Un an s’est écoulé depuis les violents affrontements de la « guerre des douze jours » en Iran, une période marquée par une cascade de crises économiques, des manifestations réprimées dans le sang par le régime et une seconde guerre de quarante jours. Selon Courrier International, ces événements ont profondément bouleversé le quotidien des Iraniens, avec des répercussions particulièrement lourdes sur le marché du travail et dans l’intimité des foyers, aggravant la vulnérabilité des femmes.

La situation, déjà fragile, s’est encore détériorée sous l’effet d’une pression socio-économique accrue. Les femmes iraniennes, désormais touchées de plein fouet par ce que certains observateurs appellent une « féminisation de la pauvreté », voient leurs conditions de vie se dégrader rapidement. Une architecte de 37 ans, Sepideh, illustre ce phénomène : licenciée en juin 2025 dans le cadre des premières vagues de suppressions d’emplois liées aux conflits, elle a perdu bien plus qu’un poste.

Ce qu'il faut retenir

  • Une année de crises en cascade : depuis la « guerre des douze jours » de juin 2025, suivie d’un conflit de quarante jours, l’Iran cumule les difficultés économiques, politiques et sécuritaires.
  • Un marché du travail en crise : les licenciements massifs et la préférence des employeurs pour les candidats masculins aggravent le chômage des femmes qualifiées.
  • La précarité comme norme : des professionnelles comme Sepideh, ancienne architecte, se retrouvent sans emploi malgré des parcours impressionnants, poussées vers des solutions informelles.
  • Un phénomène de « féminisation de la pauvreté » : les femmes, déjà en position de vulnérabilité, subissent de plein fouet la dégradation des conditions socio-économiques.
  • Une plateforme d’information sous tension : IranWire, média fondé en 2014 par le journaliste Maziar Bahari, reste une source clé pour documenter ces réalités, malgré des traductions limitées en anglais.

Des licenciements massifs qui ciblent les femmes qualifiées

Sepideh, 37 ans, était architecte ingénieure avant juin 2025. Ce mois-là, elle a été licenciée lors de l’une des premières vagues de suppressions d’emplois déclenchées par les conflits. « Du jour au lendemain, j’ai perdu toute mon identité sociale », confie-t-elle à IranWire, citée par Courrier International. Le souvenir de cet appel fatidique reste gravé dans sa mémoire, comme un symbole des bouleversements subis par des milliers de femmes en Iran.

Malgré un CV solide et une expérience professionnelle remarquable, ses tentatives pour retrouver un emploi se sont heurtées à un mur. La majorité des employeurs iraniens privilégient désormais les candidatures masculines, une tendance qui s’est renforcée depuis les crises. Face à l’impossibilité de se réinsérer dans son domaine, Sepideh a choisi une voie alternative : proposer des formations en architecture d’intérieur sur Instagram. Une solution précaire, mais qui lui permet de survivre dans un marché du travail désormais hostile aux femmes.

Une précarité qui s’étend à tous les secteurs

Le cas de Sepideh n’est pas isolé. Selon les données disponibles, les licenciements post-conflits ont touché en priorité les femmes, en particulier celles occupant des postes qualifiés. Les secteurs de la construction, de l’ingénierie et des services ont été les plus affectés, avec des conséquences en cascade sur les ménages. Les violences conjugales, déjà en hausse avant les conflits, se sont également intensifiées, aggravées par la pression économique et l’instabilité sociale.

Les ménages iraniens, déjà fragilisés par l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat, subissent de plein fouet cette dégradation. Les femmes, souvent en première ligne pour gérer les difficultés quotidiennes, paient le prix fort. Les divorces, en augmentation, reflètent cette tension croissante au sein des couples. Les organisations de défense des droits des femmes en Iran rapportent une hausse des demandes d’aide juridique et sociale, signe d’une crise humanitaire qui s’aggrave.

IranWire, une fenêtre sur une réalité méconnue

Créé en 2014 par le journaliste canado-iranien exilé Maziar Bahari, IranWire s’est imposé comme une plateforme incontournable pour suivre l’actualité iranienne, malgré les restrictions imposées par le régime. Le site, qui propose des articles en anglais et en persan, se distingue par la diversité de ses sources, incluant des « journalistes citoyens » opérant depuis l’Iran.

Cependant, seule une infime partie des contenus en persan est traduite, limitant l’accès à une information pourtant cruciale. IranWire reste l’un des rares médias indépendants à documenter les violations des droits humains, les crises économiques et les mouvements de protestation, malgré les risques encourus par ses contributeurs. Son rôle est d’autant plus important que les médias traditionnels iraniens, sous contrôle étatique, minimisent ou passent sous silence ces réalités.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs pour l’Iran, alors que le régime tente de stabiliser une économie exsangue et une société profondément divisée. Les observateurs s’interrogent sur l’évolution du marché du travail, notamment pour les femmes, et sur l’impact des réformes économiques promises par les autorités. Une chose est sûre : sans mesures concrètes pour protéger les plus vulnérables, la « féminisation de la pauvreté » ne fera que s’accentuer. Les prochaines échéances politiques, notamment les élections législatives prévues en 2027, pourraient jouer un rôle clé dans la réponse apportée à cette crise sociale.

Reste à voir si la pression internationale, notamment via les sanctions économiques, incitera le régime à assouplir sa politique envers les femmes ou, au contraire, aggravera leur situation. Une chose est certaine : l’Iran de 2026 n’a plus rien à voir avec celui d’avant les conflits, et les femmes en paient le prix fort.

La « guerre des douze jours » fait référence à une série de violents affrontements armés qui ont éclaté en Iran en juin 2025. Ces combats, déclenchés par des tensions politiques et sociales, ont duré une douzaine de jours avant de s’étendre à un conflit plus large de quarante jours. Selon les rapports, ces événements ont servi de catalyseur à une crise économique et sécuritaire majeure, aggravant les difficultés préexistantes dans le pays.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance. D’abord, les crises économiques et les licenciements massifs ont poussé les employeurs à réduire leurs coûts, et les salaires des hommes sont souvent perçus comme moins « risqués » dans un contexte d’instabilité. Ensuite, les stéréotypes de genre persistent en Iran, où les femmes sont encore largement associées à des rôles domestiques. Enfin, les employeurs craignent que les candidates féminines ne quittent leur poste en cas de crise familiale, un phénomène aggravé par l’augmentation des divorces et des violences conjugales.