L’Iranienne Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix en 2023 pour son combat contre la peine de mort et les discriminations faites aux femmes, se trouve dans un état de santé « grave » après avoir subi une crise cardiaque le mois dernier en prison, selon ses soutiens. Le Figaro révèle que sa famille et son équipe juridique ont pu lui rendre visite samedi dernier dans l’établissement pénitentiaire du nord de l’Iran où elle est incarcérée.

Ce qu'il faut retenir

  • Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023, est détenue en Iran depuis le 12 décembre 2025 après avoir critiqué les autorités religieuses lors d’une cérémonie funéraire à Mashhad.
  • Elle a été victime d’une crise cardiaque en mars 2026, puis son état s’est « extrêmement dégradé », avec une perte de poids significative et un affaiblissement marqué.
  • Son frère, Hamidreza Mohammadi, installé en Norvège, indique qu’elle partage une cellule avec des prisonnières accusées de meurtre et a subi des menaces de mort de leur part.
  • En février 2026, elle a été condamnée à six ans de prison supplémentaires pour « atteinte à la sécurité nationale » et à dix-huit mois pour « propagande contre le régime islamique ».
  • Depuis son transfert à la prison de Zanjan en février, ses communications avec l’extérieur restent extrêmement limitées.

Une détention aux conditions de plus en plus difficiles

Narges Mohammadi purge actuellement une peine de prison à Zanjan, une ville du nord-ouest de l’Iran qui a été bombardée fin février dans le cadre des frappes israéliennes et américaines contre des cibles stratégiques du pays. Ses conditions de détention se sont fortement dégradées ces dernières semaines, au point que ses soutiens dénoncent une situation mettant « en danger immédiat et irréparable » sa vie. Lors de la visite familiale du 29 mars 2026, les proches de la militante avaient déjà constaté des signes de faiblesse extrême, rapporte sa fondation dans un communiqué.

Selon son frère, Hamidreza Mohammadi, Narges Mohammadi partage désormais une cellule avec des codétenues inculpées pour meurtre et a été « menacée de mort à plusieurs reprises » par certaines d’entre elles. Ces éléments ajoutent une dimension de dangerosité accrue à une détention déjà qualifiée d’arbitraire par de nombreuses organisations de défense des droits humains.

Un engagement de longue date contre l’oppression en Iran

Militante emblématique des droits des femmes et opposante farouche au régime iranien, Narges Mohammadi cumule près de vingt-cinq ans de lutte. Arrêtée à plusieurs reprises, elle a été condamnée à de lourdes peines pour son opposition à la peine de mort et son rejet du code vestimentaire imposé aux Iraniennes, notamment le port obligatoire du voile. Son prix Nobel, attribué en octobre 2023, avait symboliquement récompensé un combat mené malgré les risques constants d’emprisonnement.

Son arrestation du 12 décembre 2025 à Mashhad intervient alors qu’elle participait à une cérémonie funéraire. Depuis, chaque nouvelle condamnation – comme celle de février 2026 – a été suivie de protestations internationales, mais sans effet sur les autorités iraniennes. En 2025, son nom était déjà associé aux mouvements de contestation réprimés dans le sang par le pouvoir, qui aurait fait des milliers de morts selon plusieurs ONG.

Une santé en déclin et des risques persistants

Le déclin physique de Narges Mohammadi, observé lors de la visite du 29 mars, s’est poursuivi de manière alarmante. Son frère précise qu’elle a « extrêmement affaiblie » et a perdu « une quantité significative de poids » depuis sa crise cardiaque. Ces éléments, combinés aux conditions de détention décrites, laissent craindre une issue fatale à court terme si sa situation n’évolue pas rapidement.

Les soutiens de la militante rappellent que son état précaire intervient dans un contexte de tensions internationales accrues. Les frappes israéliennes et américaines contre l’Iran en février 2026 ont aggravé l’isolement du régime et durci sa répression interne. Dans ce climat, les appels à une libération médicale ou humanitaire restent sans réponse des autorités iraniennes.

« La poursuite de cette situation fait peser sur la vie de Narges Mohammadi un risque immédiat et irréparable. »
— Communiqué de la fondation Narges Mohammadi, avril 2026

Et maintenant ?

La communauté internationale, ainsi que les organisations de défense des droits humains, pourraient intensifier leurs pressions sur Téhéran pour exiger une libération médicale ou un transfert de Narges Mohammadi vers un établissement hospitalier adapté. Une audience judiciaire est attendue dans les prochaines semaines, mais aucune date précise n’a été communiquée. Pour l’heure, ses proches appellent à une mobilisation urgente afin d’éviter une issue tragique.

Son cas illustre plus largement la répression systématique des voix dissidentes en Iran, dans un contexte où les libertés fondamentales restent soumises à l’arbitraire des autorités. Alors que les tensions régionales persistent, la situation de Narges Mohammadi rappelle les risques encourus par ceux qui défient ouvertement le régime, malgré les risques encourus.