Avec 33,8 millions de porcs dénombrés en 2025, l’Espagne est le premier pays européen en termes de cheptel porcin et le quatrième producteur mondial. Pourtant, ce secteur économique clé, en croissance quasi constante depuis les années 1980, fait face à une menace sanitaire majeure : la peste porcine africaine. Selon Courrier International, qui s’appuie sur les données du quotidien espagnol El País, la détection récente de foyers chez des sangliers dans la région de Barcelone a ravivé les craintes d’une épizootie dévastatrice pour une industrie qui représente une part majeure de l’agriculture nationale.

Ce qu’il faut retenir

  • 33,8 millions de porcs en Espagne en 2025, soit le plus important cheptel d’Europe.
  • Un nouveau cas de peste porcine africaine détecté en mars 2026 chez des sangliers en Catalogne, malgré l’absence de contamination dans les élevages voisins.
  • 13 pays européens touchés par la peste porcine africaine, dont l’Espagne, indemne depuis plus de trente ans avant ces récents cas.
  • L’Espagne est le premier consommateur mondial de porc (56,2 kg par personne et par an), devant la Croatie.
  • La Chine, premier producteur mondial de porc, est le principal importateur de viande porcine espagnole.

Un secteur économique vital sous pression

L’Espagne n’est pas seulement le premier pays européen en nombre de porcs, c’est aussi celui qui en consomme le plus, avec une moyenne de 56,2 kg par habitant et par an. Ce chiffre place le pays devant la Croatie, seul autre État à dépasser les 50 kg par personne. El País souligne que la filière porcine espagnole, en expansion continue depuis près de quarante ans, pèse lourd dans l’économie nationale. Elle génère des milliers d’emplois et alimente un commerce extérieur dynamique, notamment avec la Chine, premier acheteur mondial de viande porcine.

Cependant, l’arrivée de la peste porcine africaine dans le pays – un virus qui avait disparu depuis plus de trente ans – pourrait bouleverser cet équilibre. Selon les données citées par Courrier International, 13 pays européens sont désormais touchés par cette épizootie, qui a déjà causé des pertes considérables ailleurs sur le continent. L’Allemagne a ainsi perdu 43 % de son cheptel porcin depuis 1987, tandis que la Pologne et la Roumanie enregistrent un déclin similaire.

Des précédents historiques qui alimentent l’inquiétude

Les exemples européens récents rappellent les risques encourus. En Italie, malgré l’épidémie déclarée en avril 2022 dans le nord du pays, la production porcine a été maintenue, mais au prix d’un dispositif sanitaire strict et coûteux. L’Espagne, qui n’avait plus connu de cas depuis des décennies, redoute désormais une propagation rapide, d’autant que le virus circule déjà chez les sangliers dans plusieurs régions.

En mars 2026, un nouveau cas a été détecté en milieu naturel, en Catalogne, sans contamination avérée dans les élevages voisins pour l’instant. Pourtant, le secteur reste en alerte maximale. El País rappelle que les épizooties ne se contentent pas de réduire les cheptels : elles perturbent les chaînes d’approvisionnement, fragilisent les exportations et peuvent entraîner des restrictions commerciales. Autant dire que l’enjeu est autant économique que sanitaire.

Une réponse sanitaire d’urgence

Face à cette menace, les autorités espagnoles ont mis en place un dispositif spécial pour tenter d’endiguer la propagation. Les mesures incluent des contrôles renforcés dans les zones à risque, des restrictions de mouvement pour les animaux et des campagnes de sensibilisation auprès des éleveurs. Pourtant, comme le note El País, le défi reste de taille : les sangliers, réservoirs naturels du virus, sont difficiles à maîtriser, surtout dans des régions comme la Catalogne, où les espaces boisés et les parcs naturels sont étendus.

Les éleveurs, déjà fragilisés par les fluctuations des prix et les coûts de production, redoutent une crise comparable à celle vécue par d’autres pays européens. En Allemagne, par exemple, la peste porcine africaine a non seulement décimé les troupeaux, mais aussi fragilisé des milliers d’emplois dans les abattoirs et les industries annexes. En Espagne, où la filière emploie directement plus de 200 000 personnes, l’impact pourrait être encore plus lourd.

Un marché mondialisé vulnérable

La Chine, premier producteur et consommateur mondial de porc, joue un rôle clé dans l’équilibre du marché. Le pays, qui a connu des crises majeures dans ses propres élevages ces dernières années, reste dépendant des importations, notamment en provenance d’Europe. L’Espagne, qui exporte une part importante de sa production vers l’Asie, pourrait voir ses débouchés menacés en cas de propagation de la maladie.

Pourtant, tous les pays européens ne sont pas logés à la même enseigne. Si certains, comme l’Italie, ont su maintenir leur production malgré les épidémies, d’autres, comme la Roumanie ou la Hongrie, peinent à se relever. L’Espagne, qui mise sur la qualité et la traçabilité de sa viande porcine, pourrait tirer son épingle du jeu si elle parvient à contenir la crise. Mais le temps presse.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour l’Espagne. Les autorités sanitaires devraient renforcer les contrôles dans les zones à risque et publier de nouvelles directives pour les éleveurs. Une décision de l’Union européenne sur les restrictions commerciales pourrait aussi intervenir d’ici la fin du printemps, si la situation s’aggrave. Enfin, les marchés internationaux, notamment chinois, surveilleront de près l’évolution de la situation en Espagne, un acteur clé pour leurs approvisionnements.

Reste à savoir si les mesures en place suffiront à éviter une propagation généralisée. Une chose est sûre : dans un secteur aussi stratégique que celui du porc en Espagne, chaque jour compte.

Contexte supplémentaire : El País, quotidien généraliste espagnol fondé en 1976, est le plus lu en Espagne. De centre gauche, il appartient au groupe Prisa, présidé par l’homme d’affaires français Joseph Oughourlian depuis février 2021. Le journal dispose d’éditions spécifiques pour l’Amérique latine et le Mexique.

Une épidémie généralisée pourrait entraîner la destruction de milliers de têtes de bétail, une baisse des exportations – notamment vers la Chine –, et des pertes financières estimées à plusieurs centaines de millions d’euros pour le secteur. Les éleveurs subiraient aussi une hausse des coûts liés aux mesures sanitaires et aux restrictions commerciales.

Non, la peste porcine africaine ne présente aucun risque pour la santé humaine. Elle touche exclusivement les porcs domestiques et sauvages, mais ses conséquences économiques peuvent être désastreuses pour les filières animales.