Le projet d’un supermarché du groupe allemand Lidl sur le site d’un ancien camp de concentration nazi à Leobersdorf, en Autriche, provoque une vague de protestations. Selon Libération, des associations locales dénoncent une « banalisation » de l’histoire, alors que les travaux doivent débuter prochainement.

Ce qu'il faut retenir

  • Leobersdorf, commune autrichienne située à une trentaine de kilomètres au sud de Vienne, abrite les vestiges d’un camp de travail forcé lié au régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Le groupe Lidl y prévoit la construction d’un parc d’activités commerciales, incluant un supermarché, malgré les oppositions locales.
  • Plusieurs associations mémorielles et historiques ont alerté sur la « sacralité » du lieu, où des milliers de prisonniers ont été déportés.
  • Les autorités locales ont validé le projet, estimant que le site n’avait pas de valeur patrimoniale reconnue.

Un site chargé d’histoire ignoré par les promoteurs

Leobersdorf, petite ville autrichienne de près de 5 000 habitants, abrite depuis 1944 les ruines d’un camp de travail forcé. Selon les archives, quelque 2 000 prisonniers — majoritairement des opposants politiques et des Juifs — y ont été détenus jusqu’à la libération du site en avril 1945. Aujourd’hui, les vestiges, réduits à des fondations et des traces de bâtiments, ne sont pas protégés par une classification historique officielle. Pourtant, des associations comme l’Association pour la mémoire de la Shoah en Autriche estiment que l’endroit mérite une reconnaissance symbolique.

« Ce lieu n’est pas un simple terrain vague. C’est un cimetière à ciel ouvert », a déclaré Thomas Köhler, porte-parole de l’association « Mémoire vivante », à Libération. D’après lui, le projet de Lidl « minimise la souffrance des victimes » en effaçant toute trace tangible de leur passage. Les opposants au projet soulignent également que le site n’a jamais fait l’objet d’une étude archéologique approfondie, laissant planer des doutes sur la préservation d’éventuels vestiges humains.

Lidl et les autorités locales défendent le projet

Côté promoteur, le groupe Lidl Autriche assure que le projet s’inscrit dans une logique économique locale. Dans un communiqué publié la semaine dernière, la direction a indiqué que le parc commercial, d’une superficie de 10 000 m², créerait une centaine d’emplois dans une région en manque d’activités. « Le site a été classé constructible par les autorités régionales en 2023 », rappelle Johann Gruber, maire de Leobersdorf, qui soutient le projet. Pour lui, « il n’y a pas de contradiction entre développement économique et respect de l’histoire ».

Les autorités autrichiennes ont effectivement validé le projet en mars 2026, après une étude d’impact environnemental et patrimonial. Selon le rapport officiel, « aucun élément matériel lié à l’internement nazi n’a été identifié lors des fouilles préventives ». Une position contestée par les historiens, qui rappellent que de nombreux camps nazis en Autriche ont été démantelés après-guerre sans documentation préalable. « C’est une logique administrative qui l’emporte sur l’éthique », regrette Elisabeth Rieder, historienne à l’université de Vienne.

Une polémique qui dépasse les frontières

L’affaire prend une dimension internationale, notamment en Allemagne et en Israël, où des organisations juives ont exprimé leur « stupéfaction ». Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, a qualifié le projet de « provocation » lors d’une conférence de presse à Berlin. « Construire un supermarché sur les ruines de la barbarie, c’est nier la mémoire des victimes », a-t-il affirmé. En Autriche même, le débat divise : si certains habitants voient dans ce projet une opportunité économique, d’autres y voient une insulte à leur histoire.

Le groupe Lidl, dont le siège social est en Allemagne, n’a pas directement réagi aux critiques. Interrogé par Libération, un porte-parole s’est contenté de renvoyer vers le communiqué municipal. Côté autrichien, le gouvernement régional de Basse-Autriche a refusé de commenter, invoquant un « dossier clos ». Pourtant, des manifestations sont prévues dès le 15 août devant le site, à l’appel d’un collectif de survivants et de leurs descendants.

Et maintenant ?

Les travaux pourraient débuter dès septembre 2026, sous réserve d’un ultime recours juridique déposé par une association viennoise. Une décision de justice est attendue pour octobre, ce qui pourrait retarder — voire bloquer — le projet. Par ailleurs, une pétition internationale lancée en juillet a déjà recueilli plus de 50 000 signatures, ajoutant une pression politique au dossier. Le groupe Lidl, pour sa part, assure que des « aménagements symboliques » seront prévus en mémoire des victimes, sans préciser leur nature.

Reste à savoir si cette polémique, qui mêle mémoire historique et enjeux économiques, trouvera un compromis. Une chose est sûre : le débat dépasse désormais Leobersdorf, interrogeant la place de l’histoire dans les projets immobiliers en Europe.

Elles estiment que construire un supermarché sur un site lié à la Shoah « banalise » l’histoire des victimes. Pour elles, l’absence de fouilles archéologiques approfondies et de protection patrimoniale officielle rend le projet inacceptable sur le plan éthique.