Un écosystème unique vient d’être identifié au fond du gouffre de Xiaozhai Tiankeng, en Chine. Selon Futura Sciences, cette cavité, l’une des plus profondes au monde, abrite depuis plus de cent vingt-huit mille ans une forêt subtropicale préservée de la lumière directe du soleil. Plus de 1 200 espèces végétales y ont été recensées, dont certaines restent introuvables ailleurs sur la planète.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouffre de Xiaozhai Tiankeng, dans la municipalité de Chongqing (Chine), atteint une profondeur de 626 mètres et un volume de 120 millions de mètres cubes.
- Une forêt subtropicale mature s’y développe depuis 128 000 ans, protégée par l’obscurité quasi permanente.
- Plus de 1 200 espèces végétales y ont été identifiées, dont des fougères et des mousses endémiques, ainsi que des ginkgos, considérés comme des fossiles vivants.
- Le léopard nébuleux, félin menacé, fréquente ce site, indiquant une connexion avec les écosystèmes voisins.
- Les visites touristiques, désormais autorisées, suscitent des inquiétudes chez les biologistes en raison des risques pour la biodiversité encore mal connue.
Un « puits céleste » parmi les plus impressionnants de la planète
Dans le sud-ouest de la Chine, la municipalité de Chongqing est réputée pour son relief karstique, façonné par l’érosion au fil des millénaires. C’est là que s’ouvre Xiaozhai Tiankeng, littéralement « le puits céleste de Xiaozhai », un gouffre dont les dimensions défient l’imagination. Selon les mesures réalisées en 1994 lors d’une expédition sino-britannique, l’ouverture mesure 626 mètres de long sur 537 mètres de large, tandis que sa profondeur oscille entre 511 et 662 mètres selon les points de mesure. Autant dire que la tour Eiffel, haute de 330 mètres, disparaîtrait entièrement au fond de cette cavité.
Le volume total du gouffre atteint 120 millions de mètres cubes, soit l’équivalent de 40 000 piscines olympiques. Aucun autre gouffre recensé sur Terre ne rivalise avec ces proportions. Les habitants de la région, dans le comté de Fengjie, connaissaient depuis des siècles l’existence de ce site, mais il a fallu attendre 1994 pour en mesurer précisément les dimensions et explorer son réseau souterrain.
Une forêt préservée depuis plus de cent vingt-huit mille ans
Au fond de Xiaozhai Tiankeng, un microclimat humide et frais a permis l’épanouissement d’une forêt subtropicale mature, protégée des variations climatiques extérieures. Les naturalistes y ont recensé plus de 1 200 espèces végétales, dont certaines n’existent nulle part ailleurs. Parmi elles figurent des fougères et des mousses endémiques, ainsi que des ginkgos, des arbres considérés comme des fossiles vivants dont la lignée remonte à l’ère des dinosaures.
Une étude publiée dans la revue Chinese Journal of Plant Ecology a révélé une particularité surprenante : les feuilles de ces plantes stockent davantage d’azote, de phosphore et de calcium, tout en affichant une teneur réduite en carbone. Cette « signature chimique inversée » s’explique par l’accumulation millénaire d’humus au fond du gouffre, riche en nutriments apportés par les eaux de ruissellement et les chutes de feuilles. Le milieu, pauvre en lumière mais riche en matière organique, a favorisé une adaptation unique de la végétation.
Une biodiversité animale encore mal connue
La faune de Xiaozhai Tiankeng n’est pas en reste. Le léopard nébuleux, un félin arboricole menacé, y a été observé. Sa présence indique qu’un corridor écologique relie encore le fond du gouffre aux forêts voisines, malgré l’isolement relatif de la cavité. D’autres espèces restent à découvrir : les biologistes estiment qu’une partie de la biodiversité locale n’a pas encore été décrite, ce qui rend chaque expédition particulièrement précieuse.
La formation de ce gouffre remonte à environ 128 000 ans. À cette époque, l’eau de pluie, acidifiée par le dioxyde de carbone atmosphérique, s’est infiltrée dans le calcaire poreux du sous-sol. En dissolvant progressivement la roche, elle a élargi les fissures jusqu’à transformer le massif en une structure en « gruyère géologique ». Parallèlement, une rivière souterraine de 8,5 kilomètres a creusé un réseau de galeries connu sous le nom de grotte de Difeng, perdant 364 mètres d’altitude sur son parcours. La voûte rocheuse, fragilisée, s’est finalement effondrée en deux temps, créant cette cavité à la morphologie rare, en forme de sablier.
Le tourisme menace-t-il cet écosystème fragile ?
Depuis quelques années, les autorités chinoises ont aménagé un escalier de plusieurs milliers de marches le long des parois du gouffre pour permettre des visites encadrées. Une initiative qui soulève des inquiétudes chez les scientifiques. En effet, la moindre perturbation pourrait mettre en péril un équilibre façonné par plus de cent vingt-huit mille ans d’isolement. Certaines espèces n’ont pas encore été répertoriées, et leur disparition pourrait passer inaperçue avant d’être irréversible.
Les biologistes appellent à la prudence. « L’ouverture de cet écosystème au public est une aubaine pour la sensibilisation à la biodiversité, mais elle comporte des risques », explique un chercheur cité par Futura Sciences. « Les espèces endémiques de Xiaozhai Tiankeng sont particulièrement vulnérables aux changements de leur environnement, même minimes. »
Xiaozhai Tiankeng reste un laboratoire naturel exceptionnel, offrant aux chercheurs une fenêtre sur un passé lointain. Pour combien de temps encore ?
Selon l’étude publiée dans Chinese Journal of Plant Ecology, les plantes du fond du gouffre, adaptées à un milieu pauvre en lumière mais riche en nutriments, présentent une teneur réduite en carbone dans leurs feuilles. Cette « signature chimique inversée » s’explique par leur capacité à stocker davantage d’azote, de phosphore et de calcium, essentiels à leur survie dans cet écosystème unique.
Les biologistes recommandent de limiter l’accès touristique aux zones les moins sensibles et de poursuivre les inventaires faunistiques et floristiques. Une collaboration entre scientifiques et autorités locales pourrait aboutir à un plan de gestion intégrant la préservation de la biodiversité, comme c’est déjà le cas dans certains sites naturels protégés en Chine.