Les tensions entre les autorités espagnoles et les opérateurs privés de transport, qu’ils soient ferroviaires ou aériens, viennent de franchir un nouveau cap. Oscar Puente, ministre espagnol des Transports, s’en prend ouvertement à Ouigo, filiale low-cost de la SNCF, et à Ryanair, leur reprochant des pratiques jugées déloyales et une exploitation abusive des infrastructures publiques. Selon nos confrères de BFM Business, le responsable politique a une nouvelle fois pris à partie ces acteurs, accusant Ouigo de « parasiter » les actifs de la compagnie nationale Renfe, tandis qu’il a traité Michael O’Leary, patron de Ryanair, de « ministre raté ».

Ce qu'il faut retenir

  • Ouigo, filiale low-cost de la SNCF, détient 20 % du marché ferroviaire espagnol en seulement cinq ans, selon les dernières estimations disponibles.
  • Le ministre espagnol accuse Ouigo d’utiliser 30 % de capacité supplémentaire dans les ateliers de maintenance de la Renfe, sans autorisation préalable pour des opérations lourdes.
  • La CNMC, autorité espagnole de la concurrence, a confirmé que la Renfe devait ouvrir ses ateliers à Ouigo et à Iryo, provoquant la colère du ministre, qui qualifie cette décision « d’inacceptable ».
  • Ouigo Espagne affirme respecter la législation européenne et les contrats établis avec Renfe Ingeniería y Mantenimiento, moyennant une contrepartie financière.
  • Ryanair est également dans le viseur du ministre, accusé de réduire ses vols dans certains aéroports espagnols en raison, selon Puente, de difficultés à obtenir des avions neufs.
  • Le patron de Ryanair, Michael O’Leary, a rétorqué en traitant le ministre de « ministre raté » et en lui envoyant un exemplaire de l’ouvrage « Basic Maths for Dummies ».

Ouigo sous le feu des critiques du gouvernement espagnol

Depuis son arrivée sur le marché espagnol en 2020, Ouigo a rapidement conquis 20 % du marché ferroviaire, une performance qui s’accompagne de vives critiques de la part du gouvernement. Oscar Puente reproche à l’opérateur low-cost de profiter des infrastructures de maintenance de la Renfe, l’opérateur historique, sans contrepartie équitable. En 2025, Renfe accusait Ouigo d’utiliser 30 % de capacité supplémentaire dans ses ateliers, notamment pour des opérations non autorisées et sans préavis. Ces allégations ont été transmises à la CNMC, l’autorité espagnole de la concurrence, qui a tranché en faveur de l’ouverture des ateliers à Ouigo et à Iryo, l’autre opérateur privé en Espagne.

Face à cette décision, Oscar Puente a réagi avec virulence. Dans un entretien accordé à Europa Press, il a qualifié la situation « d’inacceptable », estimant que cette ouverture permet à la concurrence de « parasiter » l’infrastructure industrielle construite par la Renfe. « Inacceptable », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « Disposez-vous de l’infrastructure nécessaire pour entretenir vos trains en Espagne ? Si ce n’est pas le cas, deux options s’offrent à vous : investir et développer votre propre infrastructure, ou rapatrier les trains en Espagne pour la maintenance. »

« La Renfe investit massivement dans le secteur ferroviaire, en se concentrant sur ses propres infrastructures et trains, et non sur la maintenance de ceux de ses concurrents. » — Oscar Puente, ministre espagnol des Transports

Selon le ministre, la Renfe va contester cette décision en justice, tout en dénonçant les conséquences de l’ouverture à la concurrence sur le marché ferroviaire espagnol. « Nous sommes passés d’une seule entreprise gagnant 150 millions d’euros par an à trois entreprises perdant 230 millions d’euros », a-t-il souligné, précisant que l’argent autrefois généré par la Renfe servait à financer les services publics déficitaires, un rôle désormais assuré par les impôts.

Ouigo dans le rouge pendant quatre ans avant d’atteindre l’équilibre

Les difficultés financières d’Ouigo en Espagne ont également été pointées du doigt par le ministre. L’opérateur low-cost n’a atteint l’équilibre qu’en 2025, après quatre années de pertes cumulées s’élevant à 150 millions d’euros, dont 40,5 millions en 2024. Une situation que Puente attribue aux prix trop bas pratiqués par Ouigo, qualifiés de « déloyaux » et ne permettant pas une viabilité économique saine. Pour le ministre, ces pratiques menacent la pérennité du secteur ferroviaire espagnol, traditionnellement dominé par un opérateur public.

