À Kherson, ville du sud de l’Ukraine située à proximité du front, les habitants subissent quotidiennement des frappes de drones russes. Selon BMF - International, une vidéo diffusée mardi 4 août par la police locale montre un civil traqué par un drone FPV (First Person View) avant que ce dernier ne fasse exploser sa charge. Un épisode symptomatique des méthodes de harcèlement systématique utilisées par Moscou contre les populations civiles.
Ce qu'il faut retenir
- Un civil, identifié comme Iouri, vendeur de légumes, a été pris pour cible par un drone russe à Kherson le 4 août 2026.
- La vidéo, non authentifiée par l’AFP, montre l’homme courant pour échapper au drone avant que ce dernier n’explose, le blessant grièvement.
- Le gouverneur régional, Oleksandre Prokoudine, a indiqué que la victime a survécu « par miracle » avec des éclats et une commotion cérébrale.
- Volodymyr Zelensky a dénoncé ces attaques comme des « safaris » humains, accusant les forces russes de prendre plaisir à « tuer et maltraiter des civils ».
- Les frappes de drones se sont intensifiées depuis deux ans, avec des centaines de cas similaires recensés quotidiennement.
Une vidéo accablante : le récit du vendeur de légumes traqué
Sur les images diffusées mardi 4 août, on voit Iouri, un habitant de Kherson, courir en zigzag autour d’un véhicule de transport pour tenter d’échapper à un drone FPV. Le drone, piloté à distance, le suit méthodiquement avant de larguer sa charge explosive. Selon BMF - International, la vidéo, non vérifiée par l’AFP, circule sur les réseaux sociaux et a suscité une vague d’indignation.
Selon les autorités ukrainiennes, Iouri a survécu « par miracle ». Hospitalisé, il a expliqué aux médias locaux, dont le Kyiv Independent, que l’incident s’est produit alors qu’il venait tout juste de disposer ses légumes sur le marché. « Ma femme était là aussi. On a entendu un bourdonnement », a-t-il raconté. Il a tenté de signaler au pilote du drone qu’il ne transportait que des denrées, sans succès.
« Je me suis mis à courir, je me suis écrasé contre le véhicule. Je me suis retrouvé dans sa trajectoire, il a percuté, et je suis simplement tombé. » — Iouri, vendeur de légumes, survivant de l’attaque
Kherson, ville martyre sous la menace permanente des drones
Contrôlée par les Russes de mars 2022 à novembre 2022, Kherson, qui comptait environ 280 000 habitants avant la guerre, est aujourd’hui la cible de frappes régulières depuis la rive opposée du Dniepr. Selon Andrii Kovanyi, porte-parole de la police de l’oblast de Kherson, ces scènes de harcèlement par drones sont devenues « quotidiennes » depuis deux ans, bien que rares soient celles filmées avec une telle précision.
Une cliente du marché de Kherson a confié au Kyiv Independent que les habitants vivent « dans la peur constante ». « Ici, la vie est comme une roulette russe, et nous avons même peur de sortir de chez nous », a-t-elle déclaré. Ces témoignages illustrent l’atmosphère de terreur qui règne dans la ville, où chaque bruit de moteur peut annoncer une attaque.
Kiev dénonce une stratégie délibérée de terreur
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réagi avec virulence à cet incident. Sur la plateforme X, il a accusé les soldats russes de « prendre plaisir à tuer et à maltraiter des civils », qualifiant ces attaques de « safaris » humains. « Chaque jour, les habitants de Kherson sont confrontés à ces 'safaris' russes », a-t-il affirmé, appelant la communauté internationale à accentuer la pression sur Moscou.
Andriï Sybiha, chef de la diplomatie ukrainienne, a pour sa part qualifié cet acte de « crime de guerre barbare ». « Des milliers de crimes similaires ne sont jamais portés à la connaissance du public », a-t-il souligné, estimant qu’il s’agit d’une « stratégie russe délibérée et systémique ». « Ils savent exactement ce qu’ils font », a-t-il ajouté sur X.
Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe, les civils ukrainiens paient un lourd tribut. Entre mars 2022 et novembre 2022, Kherson a subi l’occupation russe avant d’être reprise par l’armée ukrainienne. Depuis, les frappes se sont multipliées, faisant de la ville un symbole des souffrances endurées par les populations frontalières. Les drones, devenus une arme de prédilection pour Moscou, transforment le quotidien des habitants en cauchemar permanent.
La Russie, de son côté, nie cibler délibérément les civils et accuse régulièrement l’Ukraine de mener des frappes similaires dans des zones frontalières comme Belgorod. Ces accusations réciproques illustrent la difficulté à établir les responsabilités dans un conflit où la désinformation joue un rôle croissant.
Alors que les images de Iouri traqué par le drone circulent, elles rappellent l’urgence d’une réponse internationale. La question reste entière : comment protéger les civils dans un conflit où les drones deviennent des instruments de terreur ?
Un drone FPV (First Person View) est piloté en temps réel via une caméra embarquée, offrant à l’opérateur une vision directe de sa cible. Sa maniabilité et sa précision en font une arme redoutable pour des attaques ciblées contre des individus, comme l’illustre l’incident de Kherson. Selon les experts, ces drones sont souvent équipés d’explosifs légers, capables de causer des blessures graves, voire mortelles, tout en étant difficiles à intercepter.
Kiev a appelé à une intensification des sanctions contre Moscou et à un renforcement des mesures de protection des civils. Par ailleurs, les autorités ukrainiennes continuent de documenter les crimes de guerre présumés pour les soumettre à la Cour pénale internationale. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU pourrait être organisée dans les prochains jours pour aborder la question des drones et de leur usage dans le conflit.