Une nourrice, soupçonnée d’avoir empoisonné une famille juive de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) en y versant des produits toxiques, a été condamnée ce mercredi 15 avril 2026 à trois ans de prison ferme par la cour d’appel de Versailles, soit une peine alourdie par rapport à la première instance. Pourtant, la cour a de nouveau refusé de retenir la circonstance aggravante d’antisémitisme, comme l’avaient fait les juges en première instance. Une décision qui laisse les parties civiles insatisfaites, celles-ci ayant annoncé leur intention de se pourvoir en cassation. Selon BFM - Faits Divers, qui a révélé l’information, la prévenue, maintenue en détention, avait déjà écopé de deux ans et demi de prison ferme en première instance en décembre 2024, sans que la circonstance aggravante ne soit retenue.
Ce qu’il faut retenir
- Trois ans de prison ferme pour la nourrice condamnée en appel pour empoisonnement d’une famille juive à Levallois-Perret.
- La cour d’appel de Versailles a de nouveau rejeté la circonstance aggravante d’antisémitisme, comme en première instance.
- Les parties civiles, représentées par Mes Patrick Klugman et Sacha Ghozlan, ont annoncé un pourvoi en cassation pour contester cette décision.
- En janvier 2024, la famille avait porté plainte après avoir découvert que des produits de nettoyage avaient été versés dans des bouteilles d’alcool et de jus de raisin.
- La prévenue, qui nie les faits aujourd’hui, avait d’abord avoué sous la pression policière avant de se rétracter lors du procès.
Une affaire qui s’étire sur plus de deux ans
L’affaire remonte à janvier 2024, lorsque le couple, de confession juive, a porté plainte contre leur ancienne employée, une nourrice algérienne chargée de s’occuper de leurs trois enfants âgés de 2, 5 et 7 ans. Selon les éléments de l’enquête, des produits de nettoyage auraient été versés dans des bouteilles d’alcool, de jus de raisin et de démaquillant, ainsi que dans un plat de pâtes. La famille, résidant à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), avait alors signalé ces actes suspects aux autorités. Selon BFM - Faits Divers, la prévenue avait d’abord reconnu les faits lors de sa garde à vue, expliquant avoir agi en raison d’un conflit sur sa rémunération. Elle avait notamment déclaré avoir versé de l’eau savonneuse dans une bouteille de whisky.
Cependant, lors de son procès en première instance en décembre 2024, la nourrice est revenue sur ses aveux. Elle a affirmé avoir « inventé cette histoire » sous la pression des policiers, bien que les enquêteurs aient relevé des incohérences dans ses déclarations. Le président du tribunal avait alors rappelé que ses propres mots, selon lesquels elle avait « ajouté de l’eau savonneuse dans une bouteille de whisky et de jus de raisin », pesaient lourd dans la balance. Malgré sa rétractation, elle avait été condamnée à deux ans et demi de prison ferme, sans que la circonstance aggravante d’antisémitisme ne soit retenue.
Un verdict en appel qui ne satisfait pas les victimes
Lors du procès en appel, qui s’est tenu fin mars 2026 à Versailles, la cour a confirmé la peine de trois ans de prison ferme, dont six mois avec sursis, contre la prévenue. Cependant, elle a une nouvelle fois écarté la circonstance aggravante d’antisémitisme, une décision qui a provoqué la colère des parties civiles. Les avocats de la famille, Mes Patrick Klugman et Sacha Ghozlan, ont immédiatement réagi en annonçant leur intention de se pourvoir en cassation. Dans un communiqué, ils ont dénoncé une décision qui, selon eux, « rend impossible la répression judiciaire de l’antisémitisme » et risque de « miner la confiance dans l’institution judiciaire ». Selon BFM - Faits Divers, les avocats ont également souligné que la prévenue avait tenu des propos jugés accablants lors d’une perquisition : « Parce qu’ils ont de l’argent et le pouvoir, j’aurais jamais dû travailler pour une juive, elle n’a fait que m’apporter des problèmes ».
Pour les parties civiles, ces déclarations auraient dû être qualifiées d’antisémites et prises en compte comme une circonstance aggravante. Pourtant, la cour d’appel de Versailles a estimé que ces propos ne pouvaient pas être caractérisés comme tels. Une position qui a laissé les victimes dans l’incompréhension, d’autant que la justice avait déjà adopté la même position en première instance.
Un dossier marqué par des aveux et des rétractations
Le parcours judiciaire de cette affaire est jalonné de contradictions. Lors de sa garde à vue en janvier 2024, la nourrice avait avoué avoir versé des produits de nettoyage dans les bouteilles de la famille, motivée, selon ses dires, par un conflit salarial. Elle avait alors mentionné avoir agi de manière préméditée, en ciblant spécifiquement les produits consommables par les enfants et les adultes de la maison. Les enquêteurs avaient retrouvé des traces de détergent dans plusieurs contenants, confirmant partiellement ses déclarations initiales.
Pourtant, lors du procès en première instance, la prévenue a changé de version, invoquant des pressions policières pour expliquer ses aveux. Le tribunal avait finalement retenu les éléments matériels — traces de produits toxiques, incohérences dans les explications de la prévenue — pour la condamner. En appel, la cour a suivi le même raisonnement, confirmant la peine tout en maintenant le rejet de la circonstance aggravante. Selon BFM - Faits Divers, les avocats des victimes ont dénoncé une « réponse structurelle insuffisante » face à l’antisémitisme, appelant à une prise de conscience plus large au sein de l’institution judiciaire.
L’affaire rappelle par ailleurs les précédents dossiers d’empoisonnement ou de tentative d’empoisonnement en France, où la qualification des faits et la reconnaissance des motivations discriminatoires restent des enjeux récurrents pour les tribunaux. Reste à voir si cette nouvelle étape judiciaire apportera une réponse plus satisfaisante aux victimes ou si, au contraire, elle confirmera la difficulté à intégrer pleinement la dimension antisémite dans l’évaluation des peines.
La cour d’appel de Versailles a estimé que les propos de la prévenue, jugés accablants par les parties civiles (« J’aurais jamais dû travailler pour une juive »), ne pouvaient pas être qualifiés de manière formelle comme antisémites. Selon les magistrats, ces déclarations ne constituaient pas une preuve suffisante d’une motivation discriminatoire, malgré leur caractère choquant. Cette position est contestée par les avocats des victimes, qui y voient une faille dans la répression de l’antisémitisme.
Les parties civiles, représentées par Mes Patrick Klugman et Sacha Ghozman, ont annoncé leur intention de se pourvoir en cassation contre l’arrêt de la cour d’appel. Cette procédure pourrait prendre plusieurs mois, voire plus d’un an, avant d’aboutir. Si la Cour de cassation donne raison aux victimes, un nouveau procès pourrait être ordonné pour réexaminer, entre autres, la question de la circonstance aggravante d’antisémitisme.
