Le sergent José Serrano, actuellement en service actif après trois missions en Afghanistan, se retrouve dans une situation familiale complexe. Son épouse, Deisy Rivera Ortega, originaire du Salvador, risque d’être expulsée vers le Mexique par les services américains de l’immigration (ICE), malgré son statut de conjointe de militaire et une protection juridique basée sur la Convention contre la torture. Selon Le Figaro, cet épisode illustre les tensions croissantes autour des politiques migratoires sous l’administration actuelle, notamment concernant les conjoints de militaires en situation irrégulière.

Ce qu'il faut retenir

  • Deisy Rivera Ortega, épouse d’un sergent américain ayant servi en Afghanistan, est détenue par l’ICE dans un centre d’El Paso depuis son arrestation le 14 avril 2026.
  • Un juge avait suspendu son expulsion en 2019 en vertu de la Convention contre la torture, craignant des risques de violences en cas de retour au Salvador.
  • L’administration américaine envisage désormais de l’expulser vers le Mexique, malgré l’absence de liens de l’intéressée avec ce pays.
  • Le département de la Sécurité intérieure a supprimé en avril 2026 une politique de 2022 facilitant l’obtention de titres de séjour pour les conjoints de militaires en situation irrégulière.
  • Cette affaire s’inscrit dans une série d’expulsions ciblant des épouses de militaires, comme celle d’Annie Ramos, épouse d’un sergent américain, détenue cinq jours en avril 2026 avant d’être libérée.

Une arrestation en plein service d’immigration

Le sergent José Serrano s’était rendu le 14 avril 2026 aux services de l’immigration pour solliciter un titre de séjour permanent pour son épouse, Deisy Rivera Ortega, arrivée illégalement aux États-Unis en 2016. « Arrêtée sans ordre, sans mandat… Ils ont emmené ma femme. Ils ne m’ont rien dit », a-t-il déclaré à l’agence Associated Press, décrivant une scène vécue comme une trahison. « Une personne a ouvert la porte, nous a fait traverser le couloir, et au bout, ma femme a été arrêtée », a-t-il précisé. Depuis, Deisy Rivera Ortega est détenue dans un centre de détention d’El Paso, à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Une protection juridique remise en cause par les nouvelles règles

Selon un courrier du ministère de la Sécurité intérieure, Deisy Rivera Ortega avait obtenu en décembre 2019 une suspension de son expulsion en vertu de la Convention contre la torture, qui interdit le renvoi d’une personne vers un pays où elle risque la torture. Pourtant, l’administration américaine envisage désormais de l’expulser vers le Mexique, un scénario que conteste son avocat, Me Matthew James Kozik. Ce dernier souligne que sa cliente bénéficiait par ailleurs d’un permis de travail valide, sans pour autant lui conférer un statut légal de séjour. « L’autorisation de travail ne confère aucun statut légal de séjour aux États-Unis. Deisy Rivera Ortega demeure détenue par l’ICE en attendant son expulsion », a rétorqué l’agence dans une réponse transmise par l’avocat.

Le « renvoi vers un pays tiers », une pratique controversée

Cette affaire s’inscrit dans une stratégie plus large de l’administration américaine, qui a relancé les « renvois vers un pays tiers » sous la seconde présidence Trump. Cette méthode permet d’expulser des personnes vers des pays autres que leur pays d’origine, contournant ainsi les protections juridiques traditionnelles. Selon BBC, cité par Le Figaro, cette pratique vise à contourner les obstacles administratifs ou diplomatiques liés aux expulsions directes. Deisy Rivera Ortega a d’ailleurs saisi le tribunal de district américain pour contester sa détention et demander une ordonnance bloquant son expulsion vers le Mexique, arguant de son absence de liens avec ce pays frontalier.

La fin d’une politique favorable aux conjoints de militaires

En avril 2026, le département de la Sécurité intérieure a supprimé une politique datant de 2022, connue sous le nom de « parole in place » ou « libération conditionnelle sur place ». Cette mesure permettait d’accélérer l’obtention de cartes vertes pour les conjoints de militaires résidant illégalement aux États-Unis, en considérant leur statut comme un « facteur atténuant important ». La nouvelle réglementation stipule désormais que « le service militaire à lui seul n’exempte pas les étrangers des conséquences d’une violation des lois américaines sur l’immigration ». Une décision qui prive des familles de soldats d’un recours autrefois disponible.

