Depuis 2024, l’exposition itinérante « Il arrive parfois » sillonne l’Anjou pour sensibiliser le grand public aux dépressions périnatales. Porté par le Département de Maine-et-Loire, ce projet original donne la parole aux personnes directement concernées par ce phénomène encore trop méconnu. Selon Ouest France, cette initiative s’inscrit dans une démarche de prévention précoce, alors que près d’une mère sur cinq serait touchée par des troubles de l’humeur après un accouchement.

Ce qu'il faut retenir

  • Une exposition itinérante, « Il arrive parfois », sensibilise depuis 2024 en Anjou sur les dépressions périnatales.
  • Le dispositif RenPaRD propose des rencontres périnatales pour une prévention précoce, primé récemment.
  • En Maine-et-Loire, le Département collabore avec la protection maternelle et infantile (PMI) pour repérer les femmes à risque.
  • Chloé Marchand, 28 ans, a bénéficié de ce dispositif et témoigne de son efficacité pour surmonter ses angoisses.
  • Les professionnels soulignent l’importance de briser la solitude des mères confrontées à ces troubles.

Un témoignage qui illustre une réalité souvent ignorée

À 25 ans, Chloé Marchand, psychomotricienne installée à Saint-Germain-des-Prés, près d’Angers, a découvert de plein fouet les difficultés de la parentalité. Trois ans plus tard, elle raconte dans Ouest France les premiers mois de son fils Éliott, marqués par un stress intense. « Je pensais avoir un bébé hyper gentil qui allait faire ses nuits et que j’allais pouvoir tout gérer. En fait, c’est un total chamboulement », confie-t-elle. Après la naissance, elle avoue avoir mis cinq mois à retrouver du plaisir dans son rôle de mère. Un parcours semé d’embûches que beaucoup de femmes vivent en silence.

Contrairement à Chloé, la majorité des mères en souffrance n’osent pas solliciter d’aide. Pourtant, les chiffres sont sans appel : en France, environ 10 à 20 % des femmes développent une dépression périnatale après un accouchement, un trouble qui peut aussi toucher les pères. Pour briser l’isolement, le Département de Maine-et-Loire a mis en place un dispositif innovant : un courrier envoyé aux parents à risque, leur proposant un entretien avec une sage-femme de la protection maternelle et infantile (PMI).

Le dispositif RenPaRD, une réponse concrète à un besoin criant

Lors de sa deuxième grossesse, Chloé Marchand a reçu ce courrier. « Je ne voulais pas revivre ça, alors j’y suis allée », explique-t-elle. C’est lors de cet entretien qu’une professionnelle lui a présenté le projet RenPaRD – Rencontres Périnatales autour du Risque de Dépression. Ce programme, récemment primé pour son approche préventive, repose sur des rencontres de groupe animées par des psychologues et des sages-femmes. L’objectif ? Identifier précocement les signes de détresse et offrir un espace d’échange sécurisé aux parents.

Pour Chloé, cette initiative a été une véritable bouffée d’oxygène. « Cela m’a permis de calmer mes angoisses », témoigne-t-elle. Le dispositif, encore expérimental, se distingue par son approche proactive. Plutôt que d’attendre que les symptômes s’aggravent, il mise sur la prévention et l’écoute bienveillante. Une méthode qui semble porter ses fruits, à en croire les retours des participants.

Une exposition pour briser les tabous

Parallèlement au dispositif RenPaRD, l’exposition « Il arrive parfois » parcourt le département depuis deux ans. Composée de témoignages et de photographies, elle donne la parole à des parents ayant vécu une dépression périnatale. Selon Ouest France, cette exposition itinérante a déjà touché plusieurs milliers de visiteurs, sensibilisant les professionnels de santé comme le grand public. « Mettre des visages et des histoires derrière les statistiques, c’est essentiel pour faire évoluer les mentalités », souligne une responsable du Département de Maine-et-Loire.

Les organisateurs de l’exposition insistent sur un point : la dépression périnatale n’est pas une fatalité. Avec un dépistage précoce et un accompagnement adapté, il est possible de limiter son impact. Pourtant, de nombreuses femmes hésitent encore à en parler par crainte d’être jugées ou par méconnaissance. C’est tout l’enjeu de ces initiatives : normaliser le recours à l’aide et montrer que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais de courage.

Et maintenant ?

Le dispositif RenPaRD, actuellement en phase de test dans le Maine-et-Loire, pourrait être étendu à d’autres départements d’ici 2027. Une évaluation est en cours pour mesurer son efficacité à grande échelle. Parallèlement, l’exposition « Il arrive parfois » continue son tour de France, avec des étapes prévues dans les Pays de la Loire et en Bretagne avant la fin de l’année. Les professionnels de santé appellent à une meilleure formation des acteurs de la périnatalité pour repérer plus tôt les signes de détresse. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à faire reculer le tabou qui entoure encore trop souvent ce sujet.

La question reste entière : comment concilier prévention et lutte contre les préjugés dans une société où la parentalité est encore idéalisée ? Une chose est sûre, les outils existent. À condition que les parents osent les utiliser.

La dépression périnatale désigne un épisode dépressif majeur survenant pendant la grossesse ou dans l’année qui suit l’accouchement. Elle se manifeste par une tristesse persistante, une perte de motivation, des troubles du sommeil ou de l’appétit, et peut impacter gravement la relation mère-enfant. Contrairement au « baby blues », qui est passager, elle nécessite un accompagnement médical.

Les signes varient selon les personnes, mais peuvent inclure une fatigue extrême, un sentiment d’incapacité à s’occuper du bébé, des crises de larmes fréquentes, ou une perte d’intérêt pour les activités quotidiennes. Les proches doivent être attentifs à ces changements et encourager la personne à consulter sans attendre.