Depuis la rentrée scolaire 2023, l’Algérie a engagé une refonte progressive de son enseignement des langues étrangères, un dossier qui agite désormais la sphère éducative et politique du pays. Comme le rapporte Le Figaro, cette réforme s’est accélérée avec l’annonce, le 25 juillet 2026, par le ministre algérien de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saâdaoui, d’une modification majeure dans l’apprentissage des langues dès le primaire. Désormais, l’anglais sera la seule langue étrangère enseignée en troisième année, tandis que le français n’interviendra qu’en quatrième année, et ce en plus de l’anglais.

Ce qu'il faut retenir

  • Dès la rentrée 2026, l’anglais sera la seule langue étrangère enseignée en troisième année de primaire en Algérie, le français n’étant introduit qu’en quatrième année.
  • Cette réforme s’inscrit dans un processus initié en 2023, où anglais et français partageaient auparavant un volume horaire égal dès le primaire.
  • Le ministre Saâdaoui justifie ce choix par la volonté d’éviter une charge excessive pour les jeunes enfants, deux langues aux alphabets et phonèmes proches étant jugées trop complexes en parallèle.
  • En avril 2024, les autorités ont créé une spécialité dédiée à l’enseignement de l’anglais dans les écoles normales supérieures, afin de former davantage d’enseignants compétents.
  • Des milliers de professeurs d’anglais ont été recrutés en urgence depuis 2023 pour répondre à la demande croissante.

Une réforme mûrie dans un contexte linguistique tendu

La décision du ministère algérien s’inscrit dans un débat récurrent sur la place du français, héritage colonial encore très présent dans l’administration et l’éducation. Selon nos confrères du Figaro, cette réforme vise à réduire la pression sur les jeunes élèves, pour qui l’apprentissage simultané de l’anglais et du français, deux langues aux systèmes orthographiques et phonétiques distincts, représentait jusqu’ici un défi de taille. Le ministre Saâdaoui a d’ailleurs rappelé devant les députés, lors d’une séance tenue avant l’été 2026, que cette charge était « excessive » pour des enfants de huit ou neuf ans, dont les capacités cognitives doivent d’abord être préservées.

Pourtant, cette orientation ne fait pas l’unanimité. Certains acteurs du système éducatif pointent du doigt le risque d’un affaiblissement du français, langue largement utilisée dans les médias, la justice et une partie de l’administration. D’autres y voient au contraire une modernisation nécessaire, l’anglais étant désormais perçu comme la langue dominante de la mondialisation. Le Figaro souligne que cette réforme s’accompagne d’un effort sans précédent pour former les enseignants : en avril 2024, les écoles normales supérieures algériennes ont ouvert une filière spécialisée dans l’enseignement de l’anglais, afin de pallier le manque criant d’enseignants qualifiés dans cette langue.

Un changement progressif, mais aux conséquences immédiates

Dès 2023, l’Algérie avait commencé à rééquilibrer l’enseignement des langues au primaire, en attribuant un volume horaire identique à l’anglais et au français. Cette mesure avait alors conduit au recrutement massif de professeurs d’anglais, parfois en urgence, pour répondre à la demande. Comme le révèle Le Figaro, cette politique a nécessité des ajustements rapides, notamment la création de nouvelles spécialités dans les écoles de formation des enseignants. Pour autant, les critiques ne manquent pas : certains parents d’élèves et enseignants s’interrogent sur la capacité des établissements à assurer un enseignement de qualité dans ces nouvelles conditions.

Le passage à un enseignement exclusif de l’anglais en troisième année, puis à un apprentissage conjoint avec le français en quatrième année, marque une rupture avec le système antérieur. Auparavant, les deux langues étaient introduites dès la première année du primaire, avec des volumes horaires équivalents. Désormais, l’accent est mis sur l’anglais en début de parcours, tandis que le français, bien que toujours présent, voit son apprentissage retardé. Cette réforme pourrait, à terme, modifier durablement la maîtrise des deux langues chez les jeunes Algériens, avec des répercussions potentielles sur leur accès à l’enseignement supérieur et au marché du travail.

« L’apprentissage simultané de deux langues étrangères aux alphabets et phonèmes proches était excessif pour de jeunes enfants. »
Mohamed Seghir Saâdaoui, ministre algérien de l’Éducation nationale, juillet 2026

Et maintenant ?

Cette réforme devrait s’appliquer à partir de la rentrée scolaire 2026, avec un suivi étroit de ses effets sur les performances des élèves et leur maîtrise des langues. Les autorités algériennes ont d’ores et déjà annoncé qu’elles évalueraient régulièrement les résultats de cette nouvelle organisation pédagogique. Reste à voir si cette orientation permettra de concilier modernisation de l’enseignement et préservation du français, tout en évitant une fracture entre les générations.

Par ailleurs, la question des ressources humaines reste centrale : la formation accélérée des enseignants d’anglais et la capacité des établissements à s’adapter à ce nouveau rythme seront déterminantes pour la réussite de cette transition. Enfin, le débat sur la place du français dans l’espace public algérien, déjà vif, pourrait encore s’intensifier à mesure que les premières cohortes d’élèves formés selon ce nouveau système progresseront dans leur parcours scolaire.

Le ministre algérien de l’Éducation, Mohamed Seghir Saâdaoui, justifie ce choix par la volonté d’alléger la charge cognitive des jeunes élèves. Selon lui, l’apprentissage simultané de deux langues aux systèmes orthographiques et phonétiques différents — comme l’anglais et le français — serait trop exigeant pour des enfants de huit ou neuf ans. La réforme vise donc à introduire l’anglais en premier, puis à ajouter le français plus tard, en quatrième année.