En Chine, une pratique illégale gagne du terrain et transforme les deux-roues électriques en véritables bombes incendiaires. Selon Frandroid, des escrocs procèdent à des modifications frauduleuses en remplaçant les batteries d'origine des scooters par celles, bien plus puissantes, issues de voitures électriques. Ce phénomène, en pleine expansion, est désormais responsable de près d’un tiers des incendies impliquant des deux-roues motorisés dans le pays.

Ce qu'il faut retenir

  • 33 % des incendies de scooters électriques en Chine sont aujourd’hui attribués à des batteries trafiquées, d’après Frandroid.
  • Ces batteries, conçues pour des véhicules bien plus lourds, dépassent largement la capacité des scooters, augmentant considérablement les risques de surchauffe.
  • Le marché noir chinois, alimenté par la demande croissante pour des autonomies prolongées, favorise cette fraude malgré les risques encourus.
  • Les autorités chinoises peinent à endiguer ce phénomène, qui touche désormais plusieurs grandes villes du pays.

Cette tendance s’inscrit dans un contexte où la Chine, premier marché mondial des véhicules électriques, voit ses infrastructures de recharge se multiplier. Pourtant, les batteries de scooters, souvent moins chères et moins surveillées, deviennent des cibles privilégiées pour des modifications illégales. « Ces batteries de voitures sont conçues pour des véhicules de plusieurs tonnes, leur installation sur un scooter relève du non-sens technique », explique un expert en sécurité automobile cité par Frandroid. Autant dire que la puissance délivrée dépasse largement les normes de sécurité des deux-roues concernés.

Les conséquences ne se font pas attendre. Depuis le début de l’année, les rapports des services d’incendie chinois font état d’une recrudescence d’incendies impliquant des scooters, avec des dégâts matériels et humains parfois importants. À Pékin, Shanghai ou encore Shenzhen, les pompiers interviennent désormais plusieurs fois par semaine pour des départs de feu liés à ces batteries trafiquées. Un phénomène qui pousse les autorités locales à renforcer les contrôles, sans pour autant parvenir à endiguer le marché noir.

Un marché noir florissant, alimenté par la demande d’autonomie

La popularité des scooters électriques en Chine, boostée par des politiques publiques encourageant les mobilités douces, a créé un appel d’air pour ces pratiques frauduleuses. Les utilisateurs, souvent soucieux d’allonger l’autonomie de leur véhicule sans investir dans une batterie neuve, se tournent vers des solutions illégales et bon marché. « Le prix d’une batterie de voiture électrique d’occasion est bien inférieur à celui d’une batterie de scooter homologuée », précise un revendeur interrogé par Frandroid, sous couvert d’anonymat. Bref, l’équation est simple : une batterie trafiquée coûte trois fois moins cher qu’une batterie légale, et promet une autonomie bien supérieure.

Pourtant, les risques sont multiples. Outre les incendies, ces modifications peuvent endommager irrémédiablement le système électrique du scooter, voire causer des courts-circuits mortels. Les assureurs commencent d’ailleurs à refuser de couvrir les véhicules modifiés, une mesure qui pourrait, à terme, freiner la demande. « Les compagnies d’assurance considèrent ces modifications comme un vice caché, et refusent désormais de prendre en charge les sinistres liés à ces véhicules », indique un représentant du secteur.

Des autorités dépassées par l’ampleur du phénomène

Face à l’ampleur de la fraude, les autorités chinoises tentent de réagir. Des opérations de contrôle ciblées sont menées dans les ateliers clandestins, où des centaines de batteries trafiquées sont saisies chaque mois. Pourtant, le marché noir reste dynamique, alimenté par une demande constante et des profits élevés. « Les peines encourues pour ce type de fraude sont sévères, mais les profits le sont tout autant », confie un policier de Shanghai. Malgré des saisies records, le phénomène persiste, porté par une économie souterraine difficile à éradiquer.

Les fabricants de scooters, de leur côté, appellent à une prise de conscience collective. Plusieurs d’entre eux ont lancé des campagnes de sensibilisation, invitant les utilisateurs à vérifier l’origine de leur batterie et à signaler toute modification suspecte. « Nous travaillons avec les autorités pour identifier les batteries trafiquées et retirer du marché les modèles dangereux », déclare un porte-parole d’un grand constructeur chinois. Une initiative bienvenue, mais dont l’impact reste limité face à l’ampleur du marché noir.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des contrôles policiers, notamment dans les grandes villes où le phénomène est le plus marqué. Une réunion interministérielle est prévue pour la mi-juillet afin de renforcer la législation et harmoniser les sanctions. Reste à savoir si ces mesures suffiront à dissuader les fraudeurs, alors que la demande pour des batteries plus performantes ne cesse de croître.

Pour les utilisateurs de scooters électriques, la vigilance reste de mise. Les experts recommandent de privilégier les batteries homologuées et de faire vérifier régulièrement son véhicule par un professionnel. Une précaution qui pourrait éviter bien des drames.

Les batteries de voitures électriques sont conçues pour des véhicules bien plus lourds et nécessitent un système de refroidissement adapté. Installées sur un scooter, elles surchauffent rapidement, augmentant considérablement le risque d’incendie. Leur puissance dépasse largement les normes de sécurité des deux-roues, ce qui les rend incompatibles avec une utilisation normale.