Le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, a réaffirmé ce mercredi 8 juillet 2026 devant la commission de la Défense du Sénat son opposition à une coopération européenne élargie pour le futur avion de combat, plaidant pour un leadership français autour d’une version modernisée du Rafale. « Le leadership d’un avion de combat européen du futur doit être en France », a-t-il déclaré, assumant sans détour l’échec du programme Système de combat aérien du futur (Scaf), dont il a rappelé les difficultés, tout en critiquant ouvertement la rupture avec Airbus, rapporte Libération.
Ce qu'il faut retenir
- Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a été auditionné par la commission de la Défense du Sénat ce 8 juillet 2026.
- Il a défendu un leadership français exclusif pour le futur avion de combat européen, rejetant une coopération élargie avec Airbus.
- Trappier a assumé l’échec du programme Scaf, un projet européen complexe lancé pour développer un avion de sixième génération.
- Il a prôné la création d’un « super Rafale » sous pavillon tricolore, plutôt qu’un nouvel appareil issu d’une collaboration internationale.
- L’audition s’est tenue dans un contexte de tensions croissantes entre Dassault et ses partenaires européens, notamment Airbus.
Un leadership français pour l’avenir de la défense aérienne
Lors de son audition devant les sénateurs, Eric Trappier n’a pas caché son scepticisme quant à la capacité des Européens à mener à bien un projet aussi ambitieux que le Scaf. «
Le leadership d’un avion de combat européen du futur doit être en France», a-t-il martelé, soulignant que la complexité du programme avait finalement conduit à une impasse. Pour lui, une solution alternative réside dans le développement d’une version modernisée du Rafale, capable de rivaliser avec les appareils de dernière génération américains ou chinois. Selon Trappier, cette approche permettrait à la France de conserver une autonomie stratégique dans le domaine de la défense, sans dépendre des compromis souvent nécessaires dans les coopérations internationales.
Le PDG de Dassault a également pointé du doigt les désaccords persistants avec Airbus, partenaire historique du groupe dans plusieurs projets aéronautiques. «
La rupture avec Airbus est une réalité que nous assumons», a-t-il confirmé, sans pour autant exclure une future collaboration sur d’autres segments. Pour autant, Trappier a clairement indiqué que Dassault entendait prendre les rênes du futur avion de combat européen, quitte à marginaliser les autres acteurs du secteur.
Le Scaf, un projet abandonné ou simplement redéfini ?
Eric Trappier a reconnu l’échec du Scaf, un programme lancé en 2017 pour développer un avion de combat de nouvelle génération, censé remplacer les Rafale et les Eurofighter à l’horizon 2030-2040. Les divergences entre la France, l’Allemagne et l’Espagne sur les spécifications techniques, les coûts et les calendriers ont fini par avoir raison du projet. Selon Libération, les tensions étaient telles que Dassault avait déjà commencé à travailler en interne sur des alternatives, dont le « super Rafale », une option désormais présentée comme la voie à suivre. «
Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une décennie à cause de désaccords industriels», a expliqué Trappier, insistant sur la nécessité d’agir rapidement pour ne pas se laisser distancer par les États-Unis ou la Chine.
Le Scaf devait initialement aboutir à un démonstrateur vers 2025, mais les retards accumulés et les désaccords politiques ont conduit à une refonte complète du projet. Certains observateurs estiment désormais que le programme pourrait être relancé sous une forme réduite, centrée uniquement sur des technologies clés plutôt que sur un avion complet. Dassault, de son côté, mise sur une solution 100 % française, quitte à sacrifier l’ambition européenne initiale.
Une question reste en suspens : un avion de combat purement français sera-t-il suffisant pour répondre aux enjeux de souveraineté et de compétitivité face à la concurrence américaine et asiatique ? La réponse dépendra largement des arbitrages politiques des prochains mois, alors que Paris doit également concilier ses ambitions industrielles avec ses engagements au sein de l’OTAN.
Le Système de combat aérien du futur (Scaf) était un projet européen lancé en 2017 pour développer un avion de combat de sixième génération, destiné à remplacer les Rafale et les Eurofighter. Le programme a échoué en raison de divergences majeures entre la France, l’Allemagne et l’Espagne sur les spécifications techniques, les coûts et les calendriers. Ces désaccords ont conduit à une impasse, poussant Dassault à proposer une alternative nationale.