Alors que les vagues de chaleur s’intensifient en Europe, l’Espagne a déployé l’un des réseaux de refuges climatiques les plus avancés au monde. Selon Euronews FR, le gouvernement espagnol mise sur des bâtiments publics climatisés pour protéger les populations les plus vulnérables, alors que les décès liés aux températures extrêmes atteignent des records. Un modèle que l’Europe commence à observer, mais qui tarde encore à se généraliser.
Ce qu'il faut retenir
- 150 000 décès liés à la chaleur enregistrés en Espagne en 2025, dont plus de 10 000 en l’absence d’alerte canicule.
- Barcelone compte déjà 400 refuges climatiques dans des bibliothèques, musées et centres commerciaux, climatisés et équipés d’eau gratuite.
- En 2024, l’Europe a recensé 62 000 décès attribuables aux températures extrêmes, selon le rapport Lancet Countdown Europe.
- Les pays du Sud (Italie, Grèce, France) et de l’Est (Roumanie, Bulgarie) sont les plus exposés, mais la mortalité progresse aussi en Europe centrale.
- Les refuges climatiques, initialement conçus comme des solutions d’urgence, pourraient devenir des espaces urbains permanents et multifonctionnels.
L’Espagne a franchi une étape majeure dans l’adaptation aux canicules en 2025. Selon Euronews FR, le Premier ministre Pedro Sánchez a annoncé la transformation de bâtiments publics en refuges climatiques, une initiative renforcée après l’été record de l’an dernier. Une vague de chaleur de 16 jours, avec des pics à 45 °C, avait alors frappé le pays, faisant plus de 150 000 morts – le deuxième bilan annuel le plus lourd jamais enregistré. Les autorités espagnoles ont réagi sous la pression des citoyens, après le décès de Montse Aguilar, une agente municipale de 51 ans qui s’est effondrée en plein service par 35 °C, alors que Barcelone était en alerte maximale.
Ces refuges, ouverts gratuitement à tous, ciblent en priorité les populations vulnérables : personnes âgées, nourrissons, travailleurs en extérieur ou individus souffrant de pathologies préexistantes. Leur déploiement s’appuie sur des initiatives régionales préexistantes, comme en Catalogne, au Pays basque ou en Murcie. À Barcelone, où 400 lieux (bibliothèques, musées, équipements sportifs) sont désormais équipés, ces espaces offrent des sièges, de l’eau gratuite et une climatisation. Leur objectif ? Pallier l’absence de solutions à domicile pour les ménages les plus modestes, souvent logés dans des habitations mal isolées ou dépourvues de systèmes de refroidissement.
Une réponse à la hausse des décès liés à la chaleur
Les chiffres sont sans appel : en Espagne, plus de 21 700 décès liés à la chaleur ont été recensés entre 2015 et 2023, selon le système de surveillance MoMo. Plus de 80 % de ces victimes avaient plus de 65 ans. « La vulnérabilité est le résultat d’un cumul de facteurs – âge, maladies chroniques, conditions de logement précaires ou revenus faibles », explique Elvira Jiménez, doctorante à l’Université ouverte de Catalogne et spécialiste des enjeux climatiques. Selon Euronews FR, cette experte souligne que les abris climatiques doivent être « accessibles, inclusifs et adaptés aux besoins locaux », faute de quoi leur efficacité reste limitée.
Les défis ne manquent pas : garantir l’ouverture des refuges aux heures de pointe, maintenir un confort minimal ou informer les populations de manière efficace. « Les pouvoirs publics doivent identifier les zones prioritaires en croisant les données de chaleur, de pauvreté et de densité démographique », précise Jiménez. Mais leur action seule ne suffit pas. Elle plaide pour une « gouvernance collaborative », associant collectivités, ONG et acteurs économiques afin d’étendre les horaires d’ouverture ou de renforcer les campagnes d’information.
L’Europe, un continent sous tension thermique
L’Espagne n’est pas un cas isolé. L’Europe subit de plein fouet l’intensification des vagues de chaleur, devenue le « danger environnemental le plus meurtrier » du continent, selon Elvira Jiménez. En 2024, 62 000 décès ont été attribués aux températures extrêmes, un bilan en hausse dans presque toutes les régions européennes. Les pays du Sud – Italie, Grèce, France, Portugal – sont les plus touchés, mais les pays du Nord ne sont pas épargnés. En Finlande, des patinoires ont été transformées en refuges d’urgence l’été dernier, alors que le pays subissait trois semaines à 30 °C, mettant les hôpitaux sous tension.
Les experts s’accordent sur un point : la nécessité d’agir vite. « Même les pays qui ne ressentent pas encore la pression devraient anticiper », avertit Jiménez. La Roumanie a récemment emboîté le pas à l’Espagne : le Conseil général de Bucarest a approuvé en avril 2026 la création d’un réseau de refuges climatiques, une première en Europe de l’Est. Une décision qui reflète l’urgence de s’adapter, alors que les canicules deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses.
Vers une transformation durable des villes
Les refuges climatiques ne sont qu’une première étape. Pour Elvira Jiménez, leur efficacité à long terme dépendra de la capacité des villes à repenser leur aménagement urbain. « Ce n’est pas une solution magique », reconnaît-elle. « Les refuges d’urgence, aussi nécessaires soient-ils, ne répondent pas aux transformations structurelles nécessaires. » Son plaidoyer ? Investir dans les « infrastructures vertes et bleues » – parcs, végétalisation, plans d’eau – et adapter la mobilité urbaine pour réduire l’effet d’îlot de chaleur.
L’enjeu, à terme, est de faire des refuges climatiques des espaces « permanents, multifonctionnels et intégrés à la vie quotidienne ». Jiménez cite l’exemple des centres commerciaux, souvent sollicités en période de canicule faute d’alternatives publiques. « Cela pose la question de l’équité : qui a accès à ces lieux ? Qui en est exclu ? » Pour répondre à ces interrogations, elle insiste sur l’importance de cartographier les besoins par quartier, en ciblant les populations les plus exposées – travailleurs de l’extérieur, personnes âgées isolées ou ménages modestes.
La question n’est plus de savoir si l’Europe suivra l’Espagne, mais à quelle vitesse. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’engagement des États face à un phénomène qui, chaque année, tue davantage. Un défi qui dépasse le simple confort thermique : il engage la survie des populations les plus fragiles.
Les refuges climatiques espagnols reposent principalement sur des fonds publics, alloués par le gouvernement central et les régions. À Barcelone, par exemple, les bâtiments concernés – bibliothèques, musées ou centres commerciaux – sont déjà équipés et climatisés, ce qui limite les coûts supplémentaires. Certains espaces privés, comme les centres commerciaux, participent aussi au dispositif, souvent en échange d’avantages fiscaux ou de subventions.