Le Royaume-Uni a franchi une étape historique en interdisant la vente de cigarettes à toute personne née après 2008, une mesure qui pourrait inspirer la France. Selon Franceinfo – Santé, cette loi, adoptée par le Parlement britannique le 21 avril 2026, interdit désormais aux moins de 18 ans d’acheter des cigarettes, une mesure qui s’appliquera de manière permanente à mesure que cette génération grandira. Le tabagisme reste l’une des principales causes de mortalité évitable dans les deux pays : en France, il a causé plus de 68 000 décès prématurés en 2023, tandis qu’au Royaume-Uni, environ 80 000 personnes en meurent chaque année.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Royaume-Uni interdit désormais la vente de cigarettes aux personnes nées après 2008, une mesure qui s’appliquera à vie.
  • En France, le tabagisme a provoqué 68 000 décès prématurés en 2023, dont 58 % liés à des cancers.
  • Plusieurs associations françaises, comme la Ligue contre le cancer ou le CNCT, appellent à une loi similaire en France.
  • Le coût social du tabac en France s’élève à 156 milliards d’euros par an, selon un rapport de l’OFDT.
  • Un député écologiste, Nicolas Thierry, propose une loi « génération sans tabac » pour les personnes nées après 2014.

Une avancée saluée par les associations de santé publique

Dès l’annonce de l’adoption de cette loi, les associations françaises ont réagi avec enthousiasme. Pour Alexandre Cobigo, responsable de la prévention à la Ligue contre le cancer, cette mesure montre « le courage politique » des Britanniques. « Les Britanniques nous ouvrent la voie et montrent que c’est possible », a-t-il déclaré. Le tabagisme, rappelle-t-il, reste un enjeu majeur de santé publique : « C’est un jeu hautement cynique que joue l’industrie du tabac, qui doit sans cesse recruter de nouveaux fumeurs pour compenser ceux qu’elle tue. »

Côté britannique, le ministre de la Santé, Wes Streeting, s’est félicité de cette « première génération sans tabac », un « moment historique ». La loi, qui doit encore recevoir l’assentiment royal, entrera en vigueur progressivement, mais son impact devrait être durable. « On coupe le robinet », résume Alexandre Cobigo, qui souligne l’importance de cette mesure « sur le long terme ».

En France, la proposition d’une loi similaire prend de l’ampleur

En France, plusieurs acteurs de la prévention défendent depuis plusieurs années une approche similaire. Le député écologiste Nicolas Thierry a déposé une proposition de loi visant à interdire la vente de tabac aux générations nées après 2014. Selon lui, cette mesure s’appliquerait dès 2032, lorsque ces jeunes atteindront leur majorité. À ce jour, 38 députés de tous bords politiques ont signé ce texte, un signe selon lui de son ancrage transpartisan. « On a un spectre politique extrêmement large, ce qui est plutôt rare pour une proposition de loi », se réjouit-il.

Cette initiative s’inscrit dans la « stratégie décennale » annoncée par le président Emmanuel Macron en 2021. Marion Catellin, directrice de Contre-Feu, l’Alliance contre le tabac, rappelle que « 90 % des fumeurs commencent avant 18 ans ». Elle insiste sur le soutien de la population : « 70 % des Français veulent voir des générations sans tabac, et neuf adolescents sur dix souhaitent vivre dans un monde sans tabac. » Chez les 16 ans, seulement 3 % déclarent fumer quotidiennement.

Des conditions d’efficacité : prix, encadrement du vapotage et lutte contre l’industrie

Pour être efficace, une loi « génération sans tabac » doit s’accompagner d’autres mesures, selon les experts. Amélie Eschenbrenner, responsable communication au Comité national contre le tabagisme (CNCT), rappelle que le paquet de cigarettes atteint désormais 20 euros au Royaume-Uni, un prix qui a contribué à réduire la consommation. En France, elle plaide pour des hausses de prix « d’au moins un euro par an », jusqu’à atteindre ce seuil, car « les augmentations de 20 centimes n’ont pas d’effet psychologique ».

Un autre défi majeur est celui du vapotage. En Angleterre, 10 % des jeunes sont des vapoteurs quotidiens, contre 6 % en France. Marion Catellin met en garde contre une « industrie très agressive » qui cible les adolescents avec des produits détournant les codes des jeux vidéo ou des mangas, et des arômes fantaisistes. Pour elle, l’encadrement du vapotage doit être renforcé en parallèle de la lutte contre le tabac.

« Tout se joue avant 18 ans ! » — Marion Catellin, directrice de Contre-Feu, l’Alliance contre l’industrie du tabac

Un coût social et économique colossal

Le tabac représente un fardeau économique considérable pour la France. Selon le rapport « Le coût social des drogues » de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), publié en 2019, le tabac coûte plus de 1,6 milliard d’euros à l’État chaque année. Mais son coût social global atteint 156 milliards d’euros par an, soit environ 2 300 euros nets par habitant, fumeur ou non. Nicolas Thierry rappelle que « pour un euro de recettes issues du tabac, les pouvoirs publics en dépensent huit » en frais de santé et en pertes de productivité.

Le député écologiste dénonce une « illusion fiscale » : « L’État ne gagne pas d’argent avec le tabac, il en perd. » Il évoque les hospitalisations, les années de vie perdues, les arrêts maladie ou encore les dépenses liées à la lutte contre la contrebande. Une argumentation qui vise à convaincre les décideurs de l’urgence d’agir.

Et maintenant ?

En France, la proposition de loi portée par Nicolas Thierry attend désormais d’être inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Les associations appellent la ministre de la Santé à prendre position avant la Journée mondiale sans tabac du 31 mai 2026, un moment symbolique pour relancer le débat. Une plateforme en ligne a été mise en place pour permettre aux citoyens d’interpeller leurs députés. Côté britannique, la loi devrait entrer en vigueur progressivement, mais son succès dépendra aussi de la lutte contre le marché noir, un risque déjà identifié en Nouvelle-Zélande, où une loi similaire avait été abrogée en 2023.

Quant aux Maldives, elles sont devenues en novembre 2025 le premier pays à interdire le tabac pour une génération, avec des sanctions sévères en cas de vente à des mineurs ou à des touristes. Un modèle que certains en France pourraient vouloir étudier de près.

Si les associations françaises saluent l’initiative britannique, elles rappellent qu’une loi « génération sans tabac » ne suffira pas à elle seule. Elle devra s’accompagner d’une politique globale : hausse des prix, encadrement strict du vapotage, et surtout, une volonté politique forte pour briser l’emprise de l’industrie du tabac sur les jeunes.