« Ce qui est demandé, parfois gentiment, parfois moins gentiment, par les Américains aux Européens, c’est de s’occuper de leur sécurité. » Cette déclaration, formulée par le président Emmanuel Macron, a été rapportée d’après BMF - International lors d’un déplacement officiel en Grèce ce week-end.
Ce qu'il faut retenir
- Emmanuel Macron a critiqué implicitement la pression américaine sur les Européens concernant leur contribution à la sécurité transatlantique
- La France et la Grèce ont annoncé la signature d’un « partenariat stratégique global renforcé » dans le domaine de la défense
- Le président a réaffirmé l’objectif d’une clause d’assistance mutuelle européenne opérationnelle, citant l’exemple de Chypre en 2025
- Il a appelé au maintien du cessez-le-feu au Liban et à la réouverture pacifique du détroit d’Ormuz
- Macron a évoqué la nécessité de renforcer la souveraineté européenne en matière d’innovation, de production et d’achats
- La Grèce a annoncé son intention d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans à partir de 2027, une mesure que Macron a qualifiée de « difficile mais nécessaire »
Lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, Emmanuel Macron a insisté sur l’urgence pour l’Europe de prendre en main sa propre défense. « Personne n’est totalement sûr que cet allié est fiable », a-t-il lancé en référence aux États-Unis, sans pour autant nommer Washington directement. Cette déclaration s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les deux rives de l’Atlantique, notamment sur la question du partage des responsabilités militaires et budgétaires au sein de l’OTAN.
Le président français a également rappelé le rôle clé de la clause d’assistance mutuelle européenne, qualifiant sa mise en œuvre de « décision prise dans la minute » lors de la crise à Chypre en 2025. « Nous sommes venus, la décision a été prise dans la minute », a-t-il affirmé, soulignant ainsi l’efficacité du mécanisme en cas de crise majeure. Cette clause, adoptée en 2022, prévoit une assistance automatique entre États membres en cas d’agression armée.
« Ce qui est demandé, parfois gentiment, parfois moins gentiment, par les Américains aux Européens, c’est de s’occuper de leur sécurité. »
— Emmanuel Macron
Sur le plan bilatéral, Macron et Mitsotakis ont officialisé la signature d’un « partenariat stratégique global renforcé », axé sur la défense et la sécurité en Méditerranée orientale. Ce partenariat, qui s’ajoute aux accords existants, vise à renforcer la coopération militaire, technologique et énergétique entre les deux pays. La Grèce, qui fait face à des tensions récurrentes avec la Turquie en mer Égée, y voit un moyen de consolider sa position stratégique.
Sur le front diplomatique, le président français a appelé à « la réouverture pacifique du détroit d’Ormuz », une zone stratégique dont la fermeture en 2021 avait provoqué une crise énergétique mondiale. Il a également réitéré son soutien au maintien du cessez-le-feu au Liban, où les tensions entre milices et forces armées restent vives malgré les accords de 2024.
Côté économique, Emmanuel Macron a une nouvelle fois plaidé pour un « achat européen, une production européenne, une innovation européenne ». Il a évoqué la nécessité de réduire la dépendance du continent aux importations, notamment dans les secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs ou les énergies renouvelables. « On a besoin d’acheter davantage européen, de produire davantage européen, d’innover davantage européen », a-t-il souligné, sans préciser de calendrier ou de mesures concrètes.
Le déplacement de Macron en Grèce coïncidait avec l’annonce par Athènes d’un projet de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans à partir de 2027. Une mesure que le président français a qualifiée de « difficile mais nécessaire », soulignant l’importance de protéger les jeunes publics des dérives des plateformes numériques. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique européenne plus large, alors que la Commission européenne prépare un texte sur la régulation des réseaux sociaux, attendu pour septembre 2026.
Sur le plan intérieur, Emmanuel Macron a évoqué la possibilité d’un texte européen « permettant d’interdire les réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans » dès septembre 2026. Il a affirmé être « sûr qu’on arrivera à 27 » sur cette question, malgré les réticences de certains États membres, notamment ceux attachés à la liberté d’expression.
Cette séquence politique laisse plusieurs questions en suspens. Dans quelle mesure les Européens parviendront-ils à réduire leur dépendance sécuritaire vis-à-vis des États-Unis ? Les divergences entre États membres sur la régulation des réseaux sociaux pourront-elles être surmontées d’ici septembre 2026 ? Enfin, le partenariat franco-grec suffira-t-il à désamorcer les tensions en Méditerranée orientale, ou celles-ci risquent-elles de s’aggraver dans les mois à venir ? Autant de sujets à suivre de près dans les semaines et mois à venir.
La clause d’assistance mutuelle, inscrite dans le traité de Lisbonne, prévoit qu’un État membre victime d’une agression armée sur son territoire doit bénéficier de l’assistance et du soutien de tous les autres États membres. Cette assistance peut prendre différentes formes : militaire, politique, économique ou logistique. Elle a été activée pour la première fois en 2025 à la suite de l’attaque contre Chypre, déclenchant une réponse rapide et coordonnée des Vingt-Sept.