Depuis plus de quatre décennies, la coopérative bretonne Savéol, basée à Guipavas près de Brest, combine production de tomates et élevage d’insectes pour lutter naturellement contre les parasites. Selon Franceinfo - Santé, cette démarche pionnière permet à l’organisation, composée de 125 maraîchers, de se passer totalement de pesticides dans ses cultures. Chaque année, plusieurs dizaines de millions d’insectes sont produits et déployés dans les serres pour protéger les plants de tomates.

Ce qu'il faut retenir

  • La coopérative Savéol, dans le Finistère, élève des insectes depuis plus de 40 ans pour lutter contre les parasites des tomates.
  • Plusieurs dizaines de millions d’insectes sont produits chaque année et utilisés en remplacement des pesticides.
  • Parmi les espèces élevées figurent des micro-guêpes et des bourdons, utilisés respectivement pour parasiter les mouches blanches et polliniser les plants.
  • Cette méthode s’inscrit dans une démarche d’agriculture biologique et de réduction de l’usage des produits phytosanitaires.

Une initiative pionnière née dans les années 1980

Tout a commencé au début des années 1980, lorsque des producteurs de Savéol, lors d’un voyage d’études sur les îles anglo-normandes, ont découvert une micro-guêpe capable de parasiter les mouches blanches, des ennemis naturels des cultures. Pierre-Yves Jestin, président de la coopérative, explique que cette découverte a marqué le début d’une stratégie durable : « Grâce à l’utilisation des insectes, on met des protections naturelles plutôt que d’utiliser des produits phytosanitaires. » Cette approche, à l’époque innovante, s’est imposée comme une alternative viable aux méthodes chimiques.

La coopérative a ainsi développé un savoir-faire unique en matière d’élevage et de déploiement d’auxiliaires de culture. Aujourd’hui, Savéol élève et relâche chaque année des millions d’insectes dans ses serres, une pratique qui s’est généralisée dans l’agriculture biologique moderne.

Des micro-guêpes, ces prédateurs naturels des parasites

Parmi les espèces élevées par Savéol, la micro-guêpe occupe une place centrale. D’une taille minuscule d’à peine un millimètre, cet insecte agit comme un prédateur naturel en parasitant les larves de mouches blanches. Roselyne Souriau, responsable de l’élevage, détaille le processus : « Dans le fond du flacon, vous avez une espèce de poudre noire. En fait, ce sont les cadavres des insectes qui ont été parasités, et d’où sortent les micro-guêpes. C’est le principe d’Alien, mais en version miniature. »

Les femelles de micro-guêpes pondent leurs œufs à l’intérieur des larves de mouches blanches. Une fois éclos, les larves de micro-guêpes se développent en se nourrissant de leur hôte de l’intérieur, réduisant ainsi la population de parasites sans recourir à des traitements chimiques. Cette méthode, à la fois écologique et efficace, illustre l’ingéniosité des solutions naturelles en agriculture.

Des bourdons pour polliniser les plants de tomates

Outre les micro-guêpes, Savéol élève également des bourdons, dont le rôle est tout aussi crucial. Ces insectes sont utilisés pour polliniser les plants de tomates, favorisant ainsi leur développement et leur fructification. « Bientôt, ce seront des bourdons, élevés aussi par Savéol, qui prendront le relais », précise Pierre-Yves Jestin. Leur intervention est programmée pour la rentrée, une période clé pour la pollinisation des cultures sous serre.

Les bourdons sont élevés dans des conditions optimales avant d’être relâchés dans les serres. Leur travail permet non seulement d’améliorer le rendement des plants, mais aussi de garantir une production de tomates de haute qualité, sans recourir à des pollinisateurs artificiels ou à des interventions humaines.

Un modèle d’agriculture durable et innovant

L’expérience de Savéol s’inscrit dans une logique plus large de transition écologique en agriculture. En renonçant aux pesticides et en privilégiant les auxiliaires de culture, la coopérative réduit son impact environnemental tout en maintenant une production performante. « On élève des insectes depuis plus de 40 ans », rappelle Pierre-Yves Jestin. « Au début, c’était une démarche pionnière, aujourd’hui, c’est une nécessité pour une agriculture durable. »

Ce modèle inspire d’autres exploitations agricoles en France et en Europe, qui voient dans l’élevage d’insectes une solution pour concilier productivité et respect de l’environnement. Savéol démontre ainsi qu’il est possible de produire en grande quantité tout en limitant l’usage de produits chimiques.

Et maintenant ?

À l’avenir, Savéol pourrait étendre ses élevages d’insectes à d’autres cultures que la tomate, tout en continuant à perfectionner ses techniques. La coopérative envisage également de partager son expertise avec d’autres acteurs du secteur, afin de promouvoir une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Reste à voir si cette démarche se généralisera à l’échelle nationale, dans un contexte où la réduction des pesticides devient une priorité pour de nombreux agriculteurs.

Avec cette stratégie, Savéol prouve qu’une autre voie est possible en agriculture. En combinant innovation et respect du vivant, la coopérative bretonne trace une piste concrète pour l’avenir de la production alimentaire.

Les principaux parasites ciblés sont les mouches blanches, dont les larves sont parasitées par les micro-guêpes. Ces insectes nuisibles attaquent les plants de tomates et peuvent causer des dégâts importants en l’absence de traitement.