Selon BFM Business, près de 70 millions d’emplois en Chine sont menacés par l’intelligence artificielle (IA), un chiffre avancé par Citibank dans un rapport récent. 9,6 % des postes du pays pourraient être supprimés en raison de l’automatisation, un risque qui atteint même 13,6 % pour les travailleurs âgés de 20 à 29 ans. Pourtant, la législation chinoise encadre strictement les licenciements massifs, obligeant les entreprises à obtenir l’autorisation des autorités pour toute suppression dépassant 10 % de leurs effectifs.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 70 millions d’emplois chinois sont menacés par l’IA, selon Citibank.
- Les entreprises chinoises contournent les restrictions légales en procédant à des licenciements discrets et progressifs.
- Les tribunaux ont déjà annulé à trois reprises des licenciements liés à l’IA, jugés illégaux.
- L’initiative « AI Plus » vise à atteindre 70 % d’adoption de l’IA dans les secteurs clés d’ici 2027.
- Les secteurs du divertissement, du marketing et des services à la clientèle sont les plus touchés par les réductions d’effectifs.
Des licenciements légalement encadrés, mais contournés dans l’ombre
Depuis mars dernier, des employés de grandes entreprises chinoises, comme celui de Liu – un travailleur anonyme du secteur informatique à Hangzhou –, ont été licenciés discrètement après l’imposition d’outils d’IA. L’agent OpenClaw, par exemple, s’est imposé comme une solution clé en main dans de nombreux secteurs cette année. Pourtant, la loi chinoise impose aux entreprises de demander l’autorisation des autorités pour toute suppression d’emplois dépassant 10 % des effectifs. Malgré cette obligation, plusieurs sociétés procèdent à des renvois à petite échelle, évitant ainsi de déclencher une vague de contestations sociales.
Selon neuf employés interrogés par Reuters, issus des secteurs technologiques, du divertissement et de la publicité, les employeurs misent sur des réductions progressives et des départs naturels pour ajuster leurs effectifs. Une stratégie qui permet d’éviter les radars des autorités tout en améliorant la productivité grâce à l’automatisation. Le Conseil d’État chinois et le ministère des Ressources humaines n’ont pas répondu aux sollicitations de Reuters pour commenter cette pratique.
L’État pousse à l’IA, mais cherche à éviter les licenciements visibles
Pékin a lancé en 2025 l’initiative « AI Plus », un plan ambitieux visant à intégrer l’IA dans 70 % des secteurs clés d’ici 2027, puis à atteindre 90 % en 2030. L’objectif est clair : booster la productivité du pays pour rivaliser avec les États-Unis et l’Europe. Pourtant, cette transition technologique s’accompagne d’un risque social majeur. Les analystes s’attendent à une période de turbulence, où la création d’emplois liés à l’IA peine à suivre le rythme des suppressions. En 2025, les offres d’emploi dans ce domaine ont augmenté de 74 %, mais cela ne compense pas la baisse des salaires et la précarité croissante des jeunes diplômés.
En 2026, plus de 12,7 millions de diplômés universitaires font face à un marché du travail en crise. Les salaires de départ baissent, et les postes stables se raréfient, notamment dans les secteurs les plus exposés à l’automatisation. L’industrie du divertissement illustre cette tendance : les studios de micro-séries, à budget limité, se tournent de plus en plus vers des acteurs et décors générés par IA pour réduire leurs coûts.
Les secteurs les plus fragilisés par l’automatisation
Parmi les industries les plus touchées, on trouve le marketing, les services à la clientèle et la fintech. Un cadre supérieur d’une entreprise chinoise de fintech a confirmé à Reuters que des restructurations étaient déjà en cours dans les grands groupes, visant particulièrement ces métiers. Chez Alibaba, un ingénieur de la division cloud a révélé que des réductions d’effectifs liées à l’IA avaient débuté dans certaines équipes, avec une approche progressive : des départs naturels et des attritions plutôt que des licenciements massifs. La direction d’Alibaba n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.
Certains outils d’IA sont désormais commercialisés comme des solutions clés en main pour automatiser des processus entiers. Wukong, la plateforme d’Alibaba destinée aux entreprises, propose par exemple d’automatiser les ventes en ligne, le livestreaming ou encore le développement de logiciels. Ces solutions, de plus en plus accessibles, accélèrent la substitution des emplois humains par des machines, sans toujours que les entreprises aient à justifier ces suppressions auprès des autorités.
« Les sociétés comme celle où travaille Liu procèdent discrètement à des renvois à petite échelle, espérant gagner en productivité grâce à l’IA sans attirer l’attention du gouvernement. »
L’initiative « AI Plus » reste un pilier de la stratégie économique chinoise, mais son succès dépendra de la capacité du pays à gérer les conséquences sociales de cette transition. Les prochaines années s’annoncent décisives, entre création de nouveaux emplois dans l’IA et gestion des suppressions massives dans les secteurs traditionnels.
Selon la législation chinoise, les entreprises qui procèdent à des licenciements massifs sans autorisation s’exposent à des amendes, des suspensions de leurs activités, voire des poursuites judiciaires. Les tribunaux ont déjà annulé plusieurs licenciements liés à l’IA, forçant les employeurs à réembaucher les salariés concernés ou à leur verser des compensations. La pression est d’autant plus forte que les autorités cherchent à éviter toute instabilité sociale dans un contexte économique déjà fragilisé.