Depuis le 1er juin, marquant la Journée internationale de l’enfance, le Quotidien du peuple chinois (Renmin Ribao) s’est penché sur un phénomène qui prend de l’ampleur dans le pays : l’utilisation d’une poupée en caoutchouc, surnommée Natasha, comme outil de « gestion du stress » par des mineurs. Selon Courrier International, cette pratique interroge : ce jouet, conçu pour être maltraité, favorise-t-il réellement la détente ou, au contraire, cultive-t-il des comportements violents chez les enfants ?
Ce qu'il faut retenir
- Une poupée en caoutchouc souple, appelée Natasha, est utilisée par des enfants chinois comme « jouet anti-stress », mais sa manipulation consiste à la maltraiter.
- Disponible en trois couleurs (noir, chocolat et blanc), elle est vêtue d’une simple culotte et n’a rien à voir avec les squishy toys classiques.
- Les vidéos la mettant en scène cumulent 4,85 milliards de vues sur Douyin et 190 millions sur Xiaohongshu, selon le journal Xiandai Jinbao.
- Les scènes montrent des enfants lui infligeant des coups, des piqûres d’aiguille ou des injections d’eau pour la faire éclater.
- Le phénomène suscite un débat dans la société chinoise sur ses effets réels sur l’éducation et la psychologie des enfants.
Un jouet conçu pour être détruit, une pratique devenue virale
Vendue comme un objet « anti-stress », la poupée Natasha, en caoutchouc souple, est pourtant détournée de son usage initial. Contrairement aux squishy toys traditionnels, qui se contentent d’être pressés pour se déformer, Natasha est systématiquement soumise à des actes de violence filmés et partagés massivement. Courrier International souligne que les vidéos les plus populaires ne montrent ni des changements de tenue ni des moments de tendresse, mais bien des scènes de maltraitance : coups, perforations avec des aiguilles, ou injections d’eau jusqu’à l’éclatement du jouet.
Le média Changjiang Yun, basé dans la province du Hubei, a diffusé plusieurs exemples de ces vidéos, illustrant l’ampleur du phénomène. « Comment ce jouet est-il devenu si à la mode ? » s’interroge le Quotidien du peuple, reflétant l’incompréhension d’une partie de la population chinoise face à cette tendance.
Une viralité sans précédent sur les réseaux sociaux chinois
Le succès de Natasha sur les plateformes sociales chinoises est exponentiel. Selon Xiandai Jinbao, un journal local de la province du Zhejiang, les vidéos mettant en scène la poupée ont généré 4,85 milliards de vues sur Douyin — l’équivalent chinois de TikTok — et 190 millions de vues sur Xiaohongshu, une plateforme axée sur la mode et le lifestyle. Ces chiffres témoignent d’une adhésion massive, notamment parmi les jeunes utilisateurs.
Pourtant, la nature même de ces vidéos — où des mineurs s’acharnent sur un objet mimant un bébé — interroge sur les valeurs qu’elles véhiculent. « Aide-t-il vraiment les enfants à se détendre ou sème-t-il des graines de violence dans leur esprit ? » s’est interrogé le Quotidien du peuple, soulevant un débat qui dépasse le simple cadre du jouet.
Un débat sociétal autour de l’éducation et de la violence
La polémique autour de Natasha dépasse la simple question du jouet. Elle s’inscrit dans un débat plus large sur l’éducation des enfants en Chine et les méthodes de gestion du stress. Certains y voient une simple exutoire, une façon pour les jeunes de libérer leur tension dans un environnement où les attentes scolaires et sociales sont souvent élevées. D’autres, en revanche, s’alarment des effets pervers de cette pratique, qui pourrait normaliser la violence, même symbolique, envers autrui.
Le phénomène a notamment été commenté par des psychologues et des éducateurs, qui appellent à une réflexion sur les alternatives proposées aux enfants pour gérer leur stress. « Les jeux violents, même s’ils semblent inoffensifs, peuvent avoir des répercussions sur la perception de la violence dans la vie réelle », a expliqué un expert cité par Courrier International.
Une tendance qui divise la société chinoise
Si une partie de la population chinoise semble fascinée par cette tendance, une autre s’en inquiète ouvertement. Les réseaux sociaux regorgent de commentaires partagés entre fascination et désapprobation. Certains utilisateurs voient dans Natasha un simple jouet, une manière ludique de se défouler, tandis que d’autres dénoncent une dérive dangereuse, susceptible d’influencer négativement les comportements des plus jeunes.
Le Quotidien du peuple a d’ailleurs relayé ces divisions, en soulignant que le débat n’est pas près de s’éteindre. « La question n’est pas seulement de savoir si ce jouet est adapté ou non, mais bien de comprendre pourquoi une telle pratique a pu s’imposer aussi rapidement », a-t-il indiqué.
En attendant, la poupée Natasha reste un symbole ambigu : à la fois outil de détente et miroir des tensions sociales chez les jeunes Chinois.
Son succès tient à plusieurs facteurs : sa conception en caoutchouc souple, facile à déformer, et la viralité des vidéos la mettant en scène. Les jeunes utilisateurs y voient un moyen de se défouler, tandis que les algorithmes des réseaux sociaux ont amplifié sa visibilité, générant des milliards de vues sur Douyin et Xiaohongshu.
Oui, plusieurs méthodes sont recommandées par les psychologues, comme la pratique d’activités sportives, la méditation, ou l’art-thérapie. Cependant, ces alternatives peinent à rivaliser avec la viralité des vidéos de maltraitance de jouets sur les réseaux sociaux.