Dans le sous-continent indien, marqué par des tensions sociales persistantes et une radicalisation des débats politiques, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Narendra Modi poursuit une politique d’hindouisation systématique. Selon nos confrères du Monde, cette stratégie s’accompagne d’une volonté d’effacer les traces du passé multiculturel du pays, tout en marginalisant les minorités religieuses.

Ce qu'il faut retenir

  • Le pouvoir indien instaure une hindouisation accélérée des institutions et de l’espace public depuis plusieurs années.
  • Les mouvements étudiants, notamment à New Delhi, sont réprimés pour étouffer toute contestation.
  • Les symboles nationaux, comme le drapeau ou la Constitution, sont détournés à des fins idéologiques.
  • Les minorités religieuses, en particulier les musulmans, subissent une marginalisation croissante.

Un contexte politique sous haute tension

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, Narendra Modi et son parti, le Bharatiya Janata Party (BJP), ont fait de la promotion de l’hindouisme un axe central de leur action politique. Selon nos confrères du Monde, cette orientation s’est intensifiée ces dernières années, avec une accélération notable des réformes visant à imposer une vision unitaire de l’identité nationale. Les symboles traditionnels, comme le drapeau tricolore ou le chant « Vande Mataram », sont désormais associés à une narrative nationaliste excluant les autres communautés.

Dans les universités, notamment à l’Université Jawaharlal Nehru (JNU) à New Delhi, les mouvements étudiants qui dénoncent cette dérive sont systématiquement réprimés. Les autorités accusent ces mobilisations de « déstabiliser » l’ordre public, tandis que les défenseurs des droits humains dénoncent une instrumentalisation de la loi pour museler l’opposition.

Des réformes institutionnelles au service d’un projet idéologique

Plusieurs mesures récentes illustrent cette volonté de transformation de la société indienne. En 2025, le gouvernement a adopté une loi sur la citoyenneté qui facilite l’obtention de papiers pour les migrants non musulmans, excluant de fait les musulmans du Bangladesh ou du Pakistan. Cette réforme, critiquée par l’ONU et plusieurs ONG, a été présentée comme une mesure de « protection des frontières culturelles ».

Par ailleurs, des projets de modification des manuels scolaires sont en cours, avec pour objectif d’y intégrer une version révisée de l’histoire mettant en avant le rôle prépondérant de l’hindouisme. Des enseignants et historiens indépendants s’insurgent contre ces changements, y voyant une tentative de réécriture de l’histoire nationale à des fins politiques.

La marginalisation des minorités religieuses

Les musulmans, qui représentent environ 14 % de la population indienne, sont les premières victimes de cette politique. Selon un rapport publié en 2026 par l’ONG Citizenship Law Watch, plus de 2 000 incidents de violence communautaire ont été recensés depuis 2020, avec une augmentation significative des agressions verbales et physiques depuis l’arrivée de Modi au pouvoir.

Les conversions forcées à l’hindouisme, bien que officiellement interdites, se multiplient dans certains États dirigés par le BJP. En Uttar Pradesh, des campagnes de « ghar wapsi » (« retour à la maison ») visent à ramener dans le giron hindou les personnes ayant adopté d’autres religions. Ces actions, souvent accompagnées de pressions économiques ou sociales, sont dénoncées par les organisations de défense des droits humains comme des formes de coercition.

« Ce n’est pas une politique de développement, mais une entreprise de domination culturelle. Le gouvernement Modi utilise l’État pour imposer une vision étroite de l’Inde, au détriment de sa diversité historique et religieuse. »
— Ramachandra Guha, historien indien, dans une tribune publiée en juin 2026.

Et maintenant ?

Plusieurs observateurs s’interrogent sur l’évolution de cette dynamique à l’approche des prochaines élections générales, prévues pour 2029. Si la stratégie du BJP semble porter ses fruits auprès de son électorat traditionnel, elle alimente également les tensions intercommunautaires. Des voix s’élèvent au sein de l’opposition pour dénoncer un « apartheid culturel », tandis que le gouvernement persiste dans sa ligne, arguant défendre « l’unité nationale ». La communauté internationale, notamment l’Union européenne et les États-Unis, suit de près la situation, sans pour autant menacer de sanctions.

Les prochaines semaines pourraient voir l’adoption de nouvelles lois, notamment sur la régulation des médias et des réseaux sociaux, afin de limiter les critiques envers la politique du gouvernement. Reste à savoir si cette stratégie parviendra à consolider le pouvoir du BJP ou, au contraire, alimentera une contestation plus large.

Les opposants dénoncent une instrumentalisation de l’histoire, une marginalisation des minorités, notamment musulmanes, et une répression des libertés académiques et médiatiques. Des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch accusent le régime de promouvoir une forme de supremacisme hindou, en contradiction avec les principes laïcs de la Constitution indienne.

L’opposition, menée par le Parti du Congrès et d’autres formations laïques, tente de mobiliser l’opinion publique à travers des manifestations et des recours juridiques. Cependant, ses marges de manœuvre sont limitées par des lois restrictives, comme la Foreign Contribution Regulation Act (FCRA), qui limite les financements étrangers des ONG. Plusieurs leaders de l’opposition, dont Rahul Gandhi, ont été ciblés par des poursuites judiciaires, ce que leurs partisans dénoncent comme une stratégie d’intimidation.