Plusieurs dizaines de milliers de Polonais ont manifesté dimanche 9 août dans une vingtaine de villes du pays pour dénoncer la multiplication des agressions contre les réfugiés ukrainiens. Des cortèges ont défilé à Varsovie, Cracovie, Wrocław, Gdańsk et Łódź, selon RFI, afin d’affirmer leur soutien à cette communauté, de plus en plus ciblée par des actes de xénophobie. Ces mobilisations s’inscrivent dans un contexte de tensions mémorielles et politiques, alors que l’été 2026 voit une recrudescence des violences à l’encontre des personnes fuyant la guerre en Ukraine.
Les organisateurs de ces rassemblements, soutenus par des associations locales et des partis politiques modérés, ont insisté sur l’urgence de briser le silence face à une « vague de haine » qui gagne du terrain dans la société polonaise. Les violences, qu’elles soient verbales ou physiques, se sont intensifiées ces dernières semaines, alimentées par des discours politiques et médiatiques controversés, ainsi que par des rancœurs historiques persistantes entre les deux nations. « Nous refusons de laisser une minorité vocale imposer sa vision », a déclaré Anna Kowalska, porte-parole d’un collectif citoyen à Varsovie, comme le rapporte RFI.
Ce qu'il faut retenir
- Dimanche 9 août, des manifestations pro-ukrainiennes ont eu lieu dans une vingtaine de villes polonaises, dont Varsovie, Cracovie et Gdańsk.
- Ces rassemblements font suite à une hausse des violences et agressions xénophobes envers les réfugiés ukrainiens cet été.
- Les organisateurs dénoncent une « vague de haine » alimentée par des querelles mémorielles et politiques.
- Des associations locales et des partis modérés appellent à briser le silence face à cette montée de la xénophobie.
- Anna Kowalska, porte-parole d’un collectif citoyen, a souligné le refus de laisser « une minorité vocale imposer sa vision ».
Une xénophobie enracinée dans des tensions historiques
La Pologne, qui accueille depuis 2022 plus d’un million de réfugiés ukrainiens, est aujourd’hui le théâtre d’une radicalisation inquiétante. Selon les observateurs locaux, ces violences s’expliquent en partie par des rivalités mémorielles remontant à la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle des milliers de Polonais et d’Ukrainiens s’affrontèrent dans des conflits sanglants. Certains médias et responsables politiques exploitent ces tensions pour attiser la division, accusant les réfugiés de profiter des aides sociales ou de menacer la sécurité nationale.
Dans un rapport publié en juillet 2026, l’ONG « Solidarność Migrants » a recensé plus de 120 incidents violents depuis le début de l’été, allant des insultes aux agressions physiques, en passant par des dégradations de biens. « Les réfugiés ukrainiens sont devenus des boucs émissaires faciles », a expliqué Marek Nowak, analyste à l’Institut des Affaires publiques de Varsovie, d’après RFI. Ces attaques coïncident avec une montée en puissance des partis d’extrême droite dans le débat public, qui multiplient les discours anti-migrants.
Des manifestations pour contrer l’instrumentalisation politique
Face à cette dégradation, les manifestations de dimanche ont rassemblé des milliers de personnes, des familles aux militants associatifs, en passant par des élus locaux. À Cracovie, un millier de manifestants ont défilé sous la banderole « Solidaires avec l’Ukraine », tandis qu’à Wrocław, des chants en ukrainien et en polonais ont retenti dans les rues. « Ces rassemblements montrent que la Pologne n’est pas un pays de xénophobes », a affirmé Piotr Zieliński, député du parti Plateforme civique, lors d’un discours improvisé.
Pour autant, ces mobilisations peinent à convaincre les sceptiques. Certains observateurs, comme l’historien Tomasz Rakowski, soulignent que la société polonaise reste profondément divisée sur la question migratoire. « Il y a une base de soutien aux réfugiés, mais aussi une frange importante de la population qui reprend à son compte les discours xénophobes », a-t-il indiqué. Les réseaux sociaux, notamment Telegram et Facebook, jouent un rôle clé dans la diffusion de ces idées, avec des groupes fermés où se multiplient les appels à la violence.
Ces événements rappellent également la fragilité du consensus polonais sur la question migratoire. Alors que le gouvernement affiche officiellement sa solidarité avec l’Ukraine, une partie de l’opinion publique et de la classe politique semble basculer vers des positions plus restrictives. La capacité des forces démocratiques à mobiliser durablement contre la xénophobie pourrait déterminer l’avenir du pays en matière d’accueil des réfugiés.