Une locataire zurichoise, expulsée en 2022 sous prétexte de rénovations, a découvert que son appartement était désormais proposé à la location sur Booking à un tarif quatre fois supérieur à son ancien loyer. Selon Capital, cette situation illustre les dérives du marché immobilier suisse, marqué par une pénurie de logements abordables et une hausse vertigineuse des prix.
Ce qu'il faut retenir
- Une femme de 37 ans, d’origine mexicaine, et son compagnon ont été expulsés en juillet 2022 à Zurich pour des travaux, alors que leur logement était « parfaitement fonctionnel », selon leurs déclarations rapportées par Capital.
- Le bail initial, fixé à 1 490 francs suisses (1 600 euros) par mois, a été remplacé par un loyer de 8 000 francs (8 500 euros) pour une location courte durée, soit une augmentation de plus de 400 %.
- L’ancienne locataire a retrouvé un logement dans le même quartier en août 2022, mais n’a jamais été recontactée pour un éventuel retour dans son ancien appartement après les travaux.
- Le bien est désormais géré par Dinvest AG depuis mars 2026, une société dont les propriétaires résident à New York, tandis que l’immeuble a changé de mains à plusieurs reprises depuis l’expulsion.
Une expulsion justifiée par des travaux jamais achevés
En juillet 2022, une habitante du quartier de Seebach, à Zurich, a reçu un avis d’expulsion avec sept autres locataires. La raison invoquée par le bailleur était la réalisation de rénovations et la construction d’un étage supplémentaire. Pourtant, comme elle l’a expliqué à 20 Minutes et repris par Capital, « l’appartement était ancien, mais parfaitement fonctionnel et habitable ». Les locataires concernés disposaient d’un délai de sept mois pour trouver un nouveau logement et bénéficiaient d’une priorité pour relouer leur ancien appartement une fois les travaux terminés.
Plusieurs années après leur départ, aucune proposition de retour ne leur a été faite. Pire, l’ancienne locataire a constaté que de nouveaux meubles avaient été installés dans l’appartement, suggérant une occupation effective. Pour elle, cette situation relève d’une « arnaque » : « Ils profitent tout simplement de nous, et on a l’impression que la loi ne nous protège absolument pas », a-t-elle déclaré à Capital.
Un loyer multiplié par quatre sur les plateformes de location courte durée
Le montant exigé aujourd’hui pour occuper temporairement ce logement défie toute logique. Selon les informations collectées par Capital, il faut désormais débourser 8 000 francs suisses (8 500 euros) pour une nuitée, contre 1 490 francs (1 600 euros) avant l’expulsion. Une différence de plus de 400 % qui reflète l’engouement pour les locations touristiques, notamment sur des plateformes comme Booking. À titre de comparaison, 1 665 francs sont demandés pour cinq nuits, un tarif supérieur à celui payé par les précédents locataires pour un mois entier de location.
Cette pratique n’est pas isolée en Suisse, où la pression sur le marché locatif s’accentue. Zurich, en particulier, connaît une pénurie de logements abordables, poussant de nombreux habitants à se tourner vers des solutions temporaires, souvent bien plus onéreuses. Les associations de défense des locataires dénoncent régulièrement ces abus, mais les recours juridiques restent complexes et longs pour les victimes.
Des changements de propriétaires et de gestionnaires en cascade
L’enquête menée par 20 Minutes et reprise par Capital révèle que le logement a changé de mains à plusieurs reprises depuis l’expulsion. Les propriétaires actuels résident désormais à New York, tandis que la gestion de l’immeuble a été confiée à Dinvest AG en mars 2026. Dans un communiqué, la société justifie son intervention par « l’objectif d’une rénovation durable de l’immeuble et la création d’espaces de vie supplémentaires ».
Pourtant, aucun élément ne permet de confirmer que les travaux annoncés ont été réalisés. Les anciens locataires, eux, n’ont reçu aucune information officielle sur l’avancement des projets. Leur sentiment d’avoir été lésés est renforcé par l’absence de communication de la part des nouveaux gestionnaires. « On a l’impression que personne ne se soucie de notre situation », a souligné l’ancienne locataire.
Cette situation met en lumière les tensions croissantes sur le marché immobilier suisse, où la demande dépasse largement l’offre. Les plateformes de location courte durée, comme Booking, sont souvent pointées du doigt pour aggraver la crise en favorisant les locations touristiques au détriment des résidents permanents. À Zurich, comme dans d’autres grandes villes du pays, la question de l’accès au logement reste un enjeu majeur pour les autorités locales.
Les locataires peuvent engager un recours juridique pour contester l’expulsion ou exiger une indemnisation. En Suisse, les associations de défense des locataires, comme le Wohnen im Alter ou la Fédération des associations de locataires, proposent un accompagnement gratuit. Il est également possible de saisir le tribunal des baux, mais les procédures peuvent être longues et coûteuses.