Du côté d’Ouigo, on se défend en affirmant que la maintenance des trains est réalisée « dans le respect de la législation européenne et des conditions contractuelles » établies avec Renfe Ingeniería y Mantenimiento. L’opérateur souligne avoir payé une contrepartie financière pour l’utilisation des ateliers, conformément aux règles en vigueur. Malgré ces arguments, le gouvernement espagnol reste ferme : pour Puente, Ouigo doit soit développer ses propres infrastructures de maintenance, soit rapatrier ses trains en Espagne pour les entretenir.

Ryanair dans le collimateur pour sa réduction de vols en Espagne

Le conflit entre Oscar Puente et les opérateurs privés ne se limite pas au rail. Le ministre s’en prend également à Ryanair, qu’il accuse de réduire ses vols dans plusieurs aéroports régionaux espagnols depuis 2025. Selon Puente, cette décision serait liée à des difficultés logistiques, notamment l’obtention d’avions neufs. Une analyse que Michael O’Leary, PDG de Ryanair, conteste fermement, qualifiant le ministre de « ministre raté » dans une réponse cinglante sur le réseau social X (ex-Twitter).

O’Leary a même envoyé un exemplaire de l’ouvrage « Basic Maths for Dummies » à Oscar Puente, en guise de réponse aux critiques du ministre. Ce dernier n’a pas tardé à répliquer, accusant Ryanair de « déguiser la réalité » et de profiter d’un marché espagnol trop accommodant. « Si nos règles ne vous plaisent pas, allez voler ailleurs », a-t-il lancé, avant d’ajouter que les redevances aéroportuaires espagnoles étaient « suffisamment basses pour qu’une seule personne de Ryanair ait empoché 100 millions d’euros l’an dernier », une référence au nouveau plan de rémunération du patron de la compagnie aérienne.

« Si nos règles ne vous plaisent pas, allez voler ailleurs. » — Oscar Puente, ministre espagnol des Transports

Libéralisation du rail européen : un bilan controversé pour le gouvernement espagnol

Derrière cette polémique se pose une question plus large : celle de la libéralisation du rail en Europe, imposée par l’Union européenne à chaque État membre. Pour Oscar Puente, les avantages annoncés — baisse des prix et amélioration du service — sont largement contrebalancés par les déséquilibres économiques. « La libéralisation présente deux avantages indéniables : la baisse des prix et l’amélioration du service, mais au-delà, ce ne sont que des problèmes », a-t-il expliqué à BFM Business.

Selon lui, le passage d’un monopole public générant 150 millions d’euros de bénéfices annuels à trois opérateurs en concurrence, tous déficitaires, a fragilisé le financement des services publics ferroviaires. « Auparavant, cette réserve financière permettait de financer les services publics déficitaires. Maintenant, cet argent provient directement des impôts », a-t-il précisé. Une analyse qui interroge sur l’équilibre entre concurrence et préservation des services publics dans un secteur aussi stratégique que le transport.

Et maintenant ?

La bataille juridique entre la Renfe et la CNMC pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire années. Oscar Puente a annoncé que l’opérateur historique allait contester en justice la décision d’ouvrir ses ateliers à Ouigo et Iryo, une procédure qui pourrait retarder ou modifier l’application de cette mesure. Côté Ryanair, la guerre des mots entre Michael O’Leary et le ministre espagnol pourrait se poursuivre, tandis que les autorités aéroportuaires pourraient être amenées à réévaluer leurs redevances pour éviter d’autres réductions de vols. Enfin, la Commission européenne pourrait être saisie pour arbitrer le conflit sur la libéralisation du rail, un dossier qui divise les États membres.

Une chose est sûre : le secteur des transports en Espagne, déjà marqué par des tensions structurelles, va devoir trouver un équilibre entre ouverture à la concurrence et préservation des intérêts nationaux. Pour les usagers, la question reste entière : ces querelles politiques et industrielles se traduiront-elles par une amélioration des services ou, au contraire, par une dégradation de l’offre et une hausse des coûts ?

Oscar Puente reproche à Ouigo d’utiliser les ateliers de maintenance de la Renfe au-delà des capacités autorisées et sans préavis pour des opérations lourdes, tout en ne payant qu’une contrepartie financière jugée insuffisante. Il estime que cela permet à Ouigo de profiter des investissements publics sans assumer les coûts réels de maintenance.

Selon le ministre, le passage d’un monopole public (Renfe) à trois opérateurs en concurrence a transformé des bénéfices annuels de 150 millions d’euros en pertes cumulées de 230 millions d’euros pour l’ensemble des acteurs. Les services publics déficitaires, autrefois financés par ces bénéfices, doivent désormais l’être par les impôts.