L’ancien international français Eric Cantona, invité cette semaine de l’émission Le Monde d’Élodie sur Franceinfo, a livré une analyse sur les origines des grands footballeurs tricolores. Selon lui, « les plus grands footballeurs de l’histoire du football français viennent tous de différentes vagues d’immigration », une affirmation qui s’appuie sur des parcours emblématiques comme ceux de Zidane, Thuram ou encore Platini.

Ce qu'il faut retenir

  • Eric Cantona évoque l’origine immigrée des plus grands footballeurs français comme un trait marquant de l’histoire du football tricolore.
  • Il cite des exemples concrets, dont son grand-père maternel, réfugié espagnol ayant fui la guerre civile en 1939.
  • Cantona a évoqué ce sujet dans le cadre de la promotion de son premier album, Perfect Imperfection, et d’un documentaire sur la Retirada.
  • Il a souligné l’importance du football comme sport populaire et vecteur d’intégration, souvent pratiqué dans les quartiers modestes.

Le football français, miroir des vagues d’immigration

Interrogé sur les racines du football français, Eric Cantona a rappelé que ce sport, « populaire et accessible », a souvent été un ascenseur social pour les enfants d’immigrés. « Quand on n’a pas de ballon, on le fabrique avec une paire de chaussettes et du scotch », a-t-il illustré, soulignant ainsi la débrouillardise liée à des conditions de vie parfois difficiles. Pour lui, ce sport incarne une société où « chacun peut réussir, peu importe ses origines ».

L’ancien joueur de Manchester United a pris pour exemple des figures majeures du football français, comme Michel Platini, d’origine italienne, ou encore Lilian Thuram, dont les parents étaient originaires de Guadeloupe. « Ces parcours montrent que la France a construit son football grâce à des talents issus de l’immigration », a-t-il déclaré, ajoutant que « le football est un exemple pour la société ».

Un documentaire sur la Retirada et les racines familiales

Cantona a également évoqué un documentaire en préparation sur la Retirada, l’exode massif de républicains espagnols en février 1939. Son grand-père maternel, réfugié après la guerre civile espagnole, lui a transmis des récits marquants. « Il nous racontait comment ils ont traversé les Pyrénées à pied, avec 300 000 personnes pour 15 000 places prévues dans les camps », a-t-il précisé.

Il a décrit les conditions de vie dans les camps de réfugiés, comme celui d’Argelès-sur-Mer, où des milliers de personnes ont vécu « deux ans sur le sable, sans pouvoir voir la plage ». Ces histoires familiales ont façonné sa vision du monde et son attachement à la mémoire des migrations. « Mes grands-parents venaient d’un village à 15 km de Barcelone. Pendant 25 ans, ils n’ont pas pu y retourner », a-t-il rappelé.

Une enfance marseillaise marquée par la culture et le sport

Né à Marseille, Cantona a grandi dans un milieu où « les convictions et les engagements comptaient autant que le sport ». Il a passé son enfance entre les immeubles et les terrains improvisés, où le football était bien plus qu’un simple jeu. « J’ai adoré ces moments intenses, dans le football comme à l’école », a-t-il confié, évoquant aussi l’influence de son père, peintre, qui lui a transmis un sens aigu de la créativité.

Il a décrit des souvenirs liés aux odeurs — térébenthine pour son père, résine des pins ou cuisine familiale — et aux musiques, comme l’opéra que son père écoutait en silence. « Ces moments ont façonné ma vision du monde. La pire des choses, c’est quand il ne se passe rien », a-t-il lancé, soulignant l’importance de l’intensité dans les expériences humaines.

Et maintenant ?

Le documentaire sur la Retirada, évoqué par Cantona, pourrait être diffusé dans les prochains mois, selon Franceinfo. Par ailleurs, son album Perfect Imperfection, annoncé comme un projet artistique ambitieux, devrait sortir officiellement dans les semaines à venir. Reste à voir si ces initiatives contribueront à alimenter le débat sur l’immigration et le sport en France, un sujet que Cantona aborde avec une sensibilité particulière.

Un héritage culturel et sportif

Au-delà du football, Cantona a mis en avant l’importance des récits familiaux dans la construction identitaire. Son grand-père, réfugié espagnol, lui a légué une mémoire collective forte, qu’il a souhaité transmettre à travers son travail. « Ces histoires ne s’effacent pas. Elles font partie de qui nous sommes », a-t-il insisté.

L’ancien joueur, aujourd’hui artiste et chanteur, a également souligné le rôle du football comme ciment social. « Dans les quartiers, on joue avec ce qu’on a. Un ballon en chaussettes et du scotch, c’est déjà une victoire », a-t-il résumé, avant d’ajouter que « ces petits riens ont construit de grandes histoires ».

Pour Cantona, le football français reste ainsi le reflet d’une France plurielle, où chaque génération apporte sa pierre à l’édifice. Une vision qui dépasse le sport pour toucher à l’essence même du vivre-ensemble.

Le documentaire en préparation, évoqué par Eric Cantona, retrace l’exode des républicains espagnols en 1939 et montre comment ces migrations ont influencé la société française, y compris dans le domaine du sport. Cantona y voit un parallèle avec les parcours des footballeurs français issus de l’immigration, comme lui ou Zinédine Zidane.