rapporte Libération, l’héritage macroniste en matière d’enseignement reste plus incertain que jamais.
Ce qu'il faut retenir
- Cinq ministres de l’Éducation se sont succédé entre 2017 et 2026 : Najat Vallaud-Belkacem, Jean-Michel Blanquer, Pap Ndiaye, Gabriel Attal et Sylvie Retailleau.
- La réforme du baccalauréat de 2019, avec la suppression des filières générales au profit d’un tronc commun et de spécialités, reste l’une des mesures phares de ce quinquennat.
- Les inégalités territoriales et sociales se sont creusées, notamment dans l’accès à l’enseignement supérieur et à l’accompagnement des élèves en difficulté.
- Le budget alloué à l’Éducation nationale a connu des fluctuations, avec une hausse globale de 4,1 milliards d’euros entre 2017 et 2026, mais des disparités persistantes entre académies.
- La crise sanitaire a exacerbé les écarts, avec un impact durable sur les apprentissages et une hausse des abandons en classe de seconde.
Une valse des ministres qui a brouillé la lisibilité des politiques éducatives
Entre 2017 et 2026, l’Éducation nationale a connu un taux de rotation exceptionnel parmi ses ministres. Najat Vallaud-Belkacem, première femme à occuper le poste, a lancé la réforme des programmes scolaires en 2018, avant d’être remplacée par Jean-Michel Blanquer en 2017, architecte du bac nouveau et de Parcoursup. Pap Ndiaye, nommé en 2022, a tenté d’impulser une refonte des programmes d’histoire-géographie, mais son passage a été marqué par des tensions autour de la laïcité et de l’enseignement du fait colonial.
En 2024, Gabriel Attal a succédé à Ndiaye, mettant en avant une réforme de l’école primaire axée sur la lecture et le calcul, tandis que Sylvie Retailleau, en poste depuis janvier 2026, prépare une loi « pour l’école de la réussite » dont les contours restent flous. Autant dire que la continuité pédagogique a souvent été sacrifiée au profit de l’agenda politique.
La réforme du bac, entre modernisation et critiques récurrentes
Initiée en 2018 et déployée en 2021, la réforme du baccalauréat a profondément transformé l’examen final. Désormais, les élèves de première et terminale suivent un tronc commun de disciplines (français, philosophie, enseignement scientifique, histoire-géographie, enseignement moral et civique) complété par trois spécialités choisies en première et deux en terminale. Selon les chiffres officiels, 90 % des candidats ont obtenu leur bac en 2025, un taux en légère hausse par rapport aux années précédentes.
Pourtant, les critiques n’ont pas manqué. Les syndicats d’enseignants, comme le SNES-FSU, dénoncent un morcellement des savoirs et une précarisation des filières professionnelles. Les familles, elles, pointent du doigt des difficultés d’orientation accrues, notamment pour les élèves issus de milieux défavorisés. Bref, si la réforme visait à simplifier l’accès à l’enseignement supérieur, son impact réel reste difficile à évaluer.
Inégalités scolaires : un fossé qui se creuse malgré les annonces
Malgré les multiples plans gouvernementaux — dont le plan « 100 % de réussite en CP » lancé en 2017 — les inégalités territoriales et sociales persistent. Selon une étude de l’INSEE publiée en 2025, un élève scolarisé dans un quartier prioritaire a deux fois moins de chances d’accéder à une filière d’excellence qu’un élève issu d’un quartier favorisé. Les académies de Créteil, Versailles et Lille concentrent les taux d’échec les plus élevés, tandis que celles de Rennes ou Grenoble affichent des résultats supérieurs à la moyenne nationale.
Le gouvernement a tenté de répondre à ces disparités en renforçant les réseaux d’éducation prioritaire (REP) et en généralisant les devoirs faits, mais les résultats sont mitigés. «
Les moyens alloués ne suffisent pas à compenser des décennies de sous-financement structurel,» a souligné Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, dans un entretien accordé à Libération. La question des locaux vétustes et du manque d’enseignants dans certaines zones reste, elle aussi, entière.
Une chose est sûre : après dix ans de réformes, le système éducatif français reste à la recherche d’une cohérence durable. Entre réformes structurelles, changements politiques et défis sociaux, l’héritage macroniste en matière d’éducation s’annonce plus fragile que jamais.
La réforme a remplacé les filières générales (S, ES, L) par un tronc commun et des spécialités choisies par les élèves. Le baccalauréat repose désormais sur des épreuves anticipées en première (français) et des épreuves finales en terminale (philosophie, deux spécialités, grand oral). Les coefficients ont également été révisés pour donner plus de poids au contrôle continu.