Selon BFM Bourse, les investisseurs sud-coréens subissent des pertes importantes après avoir massivement investi dans des produits à effet de levier liés aux valeurs technologiques du pays. Cette situation s’inscrit dans un contexte de forte volatilité sur le marché financier coréen, marqué par une dépendance accrue aux performances de Samsung Electronics et SK Hynix, deux géants des semi-conducteurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Kospi, indice phare de la Bourse de Séoul, a progressé de 100 % au premier semestre 2026, porté par l’essor de l’intelligence artificielle.
  • Samsung Electronics et SK Hynix, représentant ensemble 57 % de la capitalisation du Kospi, ont vu leurs cours s’envoler respectivement de 179 % et 307 %.
  • Les ETF à effet de levier, produits financiers amplifiant les gains mais aussi les pertes, ont attiré 14 000 milliards de wons (9,4 milliards de dollars) d’investisseurs sud-coréens en 2026.
  • La chute brutale de 14 % de Samsung Electronics et SK Hynix le 28 juillet 2026, en réaction à des craintes technologiques chinoises, a entraîné une chute de 10,8 % du Kospi en une journée.
  • Les autorités sud-coréennes ont annoncé des mesures de régulation dès le 16 juillet 2026, incluant la suspension des nouvelles cotations d’ETF à effet de levier sur une seule action et un dépôt minimum de 30 millions de wons (20 300 dollars).
  • Le président Lee Jae Myung a exigé des actions immédiates le 21 juillet 2026 pour limiter la volatilité du marché.

En 2026, la Bourse de Séoul s’est imposée comme la place financière la plus exposée à l’essor de l’intelligence artificielle. Selon BFM Bourse, l’indice Kospi a enregistré une progression spectaculaire de 100 % au premier semestre, loin devant les autres grandes places boursières mondiales comme le CAC 40, en hausse de seulement 3,1 % sur la même période. Cette performance exceptionnelle a été tirée par deux entreprises : Samsung Electronics et SK Hynix. Le premier, deuxième fondeur de semi-conducteurs au monde derrière TSMC, et le second, spécialiste des puces mémoire, représentent à eux seuls 57 % de la capitalisation boursière totale du Kospi.

L’essor des ETF à effet de levier, accélérateur de la volatilité

Les gains records enregistrés par ces deux valeurs ont alimenté l’engouement des investisseurs particuliers sud-coréens pour des produits financiers à haut risque. Fin mai 2026, plusieurs gestionnaires de fonds ont lancé des ETF à effet de levier (« leveraged ETF »), des fonds négociés en Bourse qui amplifient les mouvements du marché grâce à l’endettement et à l’utilisation de produits dérivés comme des options ou des contrats à terme. Selon la définition d’IG Markets, ces fonds « détiennent de la dette et des capitaux propres et se servent de la dette pour amplifier les gains potentiels des actionnaires ».

Motivés par l’appât du gain rapide, les investisseurs sud-coréens se sont massivement tournés vers ces produits. En 2026, ils ont injecté 14 000 milliards de wons (9,4 milliards de dollars) dans ces ETF, contre seulement 2 000 milliards de wons pour les investisseurs étrangers, d’après les chiffres de KB Financial Group cités par CNBC. Cette frénésie a poussé Stephen Innes, stratégiste chez Spi AM, à comparer la Bourse de Séoul à « un casino où la roulette s’était arrêtée si souvent sur le même numéro que les investisseurs avaient cessé de se demander si la bille pourrait un jour s’arrêter ailleurs ».

Un retournement brutal après des gains mirobolants

Ces produits, pourtant présentés comme très lucratifs en période de hausse, se retournent contre leurs détenteurs dès que le marché se retourne. Or, les dernières semaines ont été marquées par une volatilité extrême dans le secteur des semi-conducteurs, alimentée par des prises de bénéfices après des valorisations jugées trop élevées. Le 28 juillet 2026, Samsung Electronics et SK Hynix ont subi un effondrement de 14 % en séance, déclenché par des craintes liées à une percée technologique chinoise dans l’industrie des puces informatiques, essentielles pour l’intelligence artificielle.

L’annonce a provoqué un séisme sur le Kospi, qui a plongé de 10,8 % dès le lendemain, puis de près de 6 % le jour suivant. Depuis ses sommets de juin 2026, l’indice a perdu près de 40 % de sa valeur. Quelques semaines plus tôt, SK Hynix avait déjà enregistré sa plus forte baisse historique, avec un recul de 15,4 %. La volatilité est devenue la norme : le Kospi a connu plus de 20 variations supérieures à 5 % en juillet 2026, un chiffre inhabituel pour un indice censé offrir une relative stabilité.

Pour les investisseurs particuliers sud-coréens, le choc a été violent. Sur des forums dédiés au trading, des témoignages d’investisseurs désespérés se sont multipliés. « Je veux revenir à la situation d’avant que je commence à investir en Bourse. Rendez-moi mon argent », a par exemple écrit un utilisateur après la chute record de SK Hynix mi-juillet. D’autres, comme Kim Jin-young, un investisseur de 37 ans, ont vu leurs plus-values s’évaporer. Il avait placé 100 millions de wons dans Samsung Electronics et SK Hynix en février 2026, voyant la valeur de son portefeuille fondre de 60 millions à 20 millions de wons en un mois. « Je regrette de ne pas avoir vendu plus tôt », a-t-il déclaré au Financial Times. « C’est douloureux, car j’ai l’impression d’avoir perdu de l’argent que j’avais déjà gagné. » Malgré tout, il affirme vouloir conserver ses actions jusqu’à la fin de l’année, espérant un rebond.

Séoul resserre la vis sur les ETF à effet de levier

Ces excès ont poussé les autorités sud-coréennes à agir. Dès le 16 juillet 2026, la Commission des services financiers (FSC) a annoncé une série de mesures pour limiter la spéculation et la volatilité. Parmi elles, la suspension des nouvelles cotations d’ETF à effet de levier sur une seule action et l’instauration d’un dépôt minimum de 30 millions de wons (20 300 dollars) à partir du 5 août 2026. Les investisseurs particuliers devront également suivre des formations supplémentaires sur la gestion des risques, un dispositif déjà en place sous forme de vidéos depuis l’année dernière.

Ces mesures ont été saluées par certains, comme Inki Cho, stratège senior chez Exness, qui estime qu’elles pourraient « rétablir la crédibilité du marché » à long terme. Mais il met en garde : « L’annonce elle-même représente un risque à court terme, car des mesures agressives pourraient déclencher une ruée vers la sortie avant leur mise en œuvre, amplifiant ainsi la volatilité que la FSC essaie de corriger ».

Le président sud-coréen Lee Jae Myung a lui-même exigé des actions immédiates le 21 juillet 2026, critiquant les premières propositions de la FSC jugées insuffisantes. Selon l’agence de presse Yonhap, il a pointé du doigt les « doutes sur l’efficacité » des mesures initiales. En juin 2026, le chef du Service de surveillance financière de Corée du Sud avait même reconnu, dans un rare mea culpa, avoir été « trop hâtif » dans l’approbation de ces produits : « Avec le recul, je regrette de ne pas avoir tout mis en œuvre pour l’empêcher », avait-il admis.

Et maintenant ?

Les mesures annoncées par la FSC devraient entrer en vigueur dans les prochaines semaines, mais leur impact réel sur la volatilité du marché reste à voir. Les investisseurs devront se plier aux nouvelles règles, notamment en matière de formation et de dépôts minimums. À plus long terme, Séoul espère ainsi réduire la dépendance du Kospi à quelques valeurs phares et limiter les risques systémiques. Cependant, la méfiance des marchés envers les produits à effet de levier pourrait persister, surtout si la chute des semi-conducteurs se poursuit.

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’efficacité de ces régulations. D’ici là, la volatilité pourrait continuer à dominer le paysage boursier sud-coréen, dans un contexte où les craintes technologiques chinoises pèsent toujours sur les perspectives du secteur.

La crise actuelle laisse plusieurs questions en suspens : les nouvelles règles suffiront-elles à stabiliser le marché ? Les investisseurs particuliers, souvent les plus touchés, parviendront-ils à éviter de nouvelles prises de risques excessives ? Enfin, dans un secteur aussi concurrentiel que celui des semi-conducteurs, une reprise durable des valeurs technologiques sud-coréennes est-elle encore envisageable avant la fin de l’année ?

Les ETF à effet de levier amplifient à la fois les gains et les pertes. Ils utilisent l’endettement et des produits dérivés pour multiplier les mouvements du marché. En cas de baisse, la perte est donc bien plus importante qu’un investissement classique. De plus, leur structure complexe peut rendre leur gestion risquée pour les investisseurs particuliers, comme l’ont montré les récentes crises en Corée du Sud.

Ces deux entreprises représentent à elles seules 57 % de la capitalisation boursière du Kospi. Leur performance influence donc directement l’indice. Leur domination s’explique par leur position de leaders mondiaux dans les semi-conducteurs, un secteur clé pour l’intelligence artificielle, thème porteur en 2026. Leur poids dans l’économie sud-coréenne explique aussi leur impact sur le marché.