Depuis deux ans, un train touristique argentin innove en matière de transport durable. Le « Tren Solar de la Quebrada », fabriqué par le géant chinois CRRC et exploité par Trensolar, a déjà transporté 90 000 passagers sur un parcours de 42 kilomètres à travers la Quebrada de Humahuaca, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, selon BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • 90 000 voyageurs transportés depuis le lancement du train, dont 49 000 en 2025, avec 4 % de touristes étrangers.
  • Un train alimenté par des batteries lithium-ion rechargées via des stations solaires de 6 MW, garantissant zéro émission de gaz à effet de serre.
  • Une autonomie de 100 à 120 kilomètres et un taux de ponctualité de 96 % en 2025, avec 3 194 liaisons réalisées.
  • Une technologie adaptable sur des rames existantes, évitant ainsi la construction de nouvelles voitures.
  • Un objectif de dynamiser le tourisme durable et l’économie locale dans la province de Jujuy.

Un projet pionnier pour un tourisme écologique

Le Tren Solar de la Quebrada emprunte un tronçon ferroviaire historique de 42 kilomètres, autrefois utilisé comme corridor commercial et migratoire entre les populations des hauts plateaux andins et les basses terres. Ce train, qui dessert un site classé à l’UNESCO, mise sur une technologie respectueuse de l’environnement. Il est propulsé par six batteries lithium-ion de 352 kWh chacune, complétées par un système de récupération d’énergie au freinage. Les gares, équipées de bornes de recharge rapide, permettent aux batteries d’être rechargées en quelques minutes grâce à des champs photovoltaïques locaux.

Ce projet s’inscrit dans une volonté de promouvoir un tourisme durable.

« Le progrès technologique et la conscience environnementale se conjuguent dans le Train Solaire de Quebrada, une initiative pionnière qui promet de transformer l’expérience touristique dans la région de Jujuy »,
a souligné Trensolar, l’exploitant du train, qui appartient entièrement à l’État provincial.

Une alternative crédible aux trains diesel

La province de Jujuy a fait le choix d’éviter une solution thermique, bien que moins coûteuse initialement. Contrairement à ce que propose souvent le marché, le train n’utilise pas de moteur diesel polluant, mais une propulsion électrique alimentée par des énergies renouvelables. Cette approche pourrait inspirer d’autres régions, notamment en France où 40 % du réseau ferré n’est pas électrifié. Depuis 2023, la SNCF teste des trains à batteries sur plusieurs lignes régionales, avec la participation de cinq régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

L’avantage de cette technologie réside dans sa flexibilité. Plutôt que de construire de nouvelles rames, il est possible de convertir des trains existants en retirant leurs moteurs diesel pour les remplacer par des batteries, une méthode appelée « retrofit ». Trensolar envisage ainsi de convertir jusqu’à 700 rames TER actuellement en circulation pour les adapter à cette propulsion électrique.

Des performances techniques et économiques remarquables

En 2025, le train a circulé 280 jours sur l’année, assurant 3 194 liaisons avec un taux de ponctualité de 96 %. Ces chiffres témoignent d’une fiabilité opérationnelle élevée, essentielle pour un service public. Les stations solaires de 6 MW, installées en gare, permettent une recharge rapide des batteries, limitant ainsi les temps d’attente pour les passagers.

Côté fréquentation, le train a enregistré une progression régulière. En 2024, il avait transporté 41 000 voyageurs, avant d’atteindre 49 000 en 2025, dont une minorité de touristes étrangers. Ces données montrent que l’attrait pour ce mode de transport durable dépasse les frontières locales, même si la majorité des usagers reste composée de résidents argentins.

Un modèle reproductible pour d’autres régions ?

Le succès du Tren Solar de la Quebrada pourrait servir d’exemple pour d’autres territoires souhaitant concilier développement touristique et respect de l’environnement. La technologie utilisée est déjà éprouvée et pourrait être déployée dans des zones où le réseau ferroviaire n’est pas électrifié, comme en Europe ou en Asie. En Argentine, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de transition énergétique, avec l’objectif affiché de réduire la dépendance aux énergies fossiles.

Pour l’exploitant Trensolar, l’enjeu est désormais de pérenniser ce modèle. La province de Jujuy, en misant sur ce train, espère non seulement attirer davantage de visiteurs, mais aussi stimuler l’économie locale en créant des emplois et en valorisant son patrimoine naturel et culturel.

Et maintenant ?

Si le train solaire de la Quebrada a d’ores et déjà prouvé sa viabilité, son avenir dépendra de plusieurs facteurs. D’une part, la capacité à maintenir un taux de fréquentation élevé, notamment auprès des touristes internationaux. D’autre part, l’évolution des coûts énergétiques et des subventions publiques pourrait influencer la rentabilité du projet. Enfin, la généralisation de cette technologie à d’autres lignes en Argentine ou à l’étranger dépendra des résultats obtenus dans les prochaines années. Une évaluation complète est prévue pour 2027, date à laquelle les autorités locales pourraient décider d’étendre le réseau ou d’adopter des solutions similaires.

Ce projet argentin pourrait ainsi devenir un modèle pour les régions cherchant à allier innovation technologique, tourisme et développement durable. Reste à voir si d’autres pays suivront cet exemple dans les années à venir.

D'après les informations communiquées par Trensolar, les batteries lithium-ion de 352 kWh ont une durée de vie estimée entre 10 et 15 ans, selon les conditions d'utilisation et de maintenance. Le système est conçu pour permettre un remplacement progressif des modules en cas de baisse de performance.

Bien que le Tren Solar de la Quebrada soit actuellement le seul en service de ce type, Trensolar et CRRC étudient la possibilité d’exporter cette technologie vers d’autres régions. Plusieurs pays d’Amérique latine et d’Afrique, où les réseaux ferrés ne sont pas électrifiés, ont déjà manifesté leur intérêt pour ce modèle de train à batteries alimenté par énergie solaire.