En Somalie, des affrontements ont éclaté entre des militaires agissant sur ordre du gouvernement fédéral et des milices loyales à un ancien président, alimentant une crise politique déjà profonde. Ce nouveau cycle de violences survient alors que la question de l’organisation des élections, initialement prévues cette année, reste au cœur des tensions, tout comme la décision controversée du président en exercice, Hassan Sheikh Mohamoud, de prolonger son mandat d’un an.
Selon France 24, ces heurts surviennent dans un contexte de fragilité institutionnelle persistante, où les désaccords sur la transition politique se cristallisent autour de deux enjeux majeurs : la légitimité des institutions et les modalités du scrutin à venir.
Ce qu'il faut retenir
- Affrontements armés entre forces gouvernementales et milices d’opposition dans plusieurs régions somaliennes ces derniers jours.
- Causes principales : contestation de la prolongation du mandat du président Hassan Sheikh Mohamoud et désaccord sur l’organisation des élections.
- Figures clés : l’ancien président — dont le nom n’est pas précisé dans les rapports — et le président en exercice, Hassan Sheikh Mohamoud, en poste depuis 2022.
- Contexte politique : la Somalie tente de stabiliser un processus électoral reporté à plusieurs reprises en raison d’instabilités sécuritaires et politiques.
- Bilan humain : au moins une dizaine de morts signalés parmi les combattants et des dégâts matériels importants dans les zones touchées.
Une crise électorale qui s’aggrave
La Somalie traverse une période de grande incertitude politique, marquée par des reports successifs des élections présidentielles et législatives. Initialement prévues pour 2024, elles ont été repoussées à une date indéterminée, officiellement en raison de défis logistiques et sécuritaires. Pourtant, cette décision a été perçue par une partie de l’opposition comme un prétexte pour maintenir au pouvoir le président Hassan Sheikh Mohamoud, dont le mandat a été prolongé d’un an en 2025. « La prolongation du mandat présidentiel sans consultation large de la classe politique a exacerbé les divisions au sein de la classe dirigeante », a indiqué un analyste politique somalien sous couvert d’anonymat.
Des affrontements aux motivations politiques
Les combats ont opposé des unités militaires fidèles au gouvernement central à des milices locales soutenues par l’ancien président, lui-même écarté du pouvoir lors de l’élection de 2022. Ces groupes armés, issus de clans et de régions spécifiques, ont riposté aux opérations militaires menées pour les désarmer ou les empêcher de contester le pouvoir en place. « Ces milices agissent en défense de ce qu’elles considèrent comme une injustice électorale. Leur mobilisation reflète un rejet croissant de la politique menée par Mogadiscio », a souligné un responsable local interrogé par France 24.
Un risque d’embrasement national
La Somalie, déjà fragilisée par des décennies de conflits et de divisions claniques, craint une escalade de la violence si aucun compromis n’est trouvé. Les analystes redoutent que ces affrontements ne s’étendent à d’autres régions, notamment dans le centre et le sud du pays, où les loyautés claniques restent très marquées. « La situation est extrêmement volatile. Chaque camp accuse l’autre de violer les accords de paix et de menacer la stabilité nationale », a rappelé un représentant de la Mission d’assistance des Nations unies en Somalie (UNSOM).
La communauté internationale, notamment les États-Unis et l’Union européenne, a appelé au calme et au respect des institutions, tout en exhortant les parties à privilégier le dialogue. « La stabilité de la Somalie est un enjeu régional majeur. Sans élections transparentes, le risque de déstabilisation persistera », a averti un porte-parole du département d’État américain.
En attendant, les civils paient le prix fort de ces affrontements, dans un pays où les infrastructures sanitaires et économiques sont déjà exsangues. La question qui se pose désormais est de savoir si les acteurs politiques parviendront à trouver un terrain d’entente avant que la situation ne dégénère davantage.
Le président Hassan Sheikh Mohamoud a justifié cette décision par la nécessité de mener à bien des réformes institutionnelles et sécuritaires avant d’organiser des élections. Cependant, cette prolongation, initialement prévue pour un an à partir de 2025, a été largement contestée par l’opposition, qui y voit une manœuvre pour se maintenir au pouvoir. Aucune date précise pour le scrutin n’a été fixée à ce jour.