Un habitant de Téhéran consulte son téléphone après la restauration partielle de l’accès à Internet, le 27 mai 2026. Selon Courrier International, cette décision du président réformateur Masoud Pezeshkian met fin à trois mois de coupure totale, la plus longue jamais enregistrée dans le pays. Un choix qui, loin d’apaiser les tensions, a ravivé les dissensions entre factions réformistes et conservateurs au sein du pouvoir iranien.

Ce qu'il faut retenir

  • Le régime iranien a rétabli partiellement l’accès à Internet le 27 mai 2026, après trois mois d’interruption totale.
  • Cette décision, prise par le président réformateur Masoud Pezeshkian, s’appuie sur des sondages officiels selon lesquels 9 % seulement de la population serait favorable aux restrictions.
  • Les conservateurs dénoncent une mesure « étrange et contestable », craignant qu’elle ne fragilise l’unité du régime en temps de guerre.
  • En réalité, la connexion reste très inégale : débits réduits, filtres persistants et accès limité aux plateformes comme Instagram ou Telegram.
  • Les ONG et médias d’opposition soulignent que 40 000 victimes des manifestations de janvier ne pourront jamais se reconnecter.

Une décision controversée au cœur des tensions politiques

Le rétablissement partiel d’Internet en Iran, intervenu le 27 mai 2026, s’inscrit dans un contexte de crise politique et sociale. Selon Courrier International, cette mesure, ordonnée par le président réformateur Masoud Pezeshkian, intervient après trois mois d’une coupure totale, la plus longue jamais enregistrée dans le pays. Un choix qui, loin de faire l’unanimité, a immédiatement relancé les divisions au sein du régime entre réformateurs et conservateurs, chacun y voyant une opportunité ou une menace.

Le gouvernement justifie sa décision en s’appuyant sur des « sondages crédibles » publiés par le média Asr-e Iran. Selon ces enquêtes, « le libre accès à Internet figurait parmi les principales revendications de la population », précise un communiqué officiel. Un vice-président iranien a même avancé que seulement 9 % des Iraniens seraient favorables aux restrictions actuelles du réseau. Une affirmation contestée par l’opposition conservatrice, qui y voit une tentative de légitimer une décision impopulaire au sein des élites.

Les conservateurs dénoncent un « message de discorde » en temps de guerre

Du côté des conservateurs, la réaction est immédiate et virulente. Le quotidien ultraconservateur Hamshahri, proche de la municipalité de Téhéran, qualifie la décision de « étrange et contestable ». Dans un éditorial cinglant, le journal estime que cette mesure « perturbe le commandement unifié du pays en situation de guerre et envoie à l’ennemi un message de discorde et de pluralité de voix quant à la gestion de la crise ». Une critique reprise par la télévision d’État, accusée par le gouvernement de « s’opposer ouvertement aux revendications populaires » et de « bafouer la volonté du peuple ».

Pour les « durs » du régime, les réseaux sociaux comme Instagram ou Telegram – accessibles via VPN – restent avant tout des instruments de l’ennemi, destinés à déstabiliser la République islamique. Une vision partagée par une partie de l’appareil sécuritaire, qui considère que toute ouverture, même limitée, risque d’alimenter les contestations. « Les réseaux sociaux sont des armes de l’Occident », avait déjà déclaré en 2022 un haut responsable iranien sous couvert d’anonymat.

Une connexion au « compte-gouttes », loin de la normalité

Si le régime présente ce rétablissement comme un retour à la normale, les faits contredisent cette image. Selon Courrier International, l’accès reste « au compte-gouttes, avec des restrictions, des filtres, des débits réduits et de graves perturbations ». L’ONG NetBlocks confirme que « le service reste fortement filtré, avec de nouvelles restrictions sur les services de messagerie et les portails d’applications par rapport à la période d’avant janvier ». Une situation qui plonge de nombreux Iraniens dans l’exaspération.

Un internaute interrogé par le média BBC Persian résume l’amertume générale : « Au cours de ces trois derniers mois, nous avons été pratiquement anéantis : la coupure d’Internet a fait chuter les ventes en ligne, tandis que les prix augmentaient chaque jour. Et aujourd’hui encore, la connexion reste si limitée qu’elle ne permet même pas d’ouvrir correctement Telegram et Instagram. » Pour tenter de calmer les esprits, un vice-ministre des Communications cité par le quotidien réformateur Shargh a appelé à la patience : « Il faudra quelques jours pour que la qualité des services s’améliore et que le trafic international reprenne ».

Entre colère et deuil, les réseaux sociaux reflètent un profond malaise

Malgré le rétablissement partiel, l’atmosphère sur les réseaux persanophones reste marquée par « la colère, le désespoir, le deuil et un profond sentiment d’abandon », comme le relève Independent Persian. Les plateformes en ligne sont désormais le théâtre d’une expression citoyenne résignée, voire désespérée. « À quoi bon se reconnecter ? Les 40 000 personnes qui ont été tuées ne peuvent plus se connecter ni s’exprimer », lance un utilisateur, en référence au bilan humain des manifestations de janvier 2026, selon les estimations de l’opposition.

Les fractures au sein de la société iranienne se retrouvent ainsi projetées sur le numérique. D’un côté, les réformateurs, qui y voient un outil de dialogue avec la population. De l’autre, les conservateurs, qui craignent une perte de contrôle. Entre les deux, des millions d’Iraniens tentent de s’adapter à une réalité où l’accès à l’information reste un luxe, malgré les promesses de normalisation.

Et maintenant ?

La question qui se pose désormais est celle de l’évolution de cette situation dans les prochaines semaines. Les réformateurs, menés par Pezeshkian, pourraient tenter de renforcer les libertés numériques, mais se heurteront à la résistance des conservateurs et des Gardiens de la révolution. Une nouvelle échéance à surveiller sera la tenue, prévue en septembre 2026, du prochain congrès du Conseil des gardiens, où les équilibres politiques au sein du régime pourraient être redessinés. D’ici là, la population devra composer avec un accès à Internet à la fois incomplet et instable.

Selon plusieurs observateurs, cette crise illustre plus largement les tensions structurelles qui traversent la République islamique. Entre ouverture économique, pression sociale et isolement géopolitique, le régime iranien semble condamné à naviguer entre deux feux : celui d’une population de plus en plus exigeante et celui d’une élite divisée sur les moyens d’y répondre. Une équation dont l’issue reste, pour l’heure, incertaine.