Cette suppression intervient alors que d’autres cas similaires défraient la chronique. Début avril 2026, l’épouse d’un autre sergent-chef de l’armée américaine, Annie Ramos, avait été brièvement détenue pendant cinq jours avant d’être finalement libérée. Originaire du Honduras, elle était arrivée aux États-Unis enfant et avait épousé son compagnon l’année précédente. Son cas rappelle celui de Deisy Rivera Ortega, bien que les détails juridiques diffèrent.

« Le service militaire à lui seul n’exempte pas les étrangers des conséquences d’une violation des lois américaines sur l’immigration. »
— Extrait de la nouvelle réglementation du département de la Sécurité intérieure, avril 2026

Et maintenant ?

La procédure judiciaire engagée par Deisy Rivera Ortega pourrait aboutir à une suspension temporaire de son expulsion, le temps que les tribunaux examinent le fond de l’affaire. Son avocat a indiqué qu’elle avait déposé une demande de « libération conditionnelle sur place » avant même l’abrogation de la politique en avril, mais que cette demande reste désormais soumise aux nouvelles règles. Une audience décisive est attendue dans les prochaines semaines, tandis que le département de la Sécurité intérieure n’a pas encore précisé la date exacte de l’expulsion vers le Mexique. Par ailleurs, d’autres familles de militaires en situation similaire pourraient contester leur expulsion, alors que les associations de défense des droits des migrants dénoncent une politique migratoire de plus en plus restrictive.

Contexte : une politique migratoire en mutation

Cette affaire survient dans un contexte de durcissement des politiques migratoires aux États-Unis, marqué par un recentrage sur les expulsions et les renvois vers des pays tiers. Depuis 2024, l’administration Trump a multiplié les mesures pour limiter l’accès aux protections juridiques, notamment pour les conjoints de militaires, autrefois partiellement protégés. La suppression de la politique « parole in place » en avril 2026 s’inscrit dans cette logique, tout comme l’augmentation des arrestations ciblées dans les centres d’immigration. Selon des observateurs, cette stratégie vise à décourager l’immigration irrégulière, y compris pour des profils longtemps considérés comme prioritaires, comme les familles de soldats.

Pour les avocats spécialisés, cette évolution marque un tournant. « Le statut de conjoint de militaire ne garantit plus aucune protection. Les familles doivent désormais se battre sur tous les fronts », a expliqué Me Matthew James Kozik à Le Figaro. Cette situation pourrait aussi avoir un impact sur le moral des troupes, alors que les États-Unis comptent sur leurs soldats pour des missions à l’étranger, y compris dans des zones de conflit.

Reste à voir si les tribunaux américains interviendront pour tempérer cette politique, comme cela a été le cas par le passé pour d’autres mesures migratoires controversées. En attendant, des familles comme celle du sergent José Serrano vivent dans l’incertitude, entre devoir de loyauté envers leur pays et crainte de perdre leurs proches.

La « parole in place » était une politique mise en place en 2022 par l’administration Biden, permettant aux conjoints de militaires en situation irrégulière de demander un titre de séjour permanent. Ce programme considérait le service militaire d’un membre de la famille comme un « facteur atténuant important » pour éviter des poursuites en matière d’immigration. Elle a été supprimée en avril 2026 par l’administration Trump, qui a jugé que le service militaire « à lui seul n’exempte pas les étrangers des conséquences d’une violation des lois américaines sur l’immigration ».

L’administration américaine a choisi d’appliquer une stratégie de « renvoi vers un pays tiers », permettant d’expulser des personnes vers des pays autres que leur pays d’origine. Dans le cas de Deisy Rivera Ortega, le Mexique a été désigné comme pays de destination, malgré l’absence de liens de l’intéressée avec ce pays. Cette méthode est utilisée pour contourner les obstacles juridiques ou diplomatiques liés aux expulsions directes vers le Salvador.