Avec des températures ayant dépassé de 10 à 15 degrés les normales de saison la semaine dernière, la France traverse un épisode caniculaire exceptionnel pour un mois de mai. Des records historiques ont été battus, comme les 37,8 °C enregistrés en Charente jeudi 29 mai 2026, selon Météo-France. Dans ce contexte, la piscine privée s’impose comme une solution pour se rafraîchir, malgré les tensions sur la ressource en eau. La Fédération des professionnels de la piscine et du spa (FPP) révèle, dans un rapport publié en mai et relayé par BFM Business, que 90 600 nouveaux bassins ont été installés en 2025, portant à 3,7 millions le nombre de foyers français équipés.

Ce qu'il faut retenir

  • 90 600 nouvelles piscines privées installées en 2025, selon la Fédération des professionnels de la piscine et du spa (FPP), portant le parc total à 3,7 millions de bassins.
  • La France reste le leader européen en nombre de piscines privées, malgré les alertes sur la sécheresse.
  • La ressource en eau renouvelable a diminué de 14 % entre 1990-2001 et 2002-2023, selon le Service des données et études statistiques (SDES).
  • La consommation annuelle d’une piscine représente 7 m³ d’eau, soit 0,08 % de l’utilisation totale en France.
  • Les propriétaires adoptent des gestes d’économie d’eau : couverture des bassins, récupération d’eau de pluie, limitation des fuites.
  • 86 % des Français déclarent être attentifs à leur consommation d’eau, selon une étude du Centre d’information sur l’eau (Cieau).

Un parc en expansion face à la hausse des températures

Alors que les épisodes caniculaires se multiplient et s’intensifient, la demande en piscines privées ne faiblit pas. BFM Business, qui relaie les données de la FPP, souligne que l’installation de 90 600 nouveaux bassins en 2025 confirme la France dans sa position de leader européen. Ce phénomène s’explique par le besoin croissant des ménages de se prémunir contre des vagues de chaleur de plus en plus précoces et intenses. Dans le même temps, les restrictions d’eau se multiplient dans certaines régions, illustrant le paradoxe d’une solution individuelle face à un enjeu collectif.

Philippe Laverne, propriétaire d’une piscine en Gironde, témoigne auprès de l’AFP : « On est dans une région qui est chaude, c’est agréable d’avoir une piscine. » Pourtant, il doit composer avec des arrêtés préfectoraux interdisant le remplissage de bassins privés en période de tension hydrique. Comme lui, de nombreux Français doivent adapter leur usage de l’eau, malgré les températures élevées.

Une ressource en eau en déclin, des pratiques qui évoluent

Le bilan environnemental du Service des données et études statistiques (SDES), publié le 27 mai 2026, révèle une diminution de 14 % de la ressource en eau renouvelable entre les périodes 1990-2001 et 2002-2023. Ce constat alerte sur la nécessité de concilier confort individuel et préservation des ressources naturelles. Nathalie Davoisne, directrice du Centre d’information sur l’eau (Cieau), rappelle que « sur le problème du changement climatique, il ne s’agit pas de stigmatiser un usage en particulier ». Elle insiste sur l’importance de prendre en compte « un contexte local » pour ajuster les pratiques.

Face à cette réalité, les propriétaires de piscines adoptent des comportements plus responsables. Françoise Ducarme, installée en Isère, illustre cette tendance : elle couvre son bassin pour limiter l’évaporation et ne renouvelle pas l’eau entièrement. « On la couvre pour qu’il n’y ait pas trop d’évaporation, et on ne change pas l’eau », explique-t-elle. La FPP observe également une tendance vers des bassins peu profonds et l’adoption de systèmes pour réduire la consommation.

Des solutions pour économiser l’eau au quotidien

Les gestes simples permettent de limiter l’impact des piscines sur la ressource en eau. La FPP recommande de couvrir les bassins pour éviter jusqu’à 90 % de pertes par évaporation, de limiter les lavages de filtres et de privilégier les bassins peu profonds. Marie-Agnès Samson, gérante d’un camping dans la Manche, va plus loin en récupérant l’eau de pluie. Elle déclare à l’AFP stocker « jusqu’à 6 000 litres » d’eau pour arroser son jardin. « Il y a des nouveaux systèmes maintenant où on pourrait prendre de l’eau de pluie pour la remise à niveau, mais il faut avoir une pompe un peu particulière », précise-t-elle.

Nathalie Davoisne, du Cieau, met en garde contre les fuites, souvent sous-estimées. « Une chasse d’eau ou un robinet qui goutte peuvent représenter jusqu’à 20 % de la consommation d’eau d’un foyer », souligne-t-elle. Une consommation quotidienne moyenne de 143 à 150 litres par personne stagne depuis 2009, selon l’observatoire Sispea. Pourtant, 86 % des Français déclarent faire attention à leur consommation, comme le révèle une étude récente du Cieau.

« La consommation d’une piscine, elle, est de 7 m³ par an. Cela ne représente que 0,08 % de l’utilisation totale de l’eau en France. »
— Fédération des professionnels de la piscine et du spa (FPP)

Et maintenant ?

Alors que les températures devraient continuer à augmenter, la question de la gestion de l’eau dans les piscines privées pourrait revenir sur le devant de la scène d’ici l’été 2026. Les professionnels du secteur travaillent déjà sur des solutions innovantes, comme l’utilisation de l’eau de pluie ou des systèmes de filtration plus performants. Reste à voir si ces alternatives seront suffisantes pour concilier confort et préservation des ressources, alors que les épisodes de sécheresse devraient se multiplier.

Un débat plus large sur l’adaptation au réchauffement climatique

Le paradoxe français entre la multiplication des piscines privées et la raréfaction de l’eau illustre un défi plus large : comment concilier les besoins individuels avec les impératifs environnementaux ? Philippe Laverne, interrogé en Gironde, résume cette tension : « Je pense qu’un bon arbre qui fait de l’ombre à la place de la piscine, ça m’irait très bien aussi. » Son propos reflète les débats qui émergent dans certaines communes, où l’installation de nouvelles piscines est désormais soumise à des règles strictes, voire interdite.

Pour Nathalie Davoisne, du Cieau, la solution passe par une meilleure information et une adaptation des usages. « Il ne s’agit pas de pointer du doigt un équipement en particulier, mais de comprendre que chaque situation locale nécessite une réponse adaptée », explique-t-elle. Alors que les pouvoirs publics pourraient renforcer les restrictions, les propriétaires de piscines sont incités à adopter des pratiques toujours plus économes, sans renoncer totalement à leur confort.

La France, championne européenne des piscines privées, se trouve ainsi à la croisée des chemins. Entre le besoin de se rafraîchir et la nécessité de préserver une ressource de plus en plus menacée, le choix des ménages et des autorités locales pourrait redéfinir les usages de l’eau dans les années à venir.

Plusieurs solutions existent, comme l’installation d’un système de brumisation, la création d’un bassin naturel ou encore l’utilisation de bâches pour limiter l’évaporation. Certaines communes encouragent aussi la végétalisation des jardins pour créer des zones ombragées et rafraîchissantes.

Non, les restrictions sont généralement mises en place au niveau départemental ou préfectoral, en fonction du niveau de sécheresse. Certaines régions, comme la Nouvelle-Aquitaine ou la Provence-Alpes-Côte d’Azur, sont plus fréquemment touchées par des arrêtés de restriction que d’autres, comme le Nord ou la Bretagne.