Un responsable éditorial du média indépendant Addis Standard a été enlevé ce vendredi 15 avril 2026 à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, selon Courrier International. Million Beyene, en charge de la rédaction, a été « enlevé vers 10 h 40 par un groupe d’individus non identifiés en civil », comme l’a annoncé Jakenn Publishing Plc, propriétaire du média, sur son site. Les ravisseurs auraient prévenu leur victime qu’elle devait « être interrogée » avant de l’emmener dans un lieu inconnu.

Ce qu'il faut retenir

  • Million Beyene, responsable éditorial de l’Addis Standard, a été enlevé le 15 avril 2026 à Addis-Abeba par des hommes en civil.
  • Les ravisseurs, non identifiés, ont déclaré vouloir l’« interroger » avant de l’emmener dans un lieu tenu secret.
  • Les autorités éthiopiennes assurent ne pas détenir le journaliste et précisent que les ravisseurs n’appartiennent pas aux forces de l’ordre.
  • L’enlèvement s’inscrit dans une série de pressions contre l’Addis Standard, dont la licence a été révoquée en février 2026 pour « atteinte aux intérêts nationaux ».
  • Depuis 2021, le média subit des mesures administratives et sécuritaires répétées, comme des interdictions ou des saisies de matériel.

Les images de vidéosurveillance consultées par Jakenn Publishing Plc montrent que les individus agissaient de manière « délibérée et organisée », selon le groupe. L’un d’eux ouvrait la marche tandis que les autres suivaient Million Beyene de près alors qu’ils quittaient ensemble les locaux du média. Depuis l’enlèvement, les autorités éthiopiennes ont assuré que le journaliste n’était pas « sous leur garde » et que les ravisseurs ne faisaient pas partie des forces de l’ordre. Pour l’heure, aucune information n’a filtré sur le lieu où il pourrait se trouver.

Cet incident s’ajoute à une longue série de pressions contre l’Addis Standard, dont la licence a été révoquée fin février 2026 par les autorités éthiopiennes. Le motif invoqué était une prétendue « atteinte aux intérêts nationaux ». Comme le souligne Jakenn Publishing Plc, l’enlèvement de Million Beyene s’inscrit dans un contexte de « pressions sécuritaires et administratives répétées et de plus en plus fortes » exercées contre ce média indépendant.

« Cette mesure doit être comprise dans le contexte plus large de pression croissante exercée sur le journalisme indépendant en Éthiopie », a expliqué en mars 2026 Yonas Kedir, rédacteur en chef de l’Addis Standard, dans un entretien à Courrier International.

La révocation de la licence de l’Addis Standard intervient également dans un contexte que les observateurs internationaux qualifient de « répression croissante à l’encontre des médias indépendants ». En avril 2025, la police éthiopienne avait déjà effectué une descente dans ses locaux et au domicile d’un membre de son personnel, plaçant trois responsables en détention et saisissant du matériel. Ce média avait également subi une mesure d’interdiction en juillet 2021 avec le retrait de sa licence.

Le Comité de protection des journalistes (CPJ) a rappelé dans un communiqué que ces agissements s’inscrivaient dans une logique de durcissement contre la presse critique. En février 2026, des journalistes de l’agence Reuters avaient notamment vu leur accréditation retirée à l’issue d’une enquête. D’autres médias internationaux, comme l’Agence France-Presse et le média allemand Deutsche Welle, ont également été pris pour cible ces derniers mois.

« Il règne, dans l’Éthiopie dirigée par le Premier ministre Abiy Ahmed, une atmosphère intimidante où le journalisme critique est exposé à des sanctions administratives, plutôt que traité dans le cadre de procédures judiciaires transparentes », a souligné Yonas Kedir.

Pour Jakenn Publishing Plc, l’enlèvement de Million Beyene illustre une tendance inquiétante : celle d’une répression accrue contre les médias indépendants, souvent ciblés par des mesures administratives plutôt que par des procédures judiciaires classiques. Ce type de pratiques, dénoncé par plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse, pose question sur l’espace laissé à la critique dans le pays. Les autorités éthiopiennes n’ont pas encore réagi officiellement à cet enlèvement, si ce n’est pour écarter toute implication des forces de l’ordre.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des recherches menées par les autorités éthiopiennes pour localiser Million Beyene. Des organisations comme le CPJ ou Reporters sans frontières devraient multiplier les appels à sa libération et exiger des clarifications sur les conditions de son enlèvement. Une enquête indépendante sera probablement demandée pour déterminer l’identité des ravisseurs et leurs motivations. La communauté internationale, déjà mobilisée sur la question de la liberté de la presse en Éthiopie, pourrait également faire pression pour que les autorités garantissent la sécurité des journalistes du pays.

Reste à voir si cet incident entraînera un durcissement des mesures de protection pour les médias indépendants ou, au contraire, aggravera les pressions déjà exercées. La date de la prochaine session du Parlement éthiopien, prévue en juin 2026, pourrait être un moment clé pour évaluer l’évolution de la situation.

Cet enlèvement rappelle les risques encourus par les professionnels des médias dans un pays où la liberté de la presse est de plus en plus restreinte. En 2025, l’Éthiopie occupait la 135e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, un classement qui reflète une dégradation constante depuis plusieurs années.

Les autorités éthiopiennes ont justifié la révocation de la licence de l’Addis Standard par une prétendue « atteinte aux intérêts nationaux », sans préciser les éléments concrets à l’origine de cette décision. Cette mesure s’inscrit dans une série de pressions administratives et sécuritaires exercées contre le média depuis plusieurs années, selon Courrier International.