Selon Franceinfo - Sciences, la guerre en Ukraine ne se limite plus aux drones aériens. Les robots terrestres, de plus en plus déployés, transforment les opérations militaires en réduisant l'exposition des soldats. Ces engins, initialement conçus pour des missions logistiques comme l'évacuation ou le ravitaillement, commencent à intégrer des fonctions de combat. Leur déploiement massif illustre une évolution majeure vers une guerre où les machines prennent une place centrale.
Ce qu'il faut retenir
- Les robots terrestres ukrainiens, souvent inspirés de quads ou de tracteurs modifiés, sont désormais utilisés pour des missions logistiques et de combat
- Ils permettent d'évacuer des civils et des soldats, comme Halyna Andriivna, 85 ans, transportée sur 10 km par un robot en mai 2026
- Leur coût, trois à quatre fois inférieur à celui des équivalents européens ou américains, en fait une solution économique malgré une durée de vie très courte (3 missions en moyenne)
- Certains robots sont équipés de mitrailleuses ou de systèmes autonomes, comme celui testé par Ukrainian Armor pour détruire des drones
- Mi-avril 2026, Volodymyr Zelensky a annoncé la prise d'une position russe uniquement grâce à des robots terrestres et des drones
Des engins rudimentaires mais indispensables sur le front
Ces robots ukrainiens, souvent comparables à des quads ou des tracteurs munis de chenilles ou de roues, sont conçus pour évoluer dans des environnements hostiles. Ils permettent d'acheminer du ravitaillement — munitions, nourriture, médicaments — ou d'évacuer des blessés sans exposer les soldats aux tirs ennemis. Leur gestion à distance, via satellite, offre une sécurité supplémentaire aux opérateurs, situés parfois à plusieurs dizaines de kilomètres du front.
Leur efficacité s'est illustrée lors de l'évacuation de Halyna Andriivna, une retraitée de 85 ans, évacuée mi-mai 2026 depuis sa maison près de Vovtchansk, dans la région de Kharkiv. « On m’a fait sortir sur une civière et puis dans une machine. J'étais allongée, ça secouait beaucoup ! » a-t-elle confié à Franceinfo - Sciences. Le sergent-chef Volodymyr Tchernenko, opérateur de la 57e brigade, a confirmé la précision nécessaire pour éviter les pièges du terrain : « À droite, il y avait une carcasse de pick-up qui avait brûlé et à gauche, c’était le vide. Le passage faisait pile la largeur du robot. Trop à gauche, et le robot tombait dans le vide avec la mamie... » Malgré ces contraintes, l'opération a réussi sur 10 kilomètres.
Une adaptation rapide à l'évolution technologique
Nazaré Maxime, ancien fantassin de l'infanterie, est aujourd'hui dédié exclusivement à la gestion des robots. Il explique la rapidité avec laquelle les unités ukrainiennes intègrent ces nouvelles technologies : « À la guerre, tout va très vite. Le mois dernier, on a fait 40 missions, et je ne parle que des missions réussies. Le monde entier est impressionné par ce qu’on fait. » Son témoignage reflète une réalité : l'armée ukrainienne mise sur ces robots pour compenser ses pertes humaines et ses ressources limitées.
La formation des soldats s'adapte en conséquence. Les unités testent régulièrement de nouveaux modèles, comme celui assemblé il y a deux jours dans le bataillon des Loups de Da Vinci. Les soldats vérifient la stabilité des caméras, la qualité de la liaison satellite et l'autonomie des batteries. Par exemple, un robot de 400 kg transportant un générateur a été testé sur une route de campagne, atteignant une vitesse de 5 à 6 km/h. Ces essais permettent d'ajuster les engins avant leur déploiement opérationnel.
Un coût maîtrisé, mais une durée de vie limitée
L'un des avantages majeurs de ces robots réside dans leur prix. Selon Vladyslav Balbas, dirigeant d'Ukrainian Armor, un constructeur de blindés devenu fabricant de robots, « les robots ukrainiens coûtent trois à quatre fois moins cher que leurs équivalents européens ou américains ». Il cite l'exemple d'un modèle allemand facturé 180 000 euros, incapable de tenir le front et tombant en panne après une première utilisation. « On l'a envoyé en réparation, ils l’ont réparé, mais maintenant ce sont les caméras et le GPS qui ne marchent pas. Donc travailler avec eux, c’est un peu compliqué. »
Malgré leur coût abordable, ces robots ont une durée de vie extrêmement courte. En moyenne, ils tiennent trois missions avant d'être détruits par les drones russes. Cette fragilité pousse les ingénieurs ukrainiens à innover en permanence, en testant des prototypes toujours plus résistants et autonomes.
Vers une automatisation croissante des champs de bataille ?
L'intégration de fonctions combattantes est en marche. Certains robots sont équipés de mitrailleuses télécommandées, tandis que d'autres sont utilisés pour poser des mines ou servir de kamikazes en se faisant exploser dans des sous-sols. Mais l'évolution la plus marquante réside dans le développement de systèmes entièrement autonomes. « On fait aussi des essais sur un véhicule terrestre sans pilote, équipé d’un système laser pour détruire des drones », précise Vladyslav Balbas. « On pourrait finir par déployer des systèmes entièrement autonomes, au plus près du front, sans aucune présence humaine. Ce serait un changement majeur pour préserver la vie des soldats. Tôt ou tard, on le verra sur le champ de bataille. »
Le dirigeant d'Ukrainian Armor n'hésite pas à évoquer un scénario digne de la science-fiction : « On va peut-être arriver, comme dans Terminator, avec des machines qui combattront d’autres machines ! » Si cette perspective reste hypothétique, elle illustre l'ampleur des transformations en cours. Mi-avril 2026, Volodymyr Zelensky a d'ailleurs annoncé la prise d'une position russe uniquement grâce à des robots terrestres et des drones, confirmant l'importance de ces technologies dans la stratégie ukrainienne.
L'utilisation croissante de robots terrestres en Ukraine marque une étape décisive dans la modernisation des conflits armés. Entre logistique, combat et autonomie, ces engins redéfinissent les règles de la guerre, au prix d'une exposition moindre des soldats — mais au risque de déshumaniser davantage les champs de bataille.
Les robots les plus répandus sont des véhicules ravitailleurs, souvent inspirés de quads ou de tracteurs modifiés, équipés de chenilles ou de roues. Parmi les modèles cités, on trouve le Rys Pro, une plateforme ukrainienne équipée d'une tourelle de mitrailleuse télécommandée, ainsi que des engins développés par Ukrainian Armor, comme ceux testés pour détruire des drones ou transporter du matériel.
Pour l'instant, la majorité des robots ukrainiens sont pilotés à distance par des opérateurs humains, via une liaison satellite. Cependant, des essais sont en cours pour développer des systèmes entièrement autonomes, capables de prendre des décisions sans intervention humaine, notamment pour des missions comme la destruction de drones ou la reconnaissance de zones.