C’est sous les cris de joie d’une centaine de jeunes filles que Taavi Kotka, cofondateur du HK Unicorn Squad, a lancé ce week-end un camp d’été technologique à l’école de Viimsi, près de Tallinn. Cinq cents participantes, âgées pour la plupart entre 8 et 14 ans, ont investi salles de classe et cours de récréation transformées en laboratoires de robotique, ateliers d’intelligence artificielle et espaces de pilotage de drones. Selon Euronews FR, cet événement marque l’apogée des activités annuelles de cette ONG fondée en 2018 par Kotka et son épouse Kerstin, dans le but d’inciter les jeunes filles estoniennes à s’orienter vers les sciences et l’ingénierie.
Ce qu'il faut retenir
- 5 000 filles ont déjà participé au programme depuis sa création, soit près d’une Estonienne sur dix dans cette tranche d’âge.
- Les ateliers, gratuits et spécialement conçus pour les filles, couvrent la robotique, l’IA et la programmation de drones.
- Taavi Kotka, ancien directeur des systèmes d’information de l’État estonien, mise sur l’éducation technologique comme levier de compétitivité nationale.
- Le projet est né de l’exclusion de sa fille Helena d’un club de robotique, réduisant alors le groupe à deux membres — dont elle.
- Helena, aujourd’hui diplômée et formatrice, souligne l’avantage que représenteront ces compétences en médecine, où l’IA et la robotique prennent une place croissante.
Une initiative née d’un constat d’exclusion
L’histoire du HK Unicorn Squad commence en 2017, dans une école primaire de Tallinn. Taavi Kotka raconte avoir découvert, consterné, que sa fille Helena et une autre fillette étaient les seules exclues lorsque le club de robotique de l’établissement avait été réduit à deux membres. Plutôt que de se résoudre à cette situation, il a choisi d’agir. « Nous avons décidé de créer un espace dédié aux filles, où elles pourraient explorer la technologie sans crainte d’être marginalisées », explique-t-il. Aujourd’hui, Helena, qui a suivi l’intégralité du programme, en est devenue une ambassadrice et enseigne à son tour aux nouvelles recrues.
Le camp d’été de Viimsi, qui s’est tenu sur trois jours, illustre la diversité des activités proposées. Entre la construction de robots autonomes et l’apprentissage des bases du pilotage de drones, les participantes découvrent aussi les principes de l’intelligence artificielle. « Elles doivent résoudre un problème technique en 30 minutes sans aucun indice », précise Kotka, amusé de constater que même lui avait mis 40 minutes lors de son premier essai. « C’est tout l’intérêt de la méthode : apprendre par l’expérience directe. »
Un enjeu national pour l’Estonie
Pour Taavi Kotka, cet engagement dépasse le cadre pédagogique. Ingénieur de formation et ancien Chief Information Officer (CIO) de l’État estonien — l’un des architectes de la transformation numérique du pays —, il voit dans l’éducation technologique un levier stratégique. « Résoudre des problèmes à l’échelle d’un pays est un défi passionnant, mais amener davantage de filles vers l’ingénierie est une question nationale », souligne-t-il. « Les ingénieurs ne se contentent pas de réparer des machines : ils résolvent aussi des problèmes sociaux. » Actuellement PDG de KOOS.io, une start-up spécialisée dans le développement commercial, il conseille également le gouvernement estonien sur sa stratégie nationale en matière d’IA.
L’Estonie, souvent citée en exemple pour son administration 100 % dématérialisée, mise sur l’innovation pour maintenir sa compétitivité. Kotka insiste sur l’urgence de généraliser ces compétences dès le plus jeune âge : « Si chaque enfant estonien — garçon ou fille — maîtrise les technologies modernes, cela deviendra un atout majeur pour le pays. Cela doit devenir un projet gouvernemental à part entière. » Une ambition que le HK Unicorn Squad porte depuis huit ans, avec des résultats tangibles : près de 10 % des filles âgées de 8 à 14 ans en Estonie ont déjà participé au programme.
Des compétences utiles bien au-delà des écrans
Helena Kotka, aujourd’hui âgée de 18 ans, incarne cette nouvelle génération de talents. Élève en dernière année de lycée, elle envisage des études de médecine. « Tous les domaines nécessitent désormais des compétences technologiques », observe-t-elle en encadrant un groupe de jeunes filles lors d’un atelier de drones. « Si je deviens chirurgienne, je travaillerai avec des robots et de l’IA. J’aurai un avantage certain sur mes pairs moins familiarisés avec ces outils. » Une vision partagée par les responsables de l’ONG, qui rappellent que 80 % des métiers de 2030 n’existent pas encore — et que leur maîtrise passera par une éducation précoce et inclusive.
Le HK Unicorn Squad ne se limite pas aux camps d’été. L’organisation propose des ateliers tout au long de l’année dans différentes régions du pays, souvent dans des zones rurales où l’accès à ces technologies est plus limité. « L’objectif n’est pas de former des ingénieures à tout prix, mais de leur donner confiance en leurs capacités à innover », précise Kotka. Les retours des participantes sont encourageants : beaucoup évoquent une nouvelle perception des sciences et une envie de poursuivre dans ce domaine.
Lors de la cérémonie de remise des diplômes du lycée de sa fille, entre deux ateliers du camp, Taavi Kotka a lancé aux élèves un message qui résume son combat : « Vous devez travailler dur. L’Estonie est à la périphérie de l’Europe, mais nous ne sommes pas un trou perdu. D’ici, nous pouvons conquérir le monde. » Un rappel que l’innovation, quand elle est accessible à tous, devient un moteur de croissance — et d’égalité.
Pour l’instant, le programme est exclusivement réservé aux jeunes filles estoniennes. L’ONG se concentre sur la réduction des inégalités de genre dans un pays où les métiers techniques restent majoritairement masculins, mais une extension à l’international n’est pas exclue à long terme, selon ses responsables.
Il n’y a pas de critère de sélection particulier en dehors de l’âge (entre 8 et 14 ans) et du sexe (féminin). Les inscriptions sont ouvertes à toutes, gratuitement. Les ateliers sont organisés par tranches d’âge pour adapter les activités.