Les intentions d’embauche dans le secteur du numérique en France reculent, mais la présidente de Numeum, Véronique Torner, tempère les craintes d’un effondrement du marché de l’emploi technologique. Selon BDM, l’organisation professionnelle du numérique en France, les données de 2026 confirment une tendance à la modération des recrutements, sans pour autant basculer dans le scénario catastrophe souvent évoqué. Entre janvier et mai 2026, les offres d’emploi dans l’informatique ont enregistré une baisse de 12 % par rapport à la même période en 2025, une contraction que les acteurs du secteur attribuent en partie à un ajustement post-pandémie et à une stabilisation des besoins des entreprises.
Ce qu'il faut retenir
- Baisse de 12 % des intentions d’embauche dans l’informatique entre janvier et mai 2026 par rapport à 2025, selon BDM.
- Véronique Torner, présidente de Numeum, rejette l’idée d’une « job apocalypse » dans le numérique.
- Le secteur reste dynamique, avec des besoins persistants dans certains métiers comme la cybersécurité ou l’IA.
- Les entreprises privilégient désormais des profils expérimentés, réduisant les embauches juniors.
- Numeum anticipe une reprise progressive d’ici fin 2026, sous réserve de la conjoncture économique.
Cette baisse des intentions d’embauche s’inscrit dans un contexte économique incertain, marqué par une inflation persistante et des tensions géopolitiques. Pourtant, comme le souligne Véronique Torner, « le numérique reste un secteur porteur, même si la croissance n’est plus aussi exponentielle qu’auparavant ». Pour la présidente de Numeum, cette phase de ralentissement était prévisible après plusieurs années d’expansion rapide, notamment pendant et après la crise sanitaire. En 2025, le secteur avait enregistré un record de 150 000 embauches, un chiffre désormais en retrait, mais toujours supérieur à la moyenne des autres industries.
Les métiers les plus touchés par cette baisse sont les postes dits « juniors », c’est-à-dire les profils en début de carrière. Les entreprises, confrontées à des coûts salariaux en hausse et à une rentabilité à maîtriser, privilégient désormais des profils expérimentés, capables de répondre immédiatement aux besoins opérationnels. « On assiste à une professionnalisation accrue des recrutements », explique Véronique Torner. « Les start-up comme les grands groupes recherchent des compétences immédiatement opérationnelles, ce qui réduit mécaniquement le nombre de jeunes diplômés embauchés. » Selon elle, cette tendance pourrait s’inverser dès que la conjoncture économique se stabilisera, probablement d’ici la fin de l’année.
Un marché toujours en tension malgré le ralentissement
Malgré cette baisse des intentions d’embauche, le marché de l’emploi numérique reste en tension pour plusieurs raisons. D’abord, certains secteurs comme la cybersécurité ou l’intelligence artificielle continuent de recruter activement. Les entreprises françaises, conscientes des enjeux de souveraineté technologique, investissent massivement dans ces domaines. En 2026, plus de 5 000 postes sont à pourvoir dans la cybersécurité, un chiffre qui n’a pas baissé malgré le ralentissement général, indique Numeum. De même, les métiers liés à la data et au cloud computing restent très demandés, avec une pénurie persistante de talents qualifiés.
Autre phénomène marquant : la mobilité interne s’accélère dans les entreprises. Plutôt que de recruter en externe, les groupes technologiques préfèrent former leurs employés existants aux nouvelles compétences, notamment dans l’IA générative. « Les entreprises misent sur la montée en compétences de leurs équipes », précise Véronique Torner. « Cela permet de réduire les coûts de recrutement tout en maintenant la productivité. » Cette stratégie explique en partie pourquoi les embauches externes reculent, sans pour autant signifier un déclin global du secteur.
Les perspectives pour la fin d’année et au-delà
À court terme, Numeum table sur une stabilisation progressive du marché. La baisse des intentions d’embauche devrait se poursuivre au troisième trimestre 2026, mais à un rythme moins marqué. « Nous prévoyons une reprise modérée dès le quatrième trimestre », indique Véronique Torner. « Si l’inflation se calme et que les investissements technologiques repartent, les embauches pourraient retrouver un rythme plus soutenu en 2027. » Pour l’instant, les prévisions restent prudentes : Numeum anticipe une croissance de seulement 3 % des embauches dans le numérique d’ici la fin de l’année, un chiffre bien inférieur aux taux de croissance à deux chiffres observés avant 2025.
Côté salaires, la tendance est à la modération, mais certains métiers restent très rémunérateurs. Les profils spécialisés en IA ou en cloud peuvent encore espérer des augmentations de 10 à 15 % en 2026, tandis que les salaires des juniors stagneraient, voire baisseraient légèrement dans certains cas. « Le marché reste tendu pour les compétences rares », rappelle Véronique Torner. « Mais la période des augmentations massives est derrière nous. »
Alors que certains observateurs craignaient un effondrement du marché de l’emploi numérique, les données de 2026 confirment plutôt une phase d’ajustement. Si la croissance n’est plus au rendez-vous, le secteur conserve une résilience remarquable, porté par des besoins structurels en innovation technologique. Comme le résume Véronique Torner : « Nous sommes loin de la job apocalypse qu’on nous promet. Le numérique reste un secteur d’avenir, même s’il entre dans une phase de maturité. »
Selon Numeum, les métiers liés à la cybersécurité, à l’intelligence artificielle et à la data restent les plus demandés. Plus de 5 000 postes sont à pourvoir dans la cybersécurité en 2026, un chiffre stable malgré le ralentissement général du marché.