Alors que les Algériens étaient appelés aux urnes le 2 juillet 2026 pour renouveler leur Assemblée populaire nationale, la campagne électorale s'est déroulée sous le signe d'une inquiétude persistante. Le pouvoir d'achat des ménages s'érode, sous l'effet conjugué d'une inflation galopante et d'une dépréciation marquée du dinar, tandis que les restrictions imposées par l'État sur les importations aggravent les difficultés du quotidien. Selon Le Monde, ces tensions économiques pèsent lourdement sur le moral des familles algériennes, qui peinent à joindre les deux bouts.

Ce qu'il faut retenir

  • L'Algérie fait face à une dépréciation du dinar qui renchérit le coût des produits importés, essentiels dans un pays où les deux tiers des biens de consommation sont d'origine étrangère.
  • Les restrictions à l'importation, justifiées par les autorités comme une mesure de protection des réserves de change, limitent l'accès à des produits de base, aggravant les pénuries et les files d'attente.
  • La campagne législative de juillet 2026 s'est tenue dans un contexte de mécontentement social, les électeurs exprimant leur frustration face à la gestion économique du gouvernement.

Une inflation qui grignote le budget des ménages

Les Algériens assistent, impuissants, à une hausse généralisée des prix, alimentée par la chute du dinar. Le dinar algérien a perdu près de 30 % de sa valeur face au dollar depuis 2023, selon les données de la Banque d'Algérie. Résultat : le coût des denrées alimentaires importées, comme l'huile, le sucre ou la farine, a bondi de 40 % en deux ans. «

Pour changer un simple pneu de voiture, il faut maintenant attendre son tour pendant des semaines, voire des mois, dans un garage
», explique un commerçant de la capitale, cité par Le Monde. Une situation qui illustre l'ampleur des goulots d'étranglement dans l'approvisionnement et les services.

Les restrictions à l'importation, un remède pire que le mal ?

Depuis 2022, les autorités algériennes ont durci les règles d'importation pour préserver les réserves de change, estimées à environ 70 milliards de dollars fin 2025. Mais cette politique a eu des effets pervers : multiplication des files d'attente devant les commerces, pénuries de médicaments et de pièces détachées, et allongement des délais pour les réparations. «

On nous demande de patienter pour des produits essentiels, alors que les prix flambent. Comment faire quand on n'a pas les moyens de payer le double ?
», s'indigne une mère de famille d'Oran, interrogée par Le Monde. Le secteur automobile est particulièrement touché, avec des délais de livraison qui s'étendent sur plusieurs mois pour les véhicules neufs, en raison de la rareté des pièces importées.

Une campagne électorale sous tension

Les élections législatives du 2 juillet 2026 se sont déroulées dans un climat de défiance. Les partis d'opposition, bien que marginaux, ont tenté de capitaliser sur la colère sociale. Le Front de Libération Nationale (FLN), parti historique au pouvoir, a perdu du terrain face à de nouveaux mouvements contestataires. « Les Algériens ne votent plus par adhésion, mais par lassitude », analyse un analyste politique d'Alger. Les taux de participation, toujours en baisse depuis 2017, ont confirmé cette tendance : seuls 38 % des électeurs inscrits se sont déplacés, un niveau historiquement bas.

Et maintenant ?

À court terme, la situation économique devrait rester tendue. Les autorités ont annoncé un plan de relance pour soutenir les secteurs les plus touchés, mais les mesures promises tardent à se concrétiser. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la capacité du gouvernement à stabiliser la monnaie et à relancer les importations sans aggraver la crise des réserves de change. Une nouvelle dévaluation du dinar est même évoquée par certains experts, ce qui pourrait encore alourdir la facture des ménages.

Les associations de consommateurs appellent à des réformes structurelles, tandis que le pouvoir, critiqué pour sa gestion économique, tente de maintenir un dialogue social fragile. Une chose est sûre : l'inquiétude des Algériens ne s'éteindra pas avec le scrutin.

La chute du dinar s'explique par la dépendance de l'Algérie aux revenus pétroliers, qui représentent 90 % de ses exportations. La baisse des prix du pétrole en 2023-2024 a réduit les entrées de devises, obligeant la Banque d'Algérie à assouplir les restrictions sur le marché des changes. Résultat : le dinar a perdu près de 30 % de sa valeur face au dollar en trois ans.