Près de trois ans après l’exode massif de quelque 100 000 Arméniens du Haut-Karabakh en 2023, les réfugiés installés en Arménie dénoncent une marginalisation croissante. Selon France 24, les difficultés administratives, les obstacles économiques et les tensions politiques pèsent lourdement sur leur intégration. Certains activistes et observateurs pointent du doigt les déclarations du Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, et de ses alliés, qu’ils jugent discriminatoires.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2023, près de 100 000 Arméniens ont fui le Haut-Karabakh vers l’Arménie après le conflit avec l’Azerbaïdjan.
  • Les réfugiés dénoncent des difficultés administratives et un manque de soutien économique dans leur pays d’accueil.
  • Des activistes accusent le gouvernement de Nikol Pashinyan de tenir des propos discriminatoires à leur égard.
  • Des ONG tentent d’accompagner les réfugiés, mais les analystes craignent une polarisation politique accrue avant les prochaines élections.

Un exode massif suivi d’un accueil chaotique

En septembre 2023, l’offensive militaire azerbaïdjanaise dans le Haut-Karabakh a précipité le départ de près de la moitié de la population arménienne de cette région. Selon les Nations unies, plus de 98 000 personnes ont franchi la frontière pour se réfugier en Arménie en l’espace de quelques semaines. Si les autorités arméniennes ont initialement organisé un accueil d’urgence, les conditions de vie des réfugiés se sont rapidement dégradées. Erevan, la capitale, concentre une grande partie de ces nouveaux arrivants, mais les logements, les emplois et les aides sociales restent insuffisants pour absorber un tel afflux.

Des obstacles administratifs et des discriminations dénoncées

Plusieurs associations et activistes, cités par France 24, accusent le gouvernement arménien de freiner délibérément l’intégration des réfugiés. «

Les déclarations de Nikol Pashinyan et de son entourage créent un climat hostile. On nous rappelle sans cesse que nous ne sommes que des invités de passage, et non des citoyens à part entière
», a témoigné un responsable d’une ONG locale sous couvert d’anonymat. Les démarches pour obtenir des papiers, accéder aux soins ou trouver un travail se heurtent à des lenteurs administratives souvent présentées comme des négligences, voire des discriminations.

Les réfugiés du Haut-Karabakh, majoritairement des familles avec enfants, subissent de plein fouet la crise économique qui touche l’Arménie. Avec un taux de chômage en hausse et des salaires moyens parmi les plus bas d’Europe, les opportunités professionnelles se font rares. «

Beaucoup de mes compatriotes travaillent dans le secteur informel, sans contrat, pour des salaires de misère. On nous exploite parce qu’on n’a pas le choix
», a expliqué une femme de 42 ans, ancienne enseignante du Haut-Karabakh, aujourd’hui employée comme femme de ménage à Erevan.

Des ONG en première ligne, mais des moyens limités

Face à l’inaction perçue des autorités, des organisations non gouvernementales tentent de combler le vide. L’ONG « ArmHelp », basée à Erevan, distribue des colis alimentaires et propose des cours de langue arménienne aux nouveaux arrivants. «

Nous faisons ce que nous pouvons avec des budgets serrés. Mais sans soutien institutionnel, notre action reste une goutte d’eau dans l’océan
», a confié sa directrice, Anna Ter-Poghosyan. D’autres associations, comme « Hayatsun », se concentrent sur l’aide juridique pour faciliter les démarches administratives, un parcours semé d’embûches pour des personnes souvent déstabilisées par leur exil.

Une polarisation politique qui s’aggrave

Alors que l’Arménie se prépare à des élections législatives prévues en 2026, la question des réfugiés du Haut-Karabakh devient un sujet clivant. Certains partis d’opposition accusent le gouvernement de Pashinyan d’utiliser cette crise pour renforcer son contrôle sur la société. «

Le pouvoir instrumentalise la souffrance des réfugiés pour justifier ses réformes autoritaires. C’est une stratégie cynique
», a affirmé un député de l’opposition. Les analystes politiques s’interrogent : cette polarisation pourrait-elle déboucher sur des tensions sociales accrues dans un pays déjà fragilisé par des années de crise politique et économique ?

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient être déterminants pour l’avenir des réfugiés du Haut-Karabakh en Arménie. Les élections législatives de 2026 devraient offrir une première indication sur la manière dont le gouvernement compte traiter cette question. En attendant, les ONG appellent à une mobilisation internationale pour soutenir ces populations, tandis que les autorités arméniennes promettent des mesures supplémentaires sans préciser leur calendrier. Reste à voir si ces annonces se traduiront par des actes concrets.

Alors que le conflit autour du Haut-Karabakh reste en suspens et que les relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan restent tendues, la situation des réfugiés illustre les conséquences durables des guerres oubliées. Entre intégration ratée et instrumentalisation politique, leur sort dépendra largement des choix qui seront faits dans les mois à venir.