Alors que leur système de prévoyance unique en son genre doit disparaître à la fin de l’année, des centaines d’enseignants des établissements privés catholiques sous contrat ont défilé ce jeudi 28 mai devant le Panthéon à Paris. Avec un cercueil et un corbillard comme symboles, ils ont manifesté leur colère contre la décision de leurs financeurs de mettre fin à un dispositif jugé trop protecteur, selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- Le système de prévoyance en vigueur depuis 1978 couvre les enseignants du privé catholique en cas d’arrêt maladie, d’invalidité ou de décès, pour une cotisation mensuelle d’environ 10 euros.
- Les syndicats dénoncent une proposition de remplacement par une prévoyance facultative co-financée par l’État à 7 euros, mais bien moins avantageuse : maintien de salaire à 70 % contre 95 % actuellement.
- La cotisation pourrait atteindre 20 euros pour une couverture équivalente, voire 100 à 120 euros sans co-financement, selon les syndicats.
- Une pétition recueillant 20 000 signatures a été remise aux responsables du Secrétariat général de l’enseignement catholique lors de la manifestation.
- Les négociations entre les syndicats, le SGEC et les financeurs patinent, alors que le système actuel coûte 60 millions d’euros par an aux organismes gestionnaires.
Un dispositif historique menacé par des désaccords financiers
Depuis 1978, les enseignants des établissements privés catholiques sous contrat bénéficient d’un système de prévoyance négocié entre leurs syndicats, le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC) et les Organismes de gestion de l’enseignement catholique (Ogec). Ce dispositif, maintenu même après l’acquisition du statut d’agent public en 2005, offre une couverture très protectrice en cas de coup dur : arrêt maladie, invalidité ou décès. Pourtant, ce système doit s’éteindre d’ici la fin de l’année 2026, comme le rapporte BFM Business.
La tension monte depuis l’été 2024, lorsque le Collège des financeurs — regroupant la Fédération nationale des Ogec, celle de l’enseignement agricole privé et les organisations patronales — a estimé que ce contrat était trop coûteux. « Pendant vingt ans, ce système a fonctionné mais exclusivement aux frais du Collège des financeurs. La gestion paritaire n’a jamais été reconnue par l’État », a souligné la Fédération nationale des Ogec et les syndicats de chefs d’établissements du second degré, toujours selon BFM Business.
Une mobilisation intersyndicale rare pour défendre un avantage social unique
Ce jeudi 28 mai, les quatre syndicats représentatifs des enseignants du privé catholique — dont la Fep-CFDT, premier syndicat du secteur — ont organisé une manifestation d’ampleur à Paris. Partis de la rue Soufflot, ils ont défilé jusqu’au Panthéon, précédés d’un cercueil et d’un corbillard, symboles des risques couverts par leur prévoyance : maladie longue, invalidité, décès. Plusieurs centaines d’enseignants étaient présents, après des rassemblements dans plusieurs villes depuis mardi.
« Là, on est très en colère », a déclaré Valérie Ginet, secrétaire générale de la Fep-CFDT. « C’est rare qu’il y ait une mobilisation intersyndicale des enseignants privés sous contrat », a-t-elle ajouté. Selon ses estimations, 500 enseignants étaient prêts à défiler dès mercredi soir. La mobilisation, inédite par son ampleur et son unité syndicale, illustre l’attachement des professeurs à ce système, dont la cotisation mensuelle de 10 euros est considérée comme dérisoire au regard des garanties offertes.
Une réforme de la fonction publique qui change la donne
La disparition de ce système coïncide avec une réforme majeure de la fonction publique, issue d’une loi votée en 2024. Depuis mai 2026, les fonctionnaires et agents publics — dont les enseignants du public — bénéficient d’un système de protection sociale complémentaire (PSC) obligatoire, incluant une mutuelle collective co-financée par l’État employeur. Ce dispositif, inspiré des entreprises privées, marque une avancée significative pour les agents publics, qui n’avaient jusqu’alors aucun système de prévoyance collectif.
Cependant, les enseignants du privé catholique, bien que rémunérés par l’État, ne sont pas concernés par cette réforme. Pour eux, la proposition de remplacement est un recul : une prévoyance facultative co-financée à 7 euros par mois, mais avec un maintien de salaire à 70 % en cas d’invalidité ou d’arrêt longue maladie, contre 95 % actuellement. « Cela coûterait une vingtaine d’euros au lieu d’environ 10 euros aujourd’hui, pour une couverture des risques moins efficace », ont souligné les syndicats, toujours selon BFM Business.
« Le pouvoir d’achat des enseignants du privé va être réduit car si on veut avoir les mêmes garanties, il faudra monter à 100, voire 120 euros par mois en souscrivant une autre offre sans co-financement de l’État. »
— Valérie Ginet, secrétaire générale de la Fep-CFDT
Des négociations bloquées et une pétition de 20 000 signatures
Malgré les appels au dialogue, les négociations entre les syndicats, le SGEC et les financeurs peinent à aboutir. Jean-Louis Stalder, président du Syndicat professionnel de l’enseignement libre catholique (Spelc), a indiqué à BFM Business avoir obtenu une prolongation du système jusqu’au 31 décembre 2026, mais les discussions restent tendues. « Nous sommes autour de la table pour obtenir un accord qui soit le plus proche possible de ce que nous avions », a-t-il précisé.
Côté financeurs, la Fédération nationale des Ogec a renvoyé les enseignants vers la prévoyance facultative proposée par la MGEN, mise en place par le ministère. Un choix que les syndicats contestent : « Ce contrat n’a pas été négocié avec les organisations syndicales des établissements privés catholiques. Il n’a été signé que par le ministère et les syndicats du secteur public », a dénoncé Jean-Louis Stalder.
Reste à voir si l’État, en tant qu’employeur, interviendra pour trouver une solution. Les prochaines semaines seront décisives pour les 100 000 enseignants du privé sous contrat, dont les droits sociaux pourraient être profondément remaniés.
La mutuelle prend en charge les frais de santé non couverts par la Sécurité sociale, comme les lunettes ou les soins dentaires, tandis que la prévoyance couvre les pertes de revenus en cas d’arrêt maladie, d’invalidité ou de décès, en versant un complément de salaire ou un capital. Contrairement à la mutuelle, la prévoyance n’est pas obligatoire pour les agents publics, sauf dans le cadre de la réforme récente.
Les enseignants du privé sous contrat relèvent d’un statut particulier : bien que payés par l’État, ils sont employés par des organismes privés (Ogec). Leur prévoyance, négociée depuis 1978, est donc un avantage négocié entre les syndicats, le SGEC et les Ogec. Les enseignants du public, eux, n’ont jamais eu de système collectif jusqu’à la réforme de 2024, qui impose désormais une mutuelle obligatoire — mais pas une prévoyance collective.