Selon Euronews FR, près d’un salarié européen sur cinq est contacté pour des raisons professionnelles en dehors de ses heures de travail au moins plusieurs fois par mois. Cette pratique, qui s’intensifie avec le télétravail et la volatilité du marché de l’emploi, contribue à une culture de la disponibilité permanente et alimente un stress croissant chez les travailleurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Un salarié sur cinq dans l’Union européenne (UE) est sollicité professionnellement en dehors de ses horaires de travail plusieurs fois par mois.
  • Près de 59 % des travailleurs européens déclarent ressentir un stress permanent lié à leur activité professionnelle.
  • Au Royaume-Uni, plus de la moitié des salariés dépassent quotidiennement leurs horaires habituels, selon le rapport Always-On Workforce Report 2026.
  • Les télétravailleurs sont les plus exposés : 63 % d’entre eux sont contactés en dehors des horaires, contre 48 % des employés en présentiel.
  • Seuls 17 % des salariés jamais sollicités hors temps de travail déclarent souffrir de stress professionnel.

Un phénomène amplifié par le télétravail et les charges de travail

L’étude publiée en juin 2026 par Eurofound, l’Agence européenne pour l’amélioration des conditions de travail, révèle que 20 % des salariés de l’UE sont régulièrement contactés pour des motifs professionnels en dehors de leurs heures légales. Ce chiffre masque une réalité encore plus marquée pour certains groupes : 64 % des employés aux horaires flexibles et 63 % des télétravailleurs confirment cette tendance. Les raisons ? Une charge de travail élevée et l’absence de limites claires entre vie professionnelle et personnelle, deux facteurs exacerbés par les nouvelles formes d’organisation du travail.

Les sollicitations hors temps de travail sont directement corrélées à une augmentation du stress. 59 % des travailleurs européens déclarent ressentir un stress constant ou quasi constant dans leur emploi, contre seulement 17 % de ceux qui ne sont jamais dérangés en dehors de leurs horaires. Cette pression se traduit aussi par des heures supplémentaires non rémunérées : au Royaume-Uni, 3,5 millions de salariés – soit un sur huit – ont effectué l’an dernier des heures non payées, représentant un manque à gagner estimé à 28,5 milliards de livres sterling (33,3 milliards d’euros).

Au Royaume-Uni, une culture de la disponibilité particulièrement marquée

Le rapport Always-On Workforce Report 2026, publié par la société de CV MyPerfectCV, dresse un constat alarmant pour le Royaume-Uni. Plus de 50 % des salariés britanniques dépassent chaque jour leurs horaires de travail, un phénomène qui s’accompagne de difficultés à déconnecter mentalement pendant les congés : 92 % des employés avouent y parvenir avec difficulté, contre 78 % en moyenne en Europe. Pire encore, 88 % déclarent ressentir de l’anxiété ou de la culpabilité lorsqu’ils prennent des congés, illustrant une pression culturelle forte pour rester disponible en permanence.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. La peur de rater une information importante, les attentes hiérarchiques, la présence d’applications professionnelles sur les smartphones personnels et la crainte d’être perçu comme moins engagé sont autant de raisons invoquées par les salariés pour justifier leur réactivité hors horaires. Cette dynamique est particulièrement visible chez les cadres et les télétravailleurs, dont les fonctions impliquent souvent des collaborations internationales et des horaires décalés.

Des mesures inégales selon les pays pour protéger le droit à la déconnexion

Face à cette tendance, plusieurs pays européens ont adopté des législations ou des codes de bonne conduite pour encadrer les sollicitations professionnelles en dehors des heures de travail. La France, l’Italie, la Belgique, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, la Grèce et le Luxembourg ont notamment instauré des lois ou des conventions collectives consacrant un droit à la déconnexion. Ces textes visent à garantir le repos des salariés en limitant les contacts en dehors des horaires légaux et en définissant des plages horaires protégées.

Cependant, l’application de ces règles reste inégale. Dans certains États, les obligations ne s’appliquent qu’aux entreprises dépassant un certain effectif, excluant de fait les salariés des petites structures. De plus, la diversité des approches nationales crée un paysage réglementaire fragmenté, compliquant la tâche des employeurs comme des employés pour fixer des frontières claires entre temps de travail et vie personnelle. Le Royaume-Uni, quant à lui, ne dispose actuellement d’aucune loi spécifique sur le droit à la déconnexion, malgré les recommandations de certaines organisations syndicales.

Un changement culturel nécessaire pour rompre avec le « toujours connecté »

Malgré les avancées législatives, la mise en œuvre d’un véritable changement culturel s’avère complexe. Les entreprises doivent concilier flexibilité et respect des temps de repos, une équation rendue plus ardue par le travail hybride et les équipes réparties dans plusieurs fuseaux horaires. La peur des représailles – être perçu comme moins investi ou plus facilement remplaçable – pousse encore de nombreux salariés à répondre aux sollicitations professionnelles en dehors de leurs horaires, même lorsque cela n’est pas obligatoire.

Pour Eurofound,

« Les charges de travail importantes constituent le principal moteur des sollicitations en dehors des heures de travail en Europe. Sans une réduction de cette pression opérationnelle, il sera difficile de briser le cycle de la disponibilité permanente. »
Les experts soulignent également la nécessité d’une prise de conscience collective, tant de la part des employeurs que des salariés, pour redéfinir les attentes et valoriser la déconnexion comme un impératif de santé publique et de performance durable.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront en grande partie de l’évolution des législations nationales et de la capacité des entreprises à intégrer les principes du droit à la déconnexion dans leur culture managériale. Une révision des conventions collectives est attendue d’ici fin 2026 dans plusieurs pays, notamment en France et en Belgique, où les syndicats réclament un durcissement des sanctions en cas de non-respect des plages horaires protégées. Par ailleurs, la Commission européenne devrait publier un rapport d’évaluation sur l’application de ces mesures en 2027, qui pourrait servir de base à une harmonisation des pratiques au niveau européen.

En attendant, le défi reste entier pour les salariés comme pour les employeurs : comment concilier flexibilité, productivité et bien-être, sans tomber dans le piège d’une disponibilité permanente ? Une question qui ne manquera pas d’alimenter les débats dans les mois à venir.

La France, l’Italie, la Belgique, l’Espagne et le Portugal figurent parmi les pays les plus actifs en la matière. La France a été pionnière avec la loi Travail de 2016, qui impose aux entreprises de négocier des chartes sur le droit à la déconnexion. L’Italie a adopté en 2023 un décret similaire, tandis que la Belgique a renforcé ses dispositions en 2025. Ces pays prévoient des sanctions en cas de non-respect des plages horaires protégées.

Les experts recommandent de structurer des routines claires : définir des horaires de travail fixes, utiliser des outils de messagerie dédiés pour les urgences, et désactiver les notifications en dehors des plages horaires. La communication avec les équipes est également essentielle pour établir des attentes réalistes et éviter les sollicitations hors temps légaux.