Sur les terres autrefois occupées par l’aéroport international d’Athènes, le chantier du complexe Ellinikon s’élève comme un symbole des ambitions économiques de la Grèce. Pourtant, ce projet pharaonique de 9 milliards d’euros, porté par des investisseurs privés, cristallise les tensions entre modernisation et inégalités sociales. Selon Libération, ses détracteurs dénoncent une privatisation de l’espace public au profit des plus aisés, une critique qui résonne particulièrement dans un pays encore marqué par la crise de 2010.
Avec ses 6,2 kilomètres de côte réaménagée, ses deux golfs, ses centres commerciaux et ses résidences luxueuses, Ellinikon promet de redessiner le paysage athénien. Mais pour ses opposants, le projet incarne une forme de « ville à deux vitesses », où l’accès aux espaces et aux services serait réservé à une élite. « Ce n’est pas un projet urbain, c’est une privatisation déguisée de la côte », dénonce Stavros Psycharis, urbaniste et membre du collectif « Elliniko SOS ». Libération rapporte que des associations locales ont multiplié les recours juridiques pour tenter de bloquer le chantier, sans succès pour l’instant.
Ce qu'il faut retenir
- Le complexe Ellinikon, construit sur l’ancien aéroport d’Athènes, représente un investissement de 9 milliards d’euros.
- Le projet inclut des résidences de luxe, des golfs et des centres commerciaux, sur une superficie de 620 hectares.
- Ses détracteurs accusent une « privatisation de l’espace public » au détriment des classes populaires.
- Des recours juridiques ont été engagés par des associations, mais sans succès jusqu’à présent.
- Le gouvernement grec mise sur ce projet pour relancer l’attractivité économique du pays.
Un chantier né d’une promesse de renouveau économique
Inauguré en grande pompe en 2021 après des années de retard, Ellinikon était présenté comme le fer de lance du redémarrage de la Grèce après une décennie de austérité. Le gouvernement de l’époque, dirigé par Kyriakos Mitsotakis, avait vendu le projet comme une opportunité unique de créer des emplois et d’attirer des investissements étrangers. Libération souligne que le complexe devait initialement inclure des logements sociaux, mais ceux-ci ont été progressivement réduits au profit d’infrastructures haut de gamme.
Selon les chiffres officiels, 40 % des surfaces commerciales sont déjà réservées à des enseignes internationales, tandis que les promoteurs promettent 20 000 emplois directs et indirects d’ici 2028. Pourtant, les bénéfices pour les habitants d’Athènes restent flous. « On nous parle de croissance, mais qui en profite vraiment ? », s’interroge Maria Katsanevakou, membre d’un collectif de riverains. Libération indique que les prix de l’immobilier dans les quartiers limitrophes ont déjà augmenté de 30 % depuis le début des travaux.
Des opposants déterminés à faire entendre leur voix
Face à l’avancée inexorable du chantier, les résistances s’organisent. Le collectif « Elliniko SOS », soutenu par des architectes et des économistes, a déposé plusieurs plaintes pour vice de procédure. Ils reprochent notamment au projet d’avoir contourné les enquêtes d’impact environnemental et d’avoir ignoré les avis des municipalités locales. « Le gouvernement a agi comme si Athènes était un terrain vague à conquérir », déplore Psycharis, cité par Libération.
Parmi les griefs les plus récurrents : l’artificialisation des sols, la destruction d’écosystèmes locaux et la privatisation de 6 km de littoral, autrefois accessibles aux Athéniens. Une pétition lancée en 2024 a recueilli plus de 150 000 signatures, mais n’a pas suffi à faire plier les autorités. Libération note que les recours juridiques se heurtent à un mur : la justice grecque a jusqu’à présent systématiquement validé les autorisations accordées au consortium Lamda Development, principal promoteur du projet.
Pour l’heure, le chantier se poursuit, sous le regard des Athéniens, partagés entre fascination pour ce « Dubai grec » et inquiétude pour l’avenir de leur ville. Les prochaines décisions judiciaires et politiques pourraient bien déterminer si Ellinikon restera un symbole de modernité ou un exemple de ce qu’il ne faut plus faire.
Selon les promoteurs, la livraison complète est prévue pour 2029. Les premières phases, incluant une partie des espaces commerciaux et des infrastructures touristiques, devraient être opérationnelles dès 2027.