À plus de 4 350 mètres d’altitude, dans les flancs du Cerro Rico, en Bolivie, des milliers de mineurs risquent chaque jour leur vie pour extraire zinc, plomb et étain. Selon Reporterre, cette activité minière, marquée par des éboulements, des vols de minerais et des maladies professionnelles, s’accompagne d’un « taux de mortalité élevé » et d’une « culture de la mort », comme le confient les familles des victimes. Dans cette région de Potosí, l’exploitation artisanale et industrielle coexiste, souvent dans des conditions précaires, où la survie prime sur la sécurité.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 4 000 mineurs travaillent dans les galeries du Cerro Rico, à 4 350 m d’altitude.
  • Les accidents, les maladies et les vols de minerais font partie du quotidien dans ces mines.
  • Les familles dénoncent une « culture de la mort », où la mort est perçue comme une fatalité.
  • Les chiens errants, squelettiques, symbolisent l’abandon des lieux par les propriétaires des mines.
  • L’exploitation minière artisanale et industrielle coexiste dans un cadre réglementaire flou.

Des conditions de travail extrêmes et des risques permanents

Sur les pentes du Cerro Rico, les mineurs s’enfoncent dans des galeries étroites et instables, où les éboulements sont fréquents. Selon Reporterre, les accidents sont souvent mortels, mais les victimes disparaissent dans l’indifférence générale. Les maladies pulmonaires, liées à l’inhalation de poussières toxiques, complètent ce tableau sombre. Les mineurs, souvent sans équipement de protection, volent parfois le minerai pour le revendre à des intermédiaires, une pratique risquée qui aggrave les tensions dans la région.

Aux abords des rails qui serpentent dans la montagne, des chiens faméliques observent les visiteurs avec méfiance. Leur présence, comme celle des mineurs, est un symbole de l’abandon dans lequel sont laissées ces zones d’exploitation. Les propriétaires des mines, souvent absents, laissent les travailleurs dans des conditions proches de l’indigence, sans sécurité sociale ni couverture médicale.

Une « culture de la mort » dénoncée par les familles

Les veuves et les enfants des mineurs disparus décrivent une réalité où la mort est devenue une « fatalité acceptée ».

« Ici, on vit avec la peur constante. Chaque fois que mon mari descend dans la mine, je me demande si je vais le revoir », a déclaré Maria Condori, dont le mari a péri dans un éboulement en 2024.
Selon Reporterre, cette situation n’est pas nouvelle : depuis des décennies, le Cerro Rico est surnommé la « montagne qui mange les hommes », en raison du nombre élevé de décès liés à l’extraction minière.

Les familles, souvent sans ressources, n’ont d’autre choix que de continuer à travailler dans ces conditions, faute d’alternatives économiques. Les associations locales tentent d’alerter sur cette situation, mais leurs voix peinent à se faire entendre dans un pays où l’industrie minière reste un pilier économique, malgré son coût humain.

Un enjeu économique qui occulte les drames humains

La Bolivie tire une partie de ses revenus de l’exportation de minerais, notamment vers la Chine et l’Europe. Pourtant, selon Reporterre, une grande partie de cette exploitation échappe à toute régulation stricte. Les mines artisanales, souvent illégales, se multiplient, tandis que les grandes sociétés minières externalisent les risques sur les travailleurs précaires. Potosí, autrefois l’une des villes les plus riches du monde grâce à l’argent extrait au XVIe siècle, est aujourd’hui l’un des départements les plus pauvres de Bolivie.

Les pollutions générées par l’extraction — sols contaminés, eaux toxiques — aggravent encore la crise sanitaire. Les habitants souffrent de problèmes respiratoires et de malformations, notamment chez les enfants, sans que les autorités n’interviennent de manière significative.

Et maintenant ?

Face à cette situation, les associations locales appellent à une réforme urgente du secteur minier, avec une meilleure protection des travailleurs et une transparence accrue sur les conditions d’exploitation. Une mission d’enquête de l’ONU sur les droits humains en Bolivie, prévue pour juin 2026, pourrait relancer le débat. Reste à savoir si les conclusions de ce rapport aboutiront à des mesures concrètes ou resteront lettre morte, comme tant d’autres alertes avant elles.

Cette exploitation minière, qui alimente l’industrie mondiale, continue de se faire au prix de vies humaines sacrifiées sur l’autel d’une économie décomplexée. Autant dire que le Cerro Rico incarne, plus que jamais, les limites d’un modèle où le profit prime sur la dignité.

Les mineurs souffrent principalement de silicose, une maladie pulmonaire chronique causée par l’inhalation de poussières de silice, ainsi que de troubles musculo-squelettiques et d’intoxications par les métaux lourds (plomb, zinc). Ces pathologies sont aggravées par l’absence d’équipements de protection et de soins médicaux adaptés.