Alors que l'Espagne fait face à une saison d'incendies de forêt particulièrement intense, accompagnée d'une canicule annoncée, des rumeurs et fausses informations circulent en ligne, perturbant parfois la gestion de ces crises. Selon Euronews FR, ces fausses affirmations, souvent infondées, visent aussi bien les causes des feux que les actions gouvernementales. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a plusieurs fois appelé à la prudence, soulignant le rôle crucial des médias dans la lutte contre la désinformation.
Ce qu'il faut retenir
- Pedro Sánchez a mis en garde contre la diffusion de fausses informations, estimant qu'elles peuvent compliquer la gestion des urgences climatiques en Espagne.
- Une image virale affirmant une réduction des fonds pour la prévention des incendies s'est révélée être un faux, El País n'ayant jamais publié un tel titre.
- Des théories liant les incendies à des projets énergétiques, comme des parcs solaires, ont été démenties par les autorités et des médias de fact-checking.
- L'enquête sur l'incendie de Los Gallardos, qui a fait au moins treize morts, privilégie l'hypothèse d'une origine accidentelle, notamment la chute d'une ligne électrique.
- La Loi forestière espagnole interdit généralement le changement d'usage des terrains brûlés pendant trente ans, sauf exceptions limitées.
Alors que les autorités espagnoles tentent de maîtriser des incendies d'une ampleur inédite, une nouvelle vague de chaleur est attendue dans les prochains jours. Dans ce contexte, des allégations trompeuses se multiplient sur les réseaux sociaux. Elles portent notamment sur les causes des feux et sur la gestion de la crise par les pouvoirs publics. Selon Euronews FR, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a lui-même tiré la sonnette d'alarme lors de déplacements sur les zones sinistrées.
Lors d'une visite à Almería le 13 juillet 2026, après avoir inspecté le site de l'incendie de Los Gallardos dans le sud-est du pays, Pedro Sánchez a insisté sur l'importance des médias dans la lutte contre la désinformation. Il a rappelé que « la propagation de fake news peut compliquer la gestion d'une situation d'urgence », qualifiant leur rôle de « crucial ». Le 27 juillet suivant, il a de nouveau salué l'action des médias pour contrer la désinformation autour des incendies.
« Nous voyons circuler beaucoup de fake news, beaucoup de désinformation sur le fait que les incendies auraient été provoqués pour construire des centrales solaires, des mines de lithium, des mines de terres rares », a-t-il déclaré. « Les autorités enquêtent sur la véritable cause de la situation d'urgence, mais il est clair que la crise climatique entraîne des vagues de chaleur qui aggravent encore les feux de forêt. »
L'Espagne n'est pas à l'abri de ces phénomènes, comme en témoignent les théories infondées apparues ces dernières années. En 2025, des rumeurs avaient circulé, affirmant que des incendies auraient été déclenchés pour permettre à des promoteurs immobiliers de reconstruire sur les terrains brûlés. Ces allégations s'étaient révélées fausses. En 2026, de nouvelles contre-vérités émergent, ciblant cette fois la réponse du gouvernement face à la crise.
Des fausses informations sur la réduction des budgets de prévention
Une image largement partagée sur les réseaux sociaux, notamment sur X (ex-Twitter) et Facebook, prétend montrer la Une du quotidien El País annonçant une réduction drastique des fonds alloués à la prévention des incendies de forêt. Selon cette publication, les crédits seraient passés de 423 millions d'euros en 2018 à seulement 181 millions en 2026. Pourtant, cette information est totalement infondée : El País n'a jamais publié un tel titre.
Le journal espagnol a précisé que son édition du 24 juillet 2026 était consacrée à une interview de l'ancien chef du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero. Pire encore, des annonces officielles récentes confirment au contraire un renforcement des dispositifs nationaux de prévention. Selon la dernière étude du ministère de la Transition écologique, les investissements de l'État central dans la lutte contre les incendies sont passés de 13 millions d'euros en 2018 à 28,3 millions en 2024. Une progression significative qui contredit les affirmations trompeuses circulant en ligne.
Des théories infondées liant les incendies aux projets énergétiques
Une autre rumeur, tout aussi persistante, suggère que l'incendie de Los Gallardos aurait été provoqué intentionnellement pour libérer des terrains en vue de la construction d'un parc solaire. Cette théorie s'appuie sur des documents d'urbanisme liés au projet photovoltaïque Sorbas II, porté par le groupe énergétique EIDF, ainsi que sur un avis officiel publié au Journal officiel de l'État (BOE). Pourtant, Maldita, un média espagnol spécialisé dans la vérification des faits, a examiné ces documents et conclu qu'ils ne permettaient pas d'établir un lien entre l'incendie et le projet.
Par ailleurs, le site prévu pour la centrale solaire Sorbas II n'a pas été touché par les flammes, et le projet devait être implanté sur des terres agricoles. Il n'aurait donc pas été nécessaire de reclasser le terrain, rendant cette théorie d'autant plus improbable. Les autorités espagnoles ont également démenti tout lien entre l'origine de l'incendie et ce projet énergétique. Selon les enquêteurs, l'hypothèse la plus plausible reste celle d'un départ de feu accidentel, potentiellement causé par la chute d'un câble ou d'une ligne électrique.
D'autres publications sur les réseaux sociaux accusent cette fois l'État ou des promoteurs privés d'avoir provoqué volontairement des incendies pour faciliter la construction de parcs solaires. Ces messages s'appuient sur une méconnaissance de la réglementation forestière espagnole. La Loi forestière espagnole interdit en effet, en règle générale, tout changement d'usage des terrains forestiers brûlés pendant au moins trente ans, sauf exceptions très limitées, comme la construction d'ouvrages d'intérêt public. Cette disposition rend caduque l'hypothèse d'une manipulation des feux à des fins de réaménagement.
Des fake news qui s'attaquent aussi à la prévention des incendies
Certaines fausses informations visent directement les mesures de prévention mises en place par les autorités. Plusieurs messages affirment, à tort, que l'Agenda 2030 de l'ONU ou la Loi forestière espagnole interdiraient le débroussaillage des forêts. Or, ces textes imposent précisément aux autorités régionales de mener des travaux de prévention pour limiter les risques d'incendie. Ces allégations ont été démenties par plusieurs médias espagnols spécialisés dans le fact-checking.
Ces théories, souvent relayées sans vérification, illustrent la difficulté à lutter contre la désinformation en période de crise. Elles peuvent semer le doute au sein de la population et détourner l'attention des véritables enjeux, comme la gestion des secours ou la mise en place de plans d'urgence. Pour Pedro Sánchez, ces fake news représentent un défi supplémentaire dans la lutte contre les incendies et les vagues de chaleur qui frappent régulièrement l'Espagne.
Dans un contexte où les incendies deviennent de plus en plus fréquents et intenses en raison du changement climatique, la lutte contre la désinformation s'impose comme un enjeu de taille pour les pouvoirs publics. Alors que l'Espagne se prépare à une nouvelle vague de chaleur, les autorités appellent une fois encore à la prudence et au respect des procédures d'information.
La propagation rapide de ces fake news s'explique par l'émotion suscitée par les incendies, qui sont des catastrophes naturelles souvent meurtrières. Les réseaux sociaux amplifient ces rumeurs, car les utilisateurs partagent parfois des informations sans les vérifier, surtout en période de crise. Les autorités espagnoles, conscientes de ce phénomène, appellent à la prudence et à la vérification des sources.