Selon BFM Business, les Français restent très réticents à l’idée d’investir leur épargne dans le financement de la défense nationale, malgré un contexte géopolitique de plus en plus dégradé et les efforts de l’État pour les y inciter. Un dernier baromètre de l’épargne, réalisé par l’Ifop pour Altaprofits, révèle que seulement 30 % des sondés se disent prêts à placer leurs économies dans des produits dédiés à ce secteur.

Ce qu'il faut retenir

  • 30 % des Français se déclarent prêts à investir dans des fonds « défense », un chiffre stable depuis un an malgré la dégradation du contexte géopolitique.
  • Parmi les 70 % de réfractaires, 44 % invoquent des raisons « politiques, éthiques ou morales », dont 24 % estiment que le financement de la défense doit relever exclusivement de l’État.
  • Les hommes (39 % de parts) et les diplômés du supérieur (36 %) sont plus enclins à investir que les femmes (22 %) ou les seniors de plus de 65 ans (25 %).
  • Le fonds « défense » lancé par Bpifrance en octobre 2025 a déjà levé 70 millions d’euros, avec un objectif de 450 millions.
  • Les ETF et fonds traditionnels dédiés à la souveraineté rencontrent davantage de succès que ceux strictement axés sur la défense.

Les résultats de cette enquête, menée par l’Ifop pour Altaprofits du 30 mars au 8 avril 2026 auprès de 2 412 personnes représentatives de la population française, confirment une tendance de fond : les Français préfèrent laisser à l’État la responsabilité du financement de la défense. Malgré les appels répétés des pouvoirs publics et une actualité internationale marquée par des tensions persistantes au Moyen-Orient, l’adhésion aux placements dédiés reste faible et stable.

Catherine Baudeneau, directrice Marketing Offre et Communication d’Altaprofits, analyse cette situation : « Les 30 % de Français prêts à investir dans le secteur de la défense restent stables depuis un an, malgré un contexte géopolitique hautement dégradé. Cette stabilité montre que les réticences ne relèvent pas uniquement d’un manque d’information, mais aussi de convictions personnelles et de considérations éthiques profondément ancrées. »

Qui sont les plus favorables à cet investissement ?

L’étude révèle des disparités marquées selon les profils démographiques. Les hommes affichent une plus grande ouverture que les femmes : 39 % des hommes interrogés se disent prêts à investir, contre seulement 22 % des femmes. Côté âge, les moins de 35 ans sont légèrement plus enclins à sauter le pas (31 %) que les 65 ans et plus (25 %).

Le niveau d’études joue également un rôle important. Les diplômés du supérieur sont 36 % à envisager cet investissement, contre 24 % des personnes sans diplôme ou titulaires d’un CAP/BEP. Géographiquement, c’est dans les Pays de la Loire (34 %) que l’idée est la plus populaire, suivis de près par la Bretagne et l’Île-de-France (33 % chacune).

À l’inverse, les catégories socio-professionnelles les plus modestes et les retraités affichent les taux d’adhésion les plus bas. Ces écarts illustrent des sensibilités différentes face à la question du financement de la défense, mêlant considérations financières et convictions personnelles.

Quelles sont les raisons de ce rejet massif ?

Les opposants à ce type d’investissement avancent principalement des arguments de nature politique, éthique ou morale. Ainsi, 44 % des réfractaires invoquent des raisons de cet ordre : 24 % estiment que « le financement de la défense doit uniquement relever de l’État et des impôts », 15 % jugent que cela va « à l’encontre de leurs principes éthiques », et 5 % considèrent que ce financement « n’est pas compatible avec une politique ESG » (environnementale, sociale et de gouvernance).

Pour autant, les raisons économiques et financières ne sont pas absentes. 40 % des sondés réfractaires citent des motifs liés au risque, au rendement ou à leur situation personnelle. Parmi eux, 18 % craignent des placements trop risqués, 12 % estiment que ces fonds ne correspondent pas à leurs besoins d’épargne, 6 % jugent le rendement insuffisant, et 4 % déclarent ne pas avoir les moyens d’investir dans ces produits. Autant dire que, pour une majorité, la question n’est pas tant celle de la connaissance des dispositifs que celle de leur acceptabilité.

Les dispositifs incitatifs peinent à convaincre

Pour tenter de faire évoluer les mentalités, l’État a mis en place plusieurs mesures, dont le lancement en octobre 2025 du fonds « défense » par Bpifrance. Ce fonds, accessible dès 500 euros et jusqu’à 500 000 euros, permet aux particuliers d’investir dans un portefeuille diversifié de plus de 500 entreprises françaises (70 %) et européennes du secteur de la défense et des technologies associées. Son objectif de rendement annuel est fixé à 5 %.

Selon les dernières données communiquées début avril 2026 par Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, le fonds a déjà levé 70 millions d’euros, avec une collecte qui « monte assez vite, de quelques millions d’euros par jour ». L’objectif final est d’atteindre 450 millions d’euros. Pourtant, malgré cet élan, les fonds traditionnels axés sur la souveraineté — et non exclusivement sur la défense — séduisent davantage les épargnants.

Catherine Baudeneau explique ce succès relatif : « Il y a eu d’autres fonds lancés, des fonds communs de placement plus traditionnels, sans contrainte de blocage et potentiellement sur des grandes entreprises, pas forcément non cotées. Ces fonds sont souvent sur une thématique plus large de souveraineté, moins angoissante que la thématique ‘défense’, et rencontrent un vrai succès. »

Altaprofits, comme d’autres acteurs du secteur, estime que les incitations financières ne suffisent pas à lever les freins psychologiques et moraux. « Pour flécher l’épargne des Français vers un secteur spécifique, une incitation est toujours un facilitateur », souligne Catherine Baudeneau, « tout particulièrement s’il s’agit d’investir dans le non coté, secteur encore méconnu et perçu comme risqué. »

Et maintenant ?

La collecte du fonds « défense » de Bpifrance devrait s’accélérer dans les prochains mois, avec un objectif de 450 millions d’euros à atteindre d’ici la fin de l’année 2026. Les pouvoirs publics pourraient renforcer leurs campagnes d’information, mais le défi reste de convaincre les épargnants sur le bien-fondé moral et stratégique de tels investissements. Reste à voir si l’évolution du contexte géopolitique — ou une amélioration des rendements offerts — parviendra à faire bouger les lignes.

Quoi qu’il en soit, cette réticence persistante souligne un paradoxe : alors que les dépenses militaires françaises ne cessent d’augmenter sous l’effet des tensions internationales, l’épargne des ménages — qui pourrait contribuer à financer ce secteur — reste majoritairement à l’écart de cette dynamique. Une situation qui interroge sur l’avenir de la politique d’incitation publique et sur la capacité des Français à concilier intérêts économiques et convictions personnelles.

Le fonds « défense » de Bpifrance est accessible aux particuliers à partir de 500 euros, avec un plafond fixé à 500 000 euros. Il permet d’investir dans un portefeuille diversifié de plus de 500 entreprises françaises et européennes du secteur de la défense et des technologies associées. Aucune condition de résidence fiscale ou de nationalité n’est mentionnée dans les informations disponibles.

Oui, selon Catherine Baudeneau d’Altaprofits, les fonds communs de placement traditionnels dédiés à la souveraineté — et non exclusivement à la défense — rencontrent « un vrai succès ». Ces fonds, moins ciblés et moins angoissants pour les épargnants, bénéficient d’une meilleure acceptation, notamment car ils incluent des entreprises de taille plus importante et cotées en bourse.