Depuis plusieurs semaines, l’Iran maintient une coupure quasi totale d’Internet pour une grande partie de sa population. Pourtant, une minorité de citoyens conserve un accès privilégié au réseau mondial. Une mesure que les autorités justifient par des raisons de « sécurité nationale », mais qui alimente les craintes d’une pérennisation d’un système discriminatoire. Selon RFI, ce dispositif, surnommé « Internet Pro », réservent les connexions haut débit aux élites politiques, économiques et administratives, tandis que le reste de la population se voit contraint de se contenter d’un accès mobile restreint.
Ce qu'il faut retenir
- Une coupure d’Internet généralisée en Iran depuis plusieurs semaines, mais pas pour tous.
- Le régime iranien a mis en place un réseau « Internet Pro » accessible uniquement à une minorité.
- Les bénéficiaires sont principalement des responsables politiques, des entrepreneurs et des hauts fonctionnaires.
- Les autorités invoquent des raisons de « sécurité nationale » pour justifier cette mesure.
- Cette situation alimente les craintes d’une institutionnalisation d’un internet à deux vitesses.
Un système conçu pour une élite
Le projet « Internet Pro » n’est pas une mesure temporaire, mais bien un système pensé pour durer. Selon RFI, les connexions haut débit sont réservées à une poignée de privilégiés : responsables politiques, chefs d’entreprise, universitaires ou encore journalistes accrédités par le régime. Pour le reste des 85 millions d’Iraniens, l’accès à Internet se limite à un réseau mobile fortement bridé, où les sites étrangers sont souvent bloqués ou ralentis. Bref, une fracture numérique qui s’installe dans la durée.
Les justifications officielles reposent sur des arguments sécuritaires. « La stabilité de l’État et la lutte contre les cybermenaces imposent des mesures exceptionnelles », a déclaré un porte-parole du ministère des Télécommunications iranien, cité par RFI. Pourtant, les observateurs soulignent que cette politique s’inscrit dans une logique plus large de contrôle accru sur l’information, déjà observable depuis des années en Iran.
Une mesure qui s’ajoute à un arsenal de restrictions
Cette décision s’ajoute à un ensemble de mesures déjà en place pour restreindre l’accès à Internet. Depuis 2019, les autorités iraniennes ont régulièrement coupé le réseau lors de manifestations, comme lors des protestations de 2022 ou 2024. Mais cette fois, la coupure semble permanente pour la majorité de la population. Selon RFI, les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) ont reçu l’ordre de bloquer systématiquement les VPN, outils pourtant indispensables pour contourner la censure.
Les réseaux sociaux, déjà largement restreints, deviennent presque inaccessibles pour les Iraniens ordinaires. « Les plateformes comme X (ex-Twitter), Instagram ou Facebook sont soit bloquées, soit tellement ralenties que leur utilisation devient impossible », explique un analyste des libertés numériques basé à Téhéran. Autant dire que les Iraniens sont aujourd’hui coupés du monde extérieur, à l’exception d’une poignée de privilégiés.
Les réactions internationales et les craintes pour l’avenir
Cette situation a suscité des réactions de la part de plusieurs organisations de défense des droits humains. Amnesty International a dénoncé « une violation flagrante du droit à l’information et à la liberté d’expression ». De son côté, l’Union européenne a appelé Téhéran à « rétablir un accès internet équitable pour tous ses citoyens ».
Mais pour l’instant, le régime iranien ne semble pas prêt à revenir en arrière. « Le système « Internet Pro » est une nécessité pour protéger notre souveraineté numérique », a affirmé un haut responsable iranien, sous couvert d’anonymat. Pour les opposants, cette mesure est avant tout un outil de contrôle politique et social, destiné à museler toute contestation.
Cette situation laisse en suspens plusieurs questions : dans quelle mesure ce système va-t-il s’étendre ? Quelles seront les conséquences économiques pour une population déjà en proie à une inflation galopante ? Et surtout, jusqu’où le régime iranien est-il prêt à aller pour contrôler l’information ? Autant de réponses qui pourraient émerger dans les semaines à venir.