Une scène aussi poignante qu’exceptionnelle a été documentée par des chercheurs en Australie-Occidentale. Selon Le Figaro, une femelle dauphin, surnommée « Fraggle », a été filmée dans l’estuaire de Leschenault, au large de l’Australie, maintenant à la surface le corps sans vie de son delphineau pendant six jours consécutifs. Le cétacé, dont le petit était né deux semaines plus tôt, a refusé de le laisser couler malgré les difficultés respiratoires persistantes du nouveau-né, déjà fragilisé.

Ce qu'il faut retenir

  • Une femelle dauphin, « Fraggle », a porté son delphineau mort à la surface pendant six jours dans l’estuaire de Leschenault (Australie-Occidentale).
  • Le petit dauphin, né deux semaines plus tôt, souffrait de problèmes respiratoires avant son décès.
  • Quatorze autres dauphins du groupe nageaient à proximité, formant une « escorte silencieuse » autour de la femelle endeuillée.
  • Ce comportement, qualifié d’« épimélétique », est régulièrement observé chez les cétacés face à un congénère mort ou mourant.
  • Les scientifiques évoquent des hypothèses sur ces réactions, sans trancher sur l’idée d’un « deuil » au sens humain.

Les images, diffusées par l’organisation Geographe Marine Research LTD, montrent « Fraggle » maintenant son petit à flot avec une persévérance remarquable. Autour d’elle, les quatorze autres membres de son groupe évoluaient en silence, comme pour accompagner la femelle dans ce moment difficile. Les chercheurs, qui suivent cette population de cétacés depuis plusieurs années, ont partagé leur analyse sur les réseaux sociaux : « Nous savions qu’avoir un petit en plein hiver serait un défi pour sa survie, mais nous gardions l’espoir qu’elle ait enfin une chance d’être mère à nouveau. Elle vient désormais de perdre ses quatre derniers delphineaux », ont-ils souligné.

Les scientifiques avaient anticipé cette issue. « Ayant récemment observé chez son petit une fréquence respiratoire très élevée, nous savions malheureusement que ce jour finirait par arriver », ont-ils expliqué. Leur publication a suscité l’émoi parmi les internautes, mais aussi l’intérêt des spécialistes des cétacés.

Un comportement documenté chez les cétacés

Ce type de scène n’a rien d’isolé. Comme le rapporte Le Figaro, les biologistes marins observent depuis des années ce qu’ils appellent des « comportements épimélétiques » chez les dauphins, baleines ou orques. Ces comportements se traduisent par le portage, le maintien à la surface ou le contact physique avec un congénère mort ou mourant, et ce, pendant des heures, voire des jours. En 2018, une revue systématique de plus d’une centaine de cas a confirmé que les dauphins sont les cétacés les plus enclins à adopter ce type d’attitude, en particulier les femelles face à un petit mort ou agonisant.

Ces observations s’inscrivent dans le cadre de la « thanatologie comparative », une branche scientifique qui étudie les réactions des animaux face à la mort. Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ces comportements. Ils évoquent d’abord des tentatives de « sauvetage » du petit, bien que les chances de survie soient nulles une fois le décès constaté. Une autre piste suggère une difficulté à « laisser partir » un proche, un mécanisme qui pourrait s’apparenter, sans pour autant le qualifier, à une forme de deuil.

Une femelle dauphin en deuil ? Les scientifiques restent prudents

Si la scène filmée en Australie illustre une fois de plus la complexité émotionnelle des cétacés, les experts évitent soigneusement d’employer le terme de « deuil » au sens humain. « Ces comportements traduisent une sensibilité particulière des dauphins à la mort de l’un des leurs, mais nous ne pouvons pas affirmer qu’il s’agit d’un processus psychologique comparable au nôtre », précise un chercheur en éthologie marine contacté par Le Figaro.

Les dauphins, connus pour leur intelligence et leur sociabilité, forment des liens forts au sein de leur groupe. La perte d’un petit représente un choc, surtout après des échecs répétés : « Fraggle » avait déjà perdu quatre delphineaux auparavant. Les images de l’estuaire de Leschenault montrent une communauté en soutien, un phénomène déjà observé chez d’autres espèces de cétacés. « Les groupes de dauphins restent souvent unis face à des épreuves collectives, et leur réaction face à un membre en détresse est souvent immédiate », explique le biologiste marin.

Un phénomène qui interroge la communauté scientifique

Les comportements épimélétiques chez les cétacés soulèvent de nombreuses questions. Pourquoi certains individus persistent-ils à maintenir un congénère mort à la surface ? Est-ce une forme de communication sociale, une tentative désespérée de réanimation, ou une réponse émotionnelle ? Les chercheurs soulignent que ces observations, bien que rares, offrent un éclairage précieux sur la cognition animale.

Une étude publiée en 2021 dans la revue Animal Cognition avait mis en évidence que les dauphins pouvaient reconnaître leur reflet dans un miroir, un signe d’autoconscience. Ces découvertes alimentent le débat sur la capacité des animaux à ressentir des émotions complexes. « Les dauphins ont une mémoire à long terme et des structures sociales sophistiquées. Leur réaction face à la mort de l’un des leurs n’est donc pas anodine », rappelle un expert.

Et maintenant ?

Les chercheurs de Geographe Marine Research LTD vont poursuivre leur suivi de la population de dauphins dans l’estuaire de Leschenault. Leurs prochaines observations pourraient permettre de mieux comprendre la fréquence de ces comportements et leur lien avec les cycles de reproduction. Une publication scientifique détaillant ce cas précis est également attendue d’ici la fin de l’année. En attendant, les images de « Fraggle » continueront de circuler, rappelant aux observateurs la profondeur des liens qui unissent les cétacés.

Cette scène, à la fois touchante et troublante, invite à une réflexion plus large sur la sensibilité des animaux et leur capacité à faire face à la perte. Alors que les débats sur la protection des cétacés persistent, ces images rappellent que leur monde émotionnel reste en grande partie méconnu. Pour les scientifiques, chaque observation est une pièce supplémentaire du puzzle.

Le terme « épimélétique » désigne un comportement observé chez certains animaux, notamment les cétacés, qui consiste à porter, pousser ou maintenir à la surface un congénère mort ou mourant. Ce terme, issu du grec ancien, évoque l’idée d’un lien particulier entre individus. Chez les dauphins, il peut s’agir d’une tentative de sauvetage, d’une réaction émotionnelle ou d’une difficulté à accepter la mort, mais les scientifiques restent prudents quant à son interprétation.