Selon Courrier International, une épizootie dont l’origine n’a toujours pas été officiellement établie frappe depuis février les campagnes russes. Les autorités vétérinaires ont placé en quarantaine, saisi, abattu puis incinéré des dizaines de milliers d’animaux, sous escorte policière, suscitant l’incompréhension des éleveurs et l’inquiétude des habitants.

Dans la région de Khakassie, en Sibérie méridionale, les images de bétail abattu en masse ont circulé sur les réseaux sociaux, illustrant l’ampleur des opérations sanitaires. Courrier International précise que, selon le média indépendant Kedr, spécialisé dans les questions environnementales, au moins 90 500 têtes de bétail auraient été concernées par ces mesures depuis le début de la crise.

Ce qu'il faut retenir

  • Une épizootie d’origine indéterminée frappe la Russie depuis février 2026, entraînant l’abattage massif de bovins.
  • 90 500 têtes de bétail ont été touchées par les mesures sanitaires, selon le média Kedr.
  • Les autorités invoquent la pasteurellose ou la rage comme causes possibles, mais cette hypothèse est contestée par des vétérinaires.
  • Des témoignages rapportent des saisies forcées, parfois en l’absence des propriétaires, avec l’intervention de la police.
  • Les analyses en laboratoire ne sont pas communiquées aux éleveurs, alimentant la défiance envers les autorités.

Des opérations sanitaires menées sous haute tension

Les opérations de contrôle ont été menées tambour battant dans plusieurs régions, avec une logistique impliquant des vétérinaires, des forces de l’ordre et parfois des équipes de sécurité privées. Dans certaines zones, les animaux ont été abattus sans que leurs propriétaires n’aient pu assister à la procédure ou récupérer les carcasses. « Sans la moindre explication, ils arrivent et saisissent les bêtes. Ils ne montrent que des décrets du gouverneur et ne nous communiquent même pas les résultats des analyses en laboratoire », a déclaré Andreï Kouzmine, avocat dans la région de Samara, au magazine Forbes Russie.

Le quotidien Novaïa Gazeta Europe a également rapporté des cas de saisies effectuées « par la force avec l’aide de la police », soulignant le caractère brutal de certaines interventions. Les autorités locales justifient ces mesures par la nécessité de contenir une épidémie potentiellement dangereuse pour la santé humaine et animale. Pourtant, la nature exacte de la maladie reste floue, alimentant les rumeurs et les théories du complot dans les campagnes.

Une maladie mystérieuse et des explications jugées peu convaincantes

Les autorités russes ont majoritairement évoqué la pasteurellose, une infection bactérienne connue pour toucher les animaux, mais qui se soigne généralement par un isolement des sujets infectés et un traitement aux antibiotiques. Pourtant, la destruction systématique de troupeaux entiers laisse sceptiques plusieurs vétérinaires interrogés par Kedr. « La pasteurellose est une infection classique, qui ne justifie pas de telles mesures radicales », a souligné l’un d’eux, sous couvert d’anonymat.

Dans certaines régions, comme celle de Novossibirsk, les autorités ont également évoqué la rage comme cause possible des abattages. Pourtant, cette hypothèse semble tout aussi fragile, la rage étant une maladie bien documentée, pour laquelle des protocoles de vaccination et de surveillance existent. Le manque de transparence sur les résultats des analyses en laboratoire a encore aggravé la défiance des éleveurs, certains soupçonnant une instrumentalisation de la crise pour des raisons économiques ou politiques.

Un climat de méfiance généralisé dans les campagnes

La colère des habitants ne se limite pas aux seules questions sanitaires. Dans un contexte où la Russie traverse une période de tensions économiques et sociales, ces abattages massifs ont été perçus par certains comme une nouvelle preuve de l’arbitraire des autorités. Les réseaux sociaux, bien que surveillés de près par les autorités, regorgent de témoignages et de vidéos dénonçant ces pratiques. « On nous prend pour des criminels sans nous donner aucune chance de nous défendre », a déploré un éleveur de la région de Samara, cité par Forbes Russie.

Les associations de défense des droits des animaux et des paysans ont appelé à plus de transparence, tandis que des députés de l’opposition ont interpellé le gouvernement sur les conditions de ces opérations. Pour l’instant, aucune réponse officielle n’a permis d’éclaircir la situation, laissant les éleveurs dans l’expectative et l’angoisse.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si les autorités russes parviendront à établir l’origine de l’épizootie et à rassurer les éleveurs. Plusieurs laboratoires indépendants ont proposé leur aide pour analyser les échantillons prélevés, mais les autorités n’ont pas encore donné suite. Une commission d’enquête parlementaire pourrait être saisie d’ici la fin du mois d’avril, selon des sources proches de la Douma.

En attendant, les éleveurs continuent de subir les conséquences économiques et psychologiques de cette crise, certains envisageant de cesser leur activité par peur de nouvelles pertes. La question de la compensation financière promise par l’État reste également en suspens, aucun montant n’ayant été officiellement communiqué.

Cette épizootie, dont l’issue reste incertaine, illustre les tensions croissantes entre les autorités centrales et les régions, ainsi que les difficultés à concilier sécurité sanitaire et respect des droits des citoyens. Pour l’heure, les réponses manquent, et les questions s’accumulent.

Selon les explications officielles, les abattages visent à endiguer une épizootie dont la nature exacte n’a pas été clairement identifiée. Cependant, des vétérinaires interrogés par Kedr contestent cette approche, estimant que des maladies comme la pasteurellose ou la rage peuvent être gérées par des mesures sanitaires classiques, sans recourir à l’élimination systématique des troupeaux. Le manque de transparence sur les résultats des analyses nourrit les soupçons d’une surréaction des autorités